L’ouvrage est d’abord un
magnifique objet de beau format (254x306) qui traverse tous les domaines de la
connaissance, organisé en un classement thématique et avec un index qui rendent
aisée toute recherche. C’est une encyclopédie visuelle parce qu’elle repose sur
10 000 images, schémas et cartes assortis de légendes explicatives ou
informatives. Elle procède par planches, qui fourmillent d’observations et d’informations
savamment réparties dans le légendage. Chaque double page propose un domaine de
savoirs. Cent cinquante planches thématiques sont classées en six grands
chapitres : science et technologie, nature, géographie, culture, sport,
histoire. L’essentiel des informations est donné par des infographies, dessins
en coupe, chronologies, biographies. Qu’une telle somme soit accessible à 24€95
est aussi à souligner. C’est un sommet de cette collection, qui fait du savoir
la centralité de la connaissance du monde, des autres et de soi. Ce volume est
un point d’orgue eu égard à la collection où il paraît et qui s’adresse aux
enfants à partir de 9 ans.
Blain
Christophe, Les Deux Arbres,
Casterman, 2016, 32 p., 13€95
Cet album est illustré par des
peintures à couleurs chaudes. Avec leurs traits de contour prononcés et
ostensiblement présents sous la couleur qui les déborde, les dessins sont
stylisés mais, pour les enfants, immédiatement accessibles. Le format italien
rend la lecture confortable dès trois ans.
Cet album est paru en 1997, sa
réédition rencontre l’actualité tragique d’une terre qui se hérisse de murs
séparateurs des peuples, de murs qui brisent les liens humains. C’est
exactement l’histoire de ces deux arbres, un grand et un petit ; un petit
qui deviendra grand, que le hasard de la propriété chez les êtres humains va
séparer de l’autre par un mur. Mais, par leurs branches et leurs feuillages,
tous deux vont déjouer la séparation et ils se rencontreront de nouveau,
par-dessus le mur, rassemblant tout un peuple d’animaux, accueillant une vie
d’harmonie. Cette allégorie des temps modernes est à faire lire et relire aux
enfants.
Corr
Christopher, La petite maison de bois,
Gallimard jeunesse, 2016, 40 p. 14€
L’ouvrage, par son titre, fait un
clin d’œil à un roman classique de la littérature de jeunesse (La Petite
maison dans la prairie de Laura Ingalls Wilder), mais c’est plutôt aux Musiciens
de Brême qu’il doit être rapproché ou encore à Michka. C’est une ode à
la solidarité qui se détermine par le partage d’un lieu. La maison, espace
commun, rend chaque animal plus fort, plus vif, suscite chez chacun plus
d’interrogation d’agilité d’esprit. La réciprocité est interrogée, au cœur de
ce partage du lieu à soi qui repousse le terme de propriété. Faire confiance
aux pairs et aux autres c’est leur permettre de s’enrichir de soi, de son
espace, mais aussi les insérer dans l’intérêt commun d’une vie de groupe qui
devient vie du groupe. De l’intérêt à on passe à la coopération pour. L’amitié n’a donc rien de spontané ou d’inné,
c’est une construction en complicité, c’est le fruit d’une culture où la
confiance (principe de la réciprocité) renforce les liens de solidarité portés
par la coopération (principe de l’action). Ce livre au style psychédélique naïf
porte un sens peu commun en littérature de jeunesse, en laissant se dérouler
jusqu’au bout le récit sur ses seuls
ressorts initiaux.
Berri Juan, Mercredi, traduit de l’espagnol
Amaia Garmendia, Steinkis, 2016, 128 p. 15€
Voici une très belle œuvre
graphique pour les 9/15 ans. L’histoire repose sur la figure de la contigüité
des événements et sur la mise en abyme des péripéties. Elle débute au matin,
sur une ville dans laquelle le lecteur va pénétrer et se termine le soir, dans
la même ville. Entre temps se passe la fiction qui enchaîne, avec un
vraisemblable sans logique, des actions tonitruantes pleines d’humour. Au début,
la succession des récits est motivée mais, très vite, finit par se créer des
récits alternatifs articulés par leur seul moment de passage à l’intérieur du
récit premier. On a alors l’impression d’un chassé-croisé joyeux et
nonsensique. L’adhésion des lectrices et lecteurs est assurée par la présence
de personnages du peuple évoluant à l’intérieur d’un univers quotidien. Bien
qu’en couleur, l’album reste minimaliste et volontairement proche des
personnages. Cette bande dessinée propose ainsi une réflexion sur la vie,
hissant les banalités du quotidien et des routines au rang d’événements
passionnants parce qu’œuvre de l’humain.
Vecchini Sylvia, Gaspard et Berlongot. L’endroit rêvé,
dessins de Sualzo, Jungle
jeunesse, 2016, 40 p. 9€95
Jungle et Steinkis se lancent
dans la BD
destinée à la jeunesse. Gaspard et Berlongot est une fable
animalière humoristique. L’histoire procède par un développement cumulatif de
récits, selon un enchaînement porté par le hasard. Chaque histoire s’ancre dans
la précédente, d’où l’effet d’accumulation assez arbitrairement motivé par la
structure elle-même. L’effet de sens est drôle mais la fiction rencontre une
composante du monde enfantin, celui du désir d’un monde rêvé, immédiatement
accessible. La littérature comble ce désir, pour le plus grand plaisir du tout
jeune lectorat.
Dawey Owen, Requins, Gallimard jeunesse,
40 p. 14€90
Owen Dawey est l’illustrateur de
ce très bel ouvrage. Il est spécialisé dans une illustration un peu ancienne,
vintage, qui sied particulièrement à ce qui relève de la présentation
naturaliste de la vie des animaux. Ici, ce sont les espèces de requins qui sont
détaillées. On sait que le Sri Lanka, les îles Maldives et les îles Fidji
demandent une restriction commerciale face à la surpêche de requins. Ils sont
cent millions à être tués chaque année. A cela s’ajoute la destruction
progressive de leur habitat naturel. On estime à un quart des espèces menacées,
raies et requins confondus…
Aussi, cet ouvrage tombe à
merveille, pour attirer l’attention sur la variété des espèces. Cinq cents sont
connues. Le livre en présente pas mal : requin-bouledogue, requin aveugle
des roches, requin dormeur nekozame, ange de mer de sable, requin-scie à long
nez, requin marteau… les petits et les gros, défilent au fil des pages en
papier recyclé. Le poisson pilote et le rémora, qui servent au requin pour lui
enlever des parasites et vivent donc en symbiose avec lui, sont aussi
approchés. Les mécanismes de la reproduction, ceux de l’alimentation sont
évidemment présents. Une double page évoque des histoires de requins fameuses
ou traditionnelles, alors que la fin du livre est consacrée aux risques
d’extinction de certaines espèces. Un index des 49 espèces présentées clôt
l’ouvrage excellent et d’un soin éditorial qui en fera un beau livre cadeau.
Philippe Geneste