PICARD Valérie, Tristan ou l’ennui avec les pissenlits, illustrations Audrey MALO, Monsieur Ed, 2025, 52 p. 19€
Rares
sont les livres, pour petits, dont le titre permet de comprendre
unilatéralement les premières images. C’est le cas ici : Tristan s’ennuie
au milieu des pissenlits… Avalé par un serpent, il va vivre une aventure où
ventre et univers souterrain se confondent. Il ne cessera, tel Alice, de tomber
plus profondément dans un monde foutraque et fantastique, multipliant les
expériences et les tentatives de relation, parfois avec succès, souvent
échouées.
La
drôlerie est le ferment de la lecture d’un tel ouvrage, pour les petits
pré-lecteurs ou bien pour les tous jeunes lecteurs et lectrices.
L’histoire
repose sur le non-sensisme cher à Lewis Caroll. Dire que la création de Picard
et Malo est une exploration des émotions, ce serait relier l’émotion à des
situations catastrophiques, dire que le petit volume est comique, ce serait
court-circuiter la volonté des autrices de peindre un personnage qui réagit aux
situations et change, mûrit. Dire qu’il s’agit d’un album, ce serait prendre
l’âge du lectorat visé comme indicateur du genre, alors que tout tend à prouver
qu’il s’agit d’une bande dessinée pour enfant… Mais cette bande dessinée a subi
l’attractivité de l’album et la régularité des cases manque, la composition des
planches s’émancipe du genre initial…. Peut-être est-ce la caractéristique des
éditions Monsieur Ed, brouiller les cartes génériques, explorer le non-sens,
filer sur les platebandes du surréalisme et rechercher la lecture comme
amusement avec tout ce qui la permet.
L’HERMENIER
Maxe, Tom Sawyer 1 Un parfum d’aventure, d’après Mark Twain,
dessin et couleur DJET et Johann GORGIÉ, Jungle, 2025, 48 p. 12€95
La
robinsonnade est née au dix-huitième siècle, articulée à la littérature ayant
le voyage pour thème. Elle se trouva incluse dans le récit d’aventure. Son nom
provient bien sûr du Robinson Crusoé qui paraît en Angleterre en
1719. La même année, une version abrégée est publiée (1). Une multitude de
traductions suivirent dans toute l’Europe. Il faut dire que le livre de Defoe
entre en connivence avec les menées coloniales de l’Angleterre. Mais le livre
suscita aussi une longue descendance connue sous la désignation de
robinsonnade, notamment destinée aux enfants.
Quand
l’écrivain américain, Mark Twain (1835-1910) publie Huckleberry
Finn en 1883, il reprend à la robinsonnade le motif de l’île. C’est
sur ce motif que le premier tome mis joyeusement en route par L’Hermenier, Djet
et Gorgié, se conclut. À la fin de ce tome, nous sommes donc au seuil des
aventures véritables de Tom Sawyer et de son compagnon aguerri en péripéties,
Huckleberry Finn. Qui dit l’île dit le fleuve qui a tant fasciné Samuel
Langhorne Clemens qu’il en a tiré son nom, lui qui en 1859 dirigeait son
premier bateau sur le Mississippi : Mark Twain qui est le cri « par
deux brasses de fond ».
La
bande dessinée épouse avec gourmandise la filiation d’Huckleberry Finn :
le roman picaresque, le roman d’aventure et de voyage, mais aussi celle de la
robinsonnade. Huckleberry Finn a été précédé en 1876 par Les
Aventures de Tom Sawyer. Tom Sawyer est le personnage qui repose sur un
type. C’est une réussite légendaire de l’art littéraire de Samuel Langhorne Clemens qui signe Mark Twain.
Ce
premier tome de la bande dessinée trouve la dynamique de l’aventure durant
cette nuit mémorable où Tom Sawyer et son ami assistent à un crime dans le
cimetière du village. Ils sont aussi les témoins d’une injustice puisque celui
qui sera condamné par la justice n’est pas celui qui a tué mais son compagnon
faux-jeton. Au motif de l’aventure s’ajoute alors celui de l’injustice et au
voyage, l’intrigue criminelle.
Auparavant,
le récit dessiné fait partager au jeune lectorat la condition des enfants dans
un village reculé du Mississippi. La vivacité du rythme des planches, le dessin
un rien inspiré par le genre du manga, tout est fait pour captiver le jeune
lectorat et c’est bien ce qui se passe. Twain décrit la vie du peuple et les
relations sociales dans une communauté où la religion imprègne les mentalités.
Les scènes de village abondent, privilégiant celles où les enfants jouent un
rôle. Mark Twain disait des Aventures de Tom Sawyer :
« Bien que ce livre ait surtout pour but de divertir jeunes gens et
jeunes filles, j’espère qu’il n’en sera pas moins apprécié par les grandes
personnes, auxquelles je me suis proposé de remémorer pour leur agrément
l’ambiance dans laquelle elles ont vécu » (2).
Si
le personnage de Tom Sawyer emporte l’adhésion, c’est parce qu’il concentre en
lui les traits du bon gars impertinent, intrépide autant que naïf et roublard
sinon menteur… Tom est un garnement mais un garnement sympathique, il est un
insolent mais un insolent à profonde humanité, il n’aime pas l’école mais il a
une soif de savoirs qu’il étanche par l’aventure et les pérégrinations.
Philippe
Geneste
Notes : (1) Escarpit Denise, La Littérature de jeunesse. Itinéraires d'hier et d'aujourd'hui, Magnard, 2008, p.136. — (2) Cité par Nières-Chevrel, Isabelle, Introduction à la littérature de jeunesse, Paris, Didier jeunesse, 2009, 239 p. – p.15.