Anachroniques

Affichage des articles dont le libellé est Bande dessinée historique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bande dessinée historique. Afficher tous les articles

20/07/2026

D’une biographie historique et relation poétique d’un itinéraire de vie

FOUGÉRE Sophie, Isabelle d’Angoulême -1- L’Éducation d’une reine, dessin Claudio MONTALBANO, couleurs Christian FAVRELLE, Glénat, 2026, 64 p. 16€

La biographie est un genre dont le regain communément daté des années mille-neuf-cent-quatre-vingts, n’a jamais faibli. On le trouve dans les rayons d’histoire et de politique mais aussi dans la bande dessinée. Le livre de Sophie Fougère, Claudio Montalbano et Christian Favrelle s’inscrit dans la bande dessinée historique.

Ce premier tome voit Isabelle (née en 1190), fille toute jeune du comte Aymar Taillefer et d’Alix de Courtenay, donnée en mariage à Hugues Le Brun comte de la Marche puis finalement au roi d’Angleterre Jean sans Terre (1166-1216) … Elle devient ainsi la belle-fille d’Aliénor d’Aquitaine (1124-1204) dont Jean sans Terre est le cinquième fils.

Isabelle subit la condition opprimée des femmes et observe les intrigues de la cour dont l’album rend compte avec précision et toujours de manière dynamique. Grâce à la postface documentaire, le lectorat peut suivre sans se perdre la logique des nobles lignées, la prévalence des aînés sur les cadets, des garçons sur les filles, les alliances entre familles et les contre-alliances, l’ensemble englobé dans la foi religieuse qui intègre les mœurs aux intérêts des églises.

À la mort du roi Jean sans Terre, elle doit abandonner son fils Henri sur le trône d’Angleterre. Elle retraverse la Manche en direction de la France, bien décidée à faire valoir ses droits sur ses terres.

La bande dessinée propose un récit d’éducation qui scrute la condition des femmes à cette époque de passage du douzième au treizième siècle dans le milieu de la noblesse. Comme l’écrit dans le supplément qui accompagne le livre, l’historienne Sophie Fougère qui signe le scénario et les dialogues de la bande dessinée : « À travers le personnage d’Isabelle, c’est toute l’histoire des femmes de la noblesse du XIIIe siècle qui se raconte : mariages précoces, spoliations de terres, rapts, répudiations, grossesses multiples, médisance des chroniqueurs misogynes. Les hommes ne s’attachent à ce femmes, nées et élevées comme des valeurs marchandes, que par intérêt et par ambition »

 

ALVARADO Mayte, L’Île, traduit du castillan par Hélène Serrano, éditions l’œuf, 2025, 156 p. 20€

La créatrice espagnole Mayte Alvarado réalise en peinture une bande dessinée qui tend au récit graphique. Peu de textes, un travail des images sur papier mat d’une extrême suggestivité, pour une histoire qui relève, entre conte et légende, de la fable. Après un générique muet qui fait pénétrer sur l’île en croisant quelques habitants, le récit commence par un conte de marins. Le ton est donné, des protagonistes (enfants, une jeune fille, les pêcheurs, une femme de pêcheur) apparaissent pendant qu’un texte minimal les inclut dans une dimension plus cosmique, celle de la mer, qui « réclame » son tribut sans qu’on sache quand sa volonté d’engloutir surviendra … Face à cette menace, l’album poursuit par la figure fragile de la jeune fille qui, sans nul doute est, après la mer, la figure centrale de l’histoire onirique qui se dessine. L’étincelle de l’amour pour un marin donnerait-il l’impulsion pour une échappée au récit de la mer gloutonne ? Vient alors le troisième chapitre, centré sur la figure d’un fou qui sculpte un chien qu’il offre à la jeune fille en lui recommandant de prendre garde à la mer. Le chien est le héros du quatrième chapitre : il est la figure légendaire d’une histoire sombre à l’origine de la folie de l’homme dont il est devenu le compagnon. Ce chien existe-t-il ? Est-il avec son pelage qui reproduit le paysage de l’île, une allégorie de la mémoire des îliens ? Vient alors le cinquième chapitre, hallucinant de couleurs vives, et consacré à l’amour charnel entre le marin croisé et la jeune fille…. Il est temps de poser ses regards sur la mer, et c’est le sixième chapitre où la jeune fille vit la tragédie de la réprobation des parents apprenant qu’elle est enceinte, de la solitude où elle se trouve avec son ventre de vie et les images oniriques de la mer déchaînée. Le septième chapitre conte l’étrangeté d’un mariage où la mariée est seule, où le village se blottit sur le corps enroulé du chien des rêves, avant que le huitième chapitre voit la jeune fille le rejoindre, alors que le fou entame une nouvelle sculpture… Le neuvième chapitre conte l’aurore et la jeune fille qui nage vers la pleine mer pendant que le fou en achève la figurine sculptée.

Le travail de la peintre emporte le lectorat dans un domaine des rêves où le sens à donner aux planches émergent sans cesse sous ses propres vacillements. Alors quelle est l’héroïne de cette bande dessinée quasi récit graphique : la jeune fille ? La mer ? L’île ? Et si c’est l’île, l’ouvrage serait-il une allégorie de la fragilité de l’espèce humaine et de la nécessité pour elle de se fondre dans la logique du cosmos, de s’y couler et d’y construire sa vie dans la continuité des éléments cosmiques, air, terre, eau et l’instinct de sympathie incarné par le fou pour quatrième complémentaire ?

Annie Mas & Philippe Geneste

04/01/2026

Jusqu’au bout…

BIZIEN, Caroline, Jusqu’à Bout-en-Therme, le Cosmographe, 2025, 38 p. 19€50

Une histoire loufoque servie par un dessin et des couleurs hirsutes. Le genre de la lettre et celui du journal de bord sont convoqués, donnant une dynamique chronologique à l’expédition du héros vers ses origines, qui prend la tournure d’un paradis avant que la quête fasse flop. On passe du voyage interstellaire, ou pas loin, à un voyage géographique d’assez grande proximité. L’hilarité est de rigueur, avec un humour non pas décapant mais divertissant.

Comme le dessin défrise, comme les couleurs sont pétantes, le rire est installé dès le départ des voyageurs, tous plus curieux les uns que les autres. Comme ils vont se perdre de vue, on suit alors le rédacteur du journal dans ses dernières péripéties aussi peu épiques que finaudes. Là encore, l’humour pilote, signe de tolérance et de compréhension à l’égard des personnages.

Un livre grand format, une histoire avec des boute-en-train impayables, le long d’un itinéraire où le héros trouve tout au bout, au bout du bout, en sa terre retrouvée, une nouvelle aventure… mais ce sera une autre histoire

Commission lisezjeunesse & Ph. G.

 


GABELLA Mathieu (scénario), TOULHOAT Ronan (storyboard), Fort Alamo, dessins MARTINELLO Paolo, couleurs PIGNEDOLI Martina, conseiller historique, AMEUR Farid, Grenoble-Paris, Glénat – Fayard, 2025, 56 p. 15€50

Le Texas a été annexé aux États-Unis d’Amérique en 1845. Au début du XIXe siècle il faisait partie du Mexique. Par une politique migratoire, le gouvernement mexicain avait ouvert ce territoire aux colons. Ceux-vinrent en nombre et s’organisèrent pour s’accaparer le Texas et en faire un état indépendant. Pour la plupart, les colons étaient des esclavagistes du sud (1). Mais avant d’arriver à leurs fins, ils échouèrent une première fois à Fort Alamo, une bataille qui fit date et une défaite qui devint le cri de ralliement des colonisateurs blancs européens contre le pouvoir mexicain.

La bande dessinée est le neuvième volume de la collection « La Véritable histoire du Far West ». Le soin apporté à l’exactitude historique et à la reconstitution des lieux, des mœurs, des détails de l’événement en est la marque de fabrique. Un dossier documentaire permet au lectorat de situer dans le procès historique (ici, le devenir américain du Texas soit l’expansion territoriale vers l’ouest) l’épisode narré par la bande dessinée. En 1821 les mexicains affranchissent le sud de l’Amérique septentrionale de la colonisation espagnole, après l’avoir déjà chassée de la Californie. À la même époque, la marche vers l’ouest des américains, pour la plupart des esclavagistes (1) avance à grands pas et se presse aux frontières du Texas puis y entrent. Le gouvernement mexicain, au début n’y voit rien à redire, mais sous l’afflux en nombre, il comprend son erreur, les nouveaux colons refusant de suivre les lois mexicaines.

La bataille de Fort Alamo marque le moment où le gouvernement mexicain tente de rétablir son ordre sur le Texas. Les troupes du général Antonio López de Santa Anna tiennent le siège du 23 février au 6 mars 1836, et elles extermineront les défenseurs du fort, à l’exception d’une poignée de femmes, d’enfants et d’esclaves noirs.

Cette victoire mexicaine va exalter le nationalisme des colons blancs qui, quelques temps plus tard (le 26 avril), déferont Santa Anna, entérinant la déclaration de l’indépendance de la république du Texas, le 2 mars 1836 à Washington-on-the-Brazos. Cette déclaration a été faite alors que le siège se tenait... Une nouvelle aventure commence pour les combattants, puisque le gouvernement américain refusera, dans un premier temps d’intégrer le nouvel État dans la fédération de l’Union des États-Unis, méfiant à l’égard de sa majorité esclavagiste. Le Texas sera l’État à une seule étoile avant que l’État fédéral se ravise et l’annexe en 1845.

La bande dessinée se place du point de vue des américains, et travaille sur la mythification de la bataille de février-mars 1836 qui a exacerbé le sentiment nationaliste : « Remember the Alamo ! » devint le cri de ralliement de la « révolution texane » (2). Celui-ci, lié à un indépendantisme texan, a été absorbé par l’expansionnisme territorial symbolisé par la frontière de l’ouest toujours repoussée plus loin… Le film de John Wayne Alamo, réalisé en 1960, en est l’illustration.

Philippe Geneste

(1) Allen, HC., Les États-Unis, histoire, politique, économie, tome 1, Paris, Marabout, 1967, 286 p. – p.158.

(2) Citation tirée du dossier indispensable pour la compréhension historique du livre, dossier qui clôt la bande dessinée : Ameur, Farid, « Fort Alamo, “La Victoire ou la mort” », 8p. – p.8.

02/06/2024

La liberté contre les domesticités

ELBAZ Frédérique, Le Presque Chien. Ni dieu, ni laisse, illustré par Pierre Pratt, éditions d2eux, 2023, 100 p. 13€90

Ce récit animalier interroge deux problématiques.

La première concerne la vie de l’animal domestique abordée du point de vue de l’animal et du point de vue de l’humain tristement dénommé le maître ou la maîtresse ou les maîtres. Légalement, on parle de « propriétaire » d’un animal domestique. Le roman commence par une scène où un chien abandonné languit sous un banc avant qu’une vieille dame généreuse, ne l’adopte.

La seconde problématique est philosophique, c’est la dialectique du bonheur et de la liberté. Le roman la développe par les échanges animés entre les chiens errants ayant formés une bande en liberté, se dénommant, par un détournement du slogan blanquiste, « Ni dieu, ni laisse », la laisse étant la métonymie du maître de la formule historique.

À la première problématique, l’autrice rattache l’histoire de Marthe, une juive polonaise, parlant le yiddish et souffrant de la mort de ses proches durant la seconde guerre mondiale victime du nazisme. C’est l’occasion, à partir d’un autre jeu de mot, d’interroger le cercle de proximité que chacun cultive, « les Lémiens » du roman. Le chien Bernard, ainsi nommé par Marthe qui l’a recueilli, s’interroge sur la teneur de ce cercle de proches pour lui. Il va être partagé entre sa domesticité avec Marthe et sa générosité, d’un côté, et la bande des sans dieu ni laisse qu’il rejoint la nuit, clandestinement. Les chiens libérés le nomment Presque puisqu’il vit entre deux états : domestique et libre.

La seconde problématique s’appuie justement sur l’histoire et les tourments intérieurs de Presque/Bernard. Le roman met en scène la dialectique du bonheur et de la liberté en imaginant toute la bande rassemblée chez Marthe. Les dernières répliques du livre laissent ouverte l’interprétation à donner à l’alternative entre bonheur et liberté :

« Chère madame, vous avez adopté tous ces chiens ?

- Pas du tout, mon cher monsieur le jardinier, ce sont eux qui m’ont adoptée ».

 

OLIVEROS, Chris, Mourir pour la cause, traduit de l’anglais par Alexandre Fontaine Rousseau, éditions Pow Pow, 2023, 165 p. 24€

Cette bande dessinée est le premier tome d’un diptyque qui relate la naissance et l’histoire du Front de Libération du Québec (FLQ). Ce volume se centre sur trois des fondateurs : Georges Schoeters (1930-1994, qui fut le fondateur avec Gabriel Hudon et Raymond Villeneuve), François Schirm (1932-2014), Pierre Vallière (1938-1998). Documentaire fiction, ce volume conte les années 1963 aux années 1970. Le livre montre d’abord la situation coloniale anglo-saxonne qui prévaut au Québec, avec un apartheid entre anglophones (qui prennent toutes les bonnes places) et francophones (qui sont relégués aux postes subordonnés). C’est cette situation qui mène des francophones de Montréal à choisir la lutte armée après la répression féroce de grèves ouvrières toujours vaincues. Le modèle des initiateurs du FLQ, de Georges Schoeters surtout, est Cuba. La période où se développe le polycentrisme et le mouvement des non-alignés contre les choix que les protagonistes de la guerre froide voudraient imposer, explique aussi la survenue du FLQ, à une époque, où de plus, une revendication souverainiste prenait corps à cette époque dans la province canadienne.

La bande dessinée de Chris Oliveros présente les premiers pas du FLQ empreints d’amateurisme : peut-être n’est-ce qu’un effet de la sélection des faits utilisés pour la fiction. Peut-être le second tome apportera-t-il quelques nuances nouvelles. Mourir pour la cause présente le FLQ sans ancrage dans la population de Montréal et du Québec. Pourtant il rassemblait des prolétaires et non, comme nombre de groupes de ce genre des intellectuels. Aussi comment peut-on évaluer que la modalité d’action par des attentats à la bombe (300 durant les dix ans d’existence du Front, entre 1963 et 1972), visant essentiellement les forces d’occupation anglo-saxonnes et britanniques, les politiciens compromis comme Drapeau et le patronat exploiteur, a accentué un manque d’ancrage populaire du FLQ ? Surtout que bien des épisodes de la lutte entamée en 1963 restent dans le flou, peut-être parce que ce n’est que le premier tome. Par exemple, si une grève est évoquée en détail, les nombreuses autres ne sont pas portées à la connaissance des lecteurs et lectrices, mais ce sera sûrement le cas lors du second tome.

L’auteur fait le choix non chronologique de plonger le lectorat dans la crise d’octobre 1970 sans livrer l’ensemble des faits : enlèvement de l’attaché commercial britannique James Richard Cross, diffusion du Manifeste du FJQ sur Radio Canada, enlèvement puis exécution du ministre du Travail et de l’immigration Pierre Laporte, occupation du Québec par 8 000 soldats canadiens (qui durera jusqu’en avril 1971, avec la suspension des libertés civiles et des centaines d’arrestations arbitraires de francophones).

Un appareillage de notes permet à Chris Oliveros de doubler la fiction par une revue des événements dans l’histoire. Se donnent alors à lire une multitude de documents référencés dans une bibliographie fournie. Chris Oliveros fait comprendre, au-delà de l’histoire et des choix du FLQ, la situation d’oppression qui sévit sur le monde francophone en Amérique du Nord et donc au Canada sous tutelle de l’impérialisme américain. Le manifeste des felquistes déclarait : « Le Front de Libération du Québec (…) est un regroupement de travailleurs québécois qui sont décidés à tout mettre en œuvre pour que le peuple du Québec prenne définitivement en mains son destin. Le Front de Libération du Québec veut l’indépendance totale des Québécois, réunis dans une société libre et purgée à jamais de sa clique de requins voraces, les “big boss” patroneux et leurs valets qui ont fait du Québec leur chasse-gardée du cheap labor et de l’exploitation sans scrupule » (1). Les attentats à la bombe du FLQ visaient des symboles de l’occupation britannique et du colonialisme anglo-canadien. On attend avec impatience la parution du second tome qui viendra apporter les éclairages pour approfondir la compréhension de l’histoire du FLQ. D’ores et déjà, il faut louer cette œuvre. En effet, dans une époque où l’histoire est balayée par les intérêts mémoriels des gouvernants de tous types de régimes (démocratiques, autocratiques, dictatoriaux), où la contestation des interprétations cérémonielles officielles donne lieu à répression, emprisonnement, judiciarisation voire criminalisation, revenir sur la réalité historique devient un enjeu autant qu’une gageure. Alors oui, Un tome 1 Mourir pour la cause, à suivre…

Philippe Geneste

(1) FLQ, Manifeste d’octobre 1970, Notes et postface de Christophe Horguelin, édition revue et augmentée, Montréal-Marseille, Conneau & Nadeau-Agone, 1999, 71 p. – p.7.

 

14/04/2024

Un visage pour deux. Sentiment du soi, confiance de l’Autre

HALARD Anaïs, CLAVIER Amélie, Ambroise et Louna, Jungle-Ramdam, 2024, 104 p. 19€95

La scénariste Anaïs Halard et la dessinatrice Amélie Clavier signent là un magnifique album d’une grande originalité de conception, intelligemment composé, subtilement peint et dessiné. Basé sur un récit rétrospectif, alternant encadrés narratifs à la troisième personne et extraits de correspondances, l’intrigue générale est d’une fluidité prenante tandis que les dialogues projettent le lectorat au cœur des sentiments et des points de vue des personnages. Les ambiances colorées de la peinture travaillée à l’aquarelle et à la gouache emportent dans un univers bohémien, croisement d’Asie, d’Inde et d’Espagne.

L’absence d’industrie, de voitures, les costumes renvoient à l’époque du dix-neuvième siècle, et l’histoire s’ancre dans le romantisme pour scruter les sentiments où se définissent des âmes. Le sujet est scandaleux, à bien des égards, et pourtant profondément émotif. En empruntant, au dix-neuvième siècle littéraire son thème du double, Ambroise et Louna interroge – instituant une expérience des limites – le poncif selon lequel la personnalité se forge sur le modèle de l’autre. La situation de fiction créée par la scénariste et la dessinatrice déjoue ce poncif et relance la question : de quoi est faite la personnalité ? Se constitue-t-elle des images en miroirs qui renvoient les unes aux autres, mais alors comment ne pas se perdre dans la mise en abyme ainsi en action ? Ou bien encore, est-ce la confiance mise en soi par l’autre qui permet au sentiment du soi de se construire ?

Poussant à l’extrême la situation, l’album joue de l’identité des visages et de l’identification par une enfant de celui de sa mère dans sa non-mère. Cette extrémité introduit alors la question du père d’une enfant à la mère substitutive… Est-il le père alors qu’il n’est plus l’amant puisque l’amante s’en est allée au pays des morts ? Quelle volonté résisterait à ce simulacre ? L’identité ne serait-elle qu’un simulacre mais alors mentirait-on à l’enfant qui lui vous croit ?

Si une image est l’objet d’amour de trois personnes, peut-on parler d’une même image et de la même personne dont elle est le double, qu’elle duplique ? Une telle situation ne se complique-t-elle pas de mésententes nécessairement aux aguets ? Et le culte de l’image de l’être cher peut-il supporter les confluences ?

L’autre aspect du double, on le sait, est la duplication d’un personnage de la même famille (1) et dont le ressort est le leurre. En quoi le dupliquant, par le rôle qu’il lui est imposé de jouer, est-il transformé par le dupliqué (dans Ambroise et Louna, par la dupliquée) ? Et que se passera-t-il si le rôle joué, si le leurre en action, si le visage identifié, si l’amour investi, se mettent à exister plus intensément que l’acteur ou l’actrice, le leurré ou la leurrée, l’identificatrice ou l’identificateur, l’amoureux ou la femme aimante ? Se retrouvera-t-on encore dans une expérience communicable ? L’intime imaginaire emportera-t-il une intimité réelle subvertie, submergée ? Serait-ce cela la personnalité ?

Mais Ambroise et Louna va plus loin encore, déstabilisant les lectrices et lecteurs, mais aussi démultipliant les sentes des interprétations. Si le double devient doublure, porte-t-il à l’annulation de la personnalité de celle-ci ? À l’inverse la doublure serait-elle démultiplicatrice de la personne qui la porte autant que celle qu’elle signifie ? Pourquoi l’amour se noie-t-il dans la doublure ? Si, par la présence vivante de la doublure, la spéculation du personnage doublé lui fait perdre son passé, comment n’entraînerait-elle pas la non-ouverture de l’avenir ?

Ambroise et Louna, organise le passage en continu du positif à une négativité : le double et non la personne, l’image du personnage et non le personnage réel, la doublure et non la personnalité, l’identique et non l’identité. Dans ces incessantes réflexions l’histoire se mue en un prisme qui décompose chaque être impliqué : en effet, chacun, chacune se définissant par ses relations à l’autre et aux autres, spéculation et réflexion font perdre pied, imprimant, chez les lectrices et les lecteurs, l’émotion intense provoquée par l’art narratif et dessiné des autrices.

Philippe Geneste

(1) Voir Goimard, Jacques, Stragliati, Roland, « Préface », La Grande Anthologie du fantastique. Histoires de doubles, Paris, Pocket, 1977, pp.7-31.

 


26/03/2023

Vérités révélées

CORENBLIT Rachel, Sortir du placard, Nathan, collection Court toujours, 56 p., 2022, 8€.

Le résumé :

Rita a dix-sept ans et décide d’avouer à son entourage qu’elle n’aime pas les garçons (1). Ses parents sont séparés, Rita en parle d’abord à sa maman qui prend assez bien cette nouvelle. Elle s’en veut seulement de ne pas l’avoir deviné avant. Son père est quant à lui un peu surpris, il pense que c’est « de sa faute » parce qu’il n’a pas été assez présent lorsque sa fille était petite… Son meilleur ami, Dimi, la comprend.

Lors d’un repas de famille avec ses grands-parents, sa tante, son oncle… le père de Rita décide d’annoncer à tout le monde que sa fille est homosexuelle pour montrer qu’il est à l’aise avec cette situation (sans en avertir sa fille au préalable…). Rita est très gênée mais heureusement personne dans sa famille ne la rejette même s’ils ne comprennent pas forcément. Ses grands-parents pensent que « c’est la mode »…

À la fin de l’histoire, Rita a son premier flirt avec une fille, lors d’une soirée d’anniversaire chez une copine.

Mon avis :

Ce Roman pour préadolescents et préadolescentes est assez court et très facile à lire. Les personnages sont assez attachants. Personne ne rejette Rita pour son homosexualité, en revanche certaines réactions révèlent une gêne : son père, notamment, qui veut montrer qu’il est à l’aise avec cette nouvelle mais qui se demande qui est responsable, sa grand-mère qui pense que c’est un « effet de mode » et s’inquiète un peu… Ce sont des réactions assez réalistes. J’aurais aimé en savoir plus sur ce qu’il se passe après la soirée d’anniversaire et sur la jeune femme que Rita a embrassé (on ne sait même pas son prénom). Au niveau de ses amis, on a seulement la réaction de Dimi, très positive, il l’accepte telle qu’elle est. J’aurais aimé avoir d’autres réactions.

Milena Geneste-Mas

(1) Au début de l’histoire, elle ne sait pas si elle est homosexuelle ou pas mais ce qui est sûr c’est qu’elle n’est pas attirée par les hommes.

 

Quella-Guyot, Didier, La Part des flammes, dessins Wyllow, Philéas, 2022, 136 p. 19€90

Cette bande dessinée est l’adaptation du roman de Gaëlle Nohant paru en 2015. Les salons mondains de la fin du dix-neuvième siècle, ceux-là mêmes que Proust épinglera dans son grand œuvre, sont campés avec plein d’intelligence. Les aristocrates, qui les peuplent, traînent leur inutilité sociale avec leur morgue, la haine du peuple, le mépris des bourgeois qu’ils courtisent pourtant, et une jalousie de classe rancunière. Menacée par la ruine, nombre de membres de cette noblesse recourt au « riche mariage », pour sauver les meubles, pour ne pas perdre la face. Les salons sont les espaces boursiers de paroles et d’échanges des corps, des cœurs réifiés. La bande dessinée nous fait pénétrer au cœur de ces « discours du loisir subventionné par la classe économique » (1).

La trame dramaturgique concentrée par l’adaptation a su conserver l’essentiel de la situation sociale de la classe aristocratique de la fin du dix-neuvième siècle, avec ses différentes stratégies d’inclusion sociale allant de la marginalisation ruineuse à l’intégration à la bourgeoisie financière. Le monde désœuvré des rentiers et des rentières est très bien rendu, ses liens avec l’univers ecclésiastique est souligné. Le snobisme des aristocrates s’enveloppe de religiosité, l’Église rendant service à ses protecteurs d’autrefois. C’est ainsi tout un monde de fausseté, où on se hausse sur les épaules d’aïeux illustres, où on calcule ses cousinages, où on fraye si besoin est avec la bourgeoisie en essor pour y trouver barrage à son effondrement, qui est ainsi représenté. Chez le bourgeois, le noble cherche la convertibilité de son capital symbolique -sa particule- en capital économique. Le mariage est alors un enjeu crucial dans l’échange projeté.

Les œuvres philanthropiques sont un symbole des collusions malsaines de l’aristocratie décadente et de l’ordre religieux en perte de légitimité. La bande dessinée donne à lire des péripéties d’une héroïne prise sous les soubresauts de cette classe qui consume ses derniers feux et qui aura à sortir des griffes de la congrégation religieuse en évitant celles de la dévoration financière de ses parents mêmes.

Philippe Geneste

(1) Zima, Pierre V., L’Ambivalence romanesque. Proust, Kafka, Musil, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, L’Harmattan, 2022, 393 p. - p.111

 

*

En défense de la liberté d’expression

« Le spectacle Fille ou garçon ? (spectacle musical tout public à partir de 6 ans) créé à l’automne 2022 », à partir du livre paru aux éditions Hygée, est fréquemment la cible de groupuscules traditionnalistes (dont Civitas). C’est le droit à la création artistique et le droit à la liberté d’expression qui sont ainsi mis en cause. Le blog lisezjeunessepg assure les éditions Hygée et 709 Production de sa solidarité et de son soutien.

Rédigé à partir du communiqué reçu le 17/03/2023 de Marion Rouxin.

Aux éditions Hygée

BORDET-PETILLON Sophie, DONNADIEU-RIGOLE Hélène, Le cannabis et (pas) moi, l’essentiel pour m’informer et me protéger, illustrations Clémence LALLEMAND, Hygée éditions, 2022, 48 p. 13€90

Le livre consiste à déconstruire des « idées reçues » en ne se plaçant que du point de la loi, ce qui limite le propos, en lui interdisant une vision historique et anthropologique. En revanche, le livre s’appuie sur la réalité vécue par les collégiens et lycéens, auxquels le livre s’adresse prioritairement. Les élèves, les adolescents et adolescentes peuvent le lire seul ou bien le livre eut servir de support à discussion. La clarté du texte, les variations d’exposition des problématiques et questions, l’efficacité sobre des illustrations, tout concourt à voir figurer le livre dans les rayons des centres de documentation et d’information et les bibliothèques pour la jeunesse.

Commission lisezjeunesse

04/07/2021

Du droit à trouver refuge

BETAUCOURT, Xavier, Seidou en quête d’asile, dessins Virginie VIDAL, Steinkis, 2021, 128 p. 18€

Cette bande dessinée est autant une enquête sur le parcours vers l’obtention du statut de réfugié politique que l’histoire vraie d’un personnage qui, fuyant les persécutions de son pays, est en quête de l’asile politique en France. Seidou est un agent commercial de 33 ans qui vit à Conakry, en Guinée, pays d’Afrique de l’ouest. Après les élections présidentielles de 2015, le pouvoir s’en est pris aux Peuls et a réprimé dans le sang les opposants. Seidou, sentant sa vie était en danger, a rejoint la cohorte des candidats à la migration humaine d’un monde déchiré par les guerres, les dictatures économiques du profit et leurs bras droits politiques.

On apprend tout cela grâce à des retours en arrière qui émaillent le récit de voyage au présent, Seidou racontant son histoire avec d’autres compagnons d’infortune. Comme à son habitude, Xavier Bétaucourt expose clairement les situations dans un scénario à la composition rigoureuse et qui s’efface sous le souffle de la narration graphique principalement en gris et blanc de Virginie Vidal. Les dessins épousent le monde froid des bâtiments administratifs de l’immigration, avec la recherche d’une sobriété qui colle mieux à un récit factuel, réservant les couleurs mates et sombres pour le récit du voyage qui part de Guinée, passe par le Sub-Sahel, le Biger, le Sahara, la Libye, la Méditerranée, la Sicile, l’Italie puis la marche vers la frontière française, non loin de Briançon. Là, la population s’est organisée pour sauver ces infortunés qui empruntent des voies de montagne au risque du froid, de la neige, de la faim et de l’épuisement, sans compter la menace incessante des contrôles policiers. C’est l’itinéraire de quelques 10 000 migrants, à majorité guinéens, que Seidou effectue. La bande dessinée permet de rendre compte du point de vue de l’humaine expérience d’une réalité que le pouvoir aimerait restreindre au point de vue de pure administration des flux.

Rien que pour ce récit, la bande dessinée est déjà une œuvre essentielle pour comprendre notre monde. Mais à cette épopée tragique Seidou en quête d’asile décrit de manière instruite, un trait constant des œuvres de Xavier Bétaucourt, ce qu’il est convenu d’appeler les démarches pour la demande d’asile en France. Le lectorat découvre alors le rôle des associations d’aide aux immigrés dans leurs spécificités pour plusieurs d’entre elles, les conditions réelles de gîte, le travail en clandestin, les opportunités apprises par le bouche à oreille et celles reposant sur des interstices du droit, le rôle de l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides), le passage devant la CNDA(Cours Nationale du Droit d’Asile)

Seidou est aussi une leçon sur la vie, non pas une morale mais une incitation à la réflexion : « Moi, je suis passé par Turin, Nice, Paris, la Belgique, le Luxembourg… mais c’est pas vraiment nous qui décidons où on va. Ça dépend de ceux que tu croises sur ton chemin… » (p.100).

 

L’HERMENIER – DUPRE, Le Faucon déniché, d’après le roman de Jean-Côme Noguès, Jungle – Nathan, 2021, 56 p. 14€95

L’Hermenier est un intelligent adaptateur de classiques de la littérature en bande dessinée. Sa relecture du désormais grand classique de Jean-Côme Noguès (1934-) en fait, une nouvelle fois la démonstration. Le roman date de 1972 et s’inscrit dans la veine du roman historique. Le héros en est un enfant de « manants » qui déniche un faucon et l’adopte avec la volonté de le soustraire au fauconnier du château qui les capture pour les dresser à tuer. Ainsi, à la lutte entre le seigneur et le peuple se superpose une thématique de la lutte entre une conception pacifique de l’existence requérant une harmonie entre humanité et monde animal d’un côté et de l’autre une conception oppressive de lutte pour la vie. En filigrane est la question du droit médiéval de la chasse, sans l’évocation de laquelle la thématique des privilèges serait peu documentée.

Centrée sur la relation de l’enfant au faucon, et donc par le détour d’un récit animalier, Jean-Côme Noguès introduit le jeune lectorat à une réflexion moins historique que contemporaine sur la réalité des relations sociales. La fin tragique du faucon, au moment où un dénouement heureux se dessinait, renvoie le jeune lectorat à la réflexion sur l’injustice et la condition difficile de vie des paysans et serfs.

L’Hermenier a bien sûr privilégié le récit animalier, mais le travail graphique de Dupré assure la contextualisation historique. Une très belle réussite des éditions Jungle-Nathan.

Philippe Geneste

 

17/01/2021

Littérature au regard de l’Histoire.

Tunisie, dix ans plus tard

aldeguer Hélène, Après le printemps. Une jeunesse tunisienne, Futuropolis, 2018, 136 p. 21€

L’ouvrage rend compte de la situation politique après la chute de Ben Ali en 2011. L’action se passe dans la ville Le Kef de la région montagneuse du nord-ouest de la Tunisie. Le parti islamiste conservateur, Ennahdha, a pris le pouvoir par les urnes mais la situation économique et sociale est tendue. Les jeunes tunisiens sont las de la répression. Le 6 février 2013, Chokri Belaïd, secrétaire général du parti des patriotes démocrates unifiés, parti d’extrême gauche, est assassiné. Ennahdha est de plus en plus contesté. Le soir du 6 février, le premier ministre annonce la formation d’« un gouvernement de compétences nationales sans appartenance politique ». Cela n’empêche pas de nombreux heurts de manifestants hostiles au pouvoir avec les forces répressives. De nombreuses immolations scandent le mois de mars 2013 alors qu’un projet de nouvelle constitution aiguise les conflits politiques. Au même moment des groupes liés à Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) mènent des attentats dans la région du mont Chambi. En juin c’est une jeune lycéenne tunisienne pro-femen qui est arrêtée. La venue à son procès de trois militantes Femen européennes fait scandale. Le 25 juillet 2013 Mohamed Brahmi, fondateur du parti Mouvement du peuple (parti nationaliste nassérien), est à son tour assassiné en sortant de chez lui. Les manifestations se multiplient, notamment à l’instigation de la jeunesse tunisienne. En janvier 2014, la nouvelle constitution est adoptée, moins imprégnée d’islamisme que n’en contenait son projet. Là s’arrête la bande dessinée.

Le récit d’Hélène Aldeguer traverse cette période à travers le cheminement de quatre jeunes : Saïf, Aziz, Chayma et Mériem. Les illustrations en noir et blanc rendent compte du désenchantement et de la rudesse d’une période historique sans lendemain. Le syndicat de l’UCTT, incontournable reste dans ses travers nés de sa langue histoire institutionnelle sous Ben Ali. Le rapport de la population à l’islam est particulièrement bien analysé. Ce que les dessins permettent aussi, c’est de ressentir la dispersion des énergies en l’absence d’un cadre commun de lutte ne s’inscrivant pas dans la course au pouvoir et, au contraire, alliant invention de rapports locaux communaux ou de proximité et cadre syndical pour défendre les travailleurs et travailleuses avec emploi ou sans emploi.

Philippe Geneste

Koubaa Laïla – Janssens Laura, Plus Profond Que l’Océan. Souvenirs d’un émigré, Steinkis, 2018, 88 p. 16€

Le choix du dessin et des couleurs, le choix de la mise en page sont de faire entrer dans la problématique de l’émigration par la poésie, l’impression et l’émotion. Un grand-père raconte son arrivée en France, le pourquoi de son départ de Tunisie, le temps d’adaptation et la vie commune en France, son nouveau pays. Par la narration sensible de Laïla Koubaa, l’ouvrage s’adresse à tout public, dès 9 ans. L’album est un trésor d’inventivité graphique et de trouvailles verbales, toujours avec grande simplicité d’exécution.

Ph. G. et la commission lisezjeunesse

 

L’Irak et les non-dits des puissances occidentales

Alani Feurat, Falloujah. Ma campagne perdue, dessins Halim, Steinkis, coll. Témoins du monde, 2020, 126 p. 18€

Le scénariste fut correspondant à Bagdad entre 2004 et 2008 pour divers médias. Il collabore régulièrement avec Arte et France 24. Le récit est donc autobiographique, Falloujah étant la ville de ses parents. L’album alterne souvenirs d’enfance (1989), reportage de guerre (2003/2004) et enquête au présent sur ce qui s’est passé à Falloujah. Avant sa conquête par l’organisation de l’Etat Islamique, la ville fut entièrement détruite par les américains en 2004. Pourquoi Falloujah est-elle devenue une zone géographique où les nouveaux- nés présentent de multiples malformations ? Pourquoi le taux de cancers y est-il celui d’Hiroshima et Nagasaki ? Le récit initial se fait enquête sur un crime de guerre qui, comme tous les crimes de guerre perpétrés par les USA est passé sous silence. Pourtant, en plus de l’usage d’armes chimiques (phosphore blanc), l’aviation US a largué des bombes radioactives, des armes toxiques, atomiques bien plus puissantes que les bombes sur le Japon en 1945.

Les dessins en noir et blanc d’Halim renforcent le récit en cela que le noir et blanc restitue la sobriété âpre du propos. Le noir et blanc contrasté sied, également, à l’évolution grandissante des oppositions où le point de vue critique finit parfois par sombrer dans des positionnements partisans exclusifs les uns des autres. C’est la psychologie des temps de guerre et de souffrance qui est alors transcrite. De plus, la vérité qui se révèle, au sens photographique du terme, n’est-elle par un processus de passage de l’invisible, du noir, au visible, au jour ? Enfin, le noir et blanc donne sa force au scénario en cela qu’il est, au fond, la couleur des archives, de ce qui doit rester pour que la mémoire, un jour, advienne à la mal nommée « communauté internationale ». Falloujah. Ma campagne perdue est au fond le récit d’une filiation blessée autant que celui d’une enfance perdue.

Philippe Geneste