Conte
BOUTSINDI Patrick Serge, Le
Mbongui de Ya foufou. Conte africain, illustrations
de Sue LEVY, L’Harmattan, 2026, 69 p. 12€
Le livre de Patrick Serge Boutsindi relaie la
tradition africaine des contes, mise à mal dans sa transmission orale par les
bouleversements des modes de vie et l’évolution destructrice que ne cessent de
perpétuer les politiques néocoloniales. Le récit repose sur une suite de
dialogues au cours desquels sont apportées de multiples précisions sur le mbongui,
une institution du Congo Brazzaville sur lequel l’auteur a déjà consacré un
livre (1). Il s’agit d’un lieu, un espace de concertation des hommes à
l’exclusion des femmes, un lieu sacré, un lieu d’initiation pour les enfants,
un lieu de réunion, un espace de tribunal coutumier. Le mbongui est le
cœur du village. Dans le livre, il est au cœur de l’intrigue.
Un personnage, Ya foufou loue une case à un couple
de géographes français. Comme ceux-ci demandent de manger le soir au mbongui,
Ya foufou aimerait accéder à leur demande, d’une part parce qu’il ne voit pas
pourquoi ce serait interdit et d’autre part parce que le gain de la location va
lui permettre de rembourser une dette. Or, Ya foufou se heurte à l’interdit
édicté par la tradition qui exclut toute présence féminine du mbongui.
L’intrigue se teinte d’éléments propres à l’évolution des mœurs dont Ya foufou
est un représentant mais qui se signale aussi par la disparition de plus en
plus fréquente du mbongui des villages. Le conte traite donc de la
tradition, de l’évolution des modes de vie et du rapport entre intérêt
personnel et intérêt collectif.
Dans la tradition africaine, les animaux incarnent
les morales villageoises (2). Tous les personnages de Le Mbongui de Ya foufou sont des animaux : le foufou (un rat prédateur propre au Congo
Brazzaville), un renard, une gazelle, un éléphant, un lion, une tortue, un
lièvre, un perroquet, un singe, un léopard. C’est aussi dans la tradition du
conte africain d’exalter « l’obéissance à la communauté plutôt que
l’initiative individuelle » (3) car il s’agit pour l’enfant, ici pour
Ya foufou, de ne pas se trouver au ban de la société, de conserver la
considération de la communauté.
L’intrigue, simple, procède d’une série de dialogues
que Ya foufou entretient avec chaque personnage, afin de trouver une solution à
l’imbroglio de sa situation. Le conte animalier recueille puis confronte les
paroles. Les illustrations campent tous les personnages sans ou sans guère
doubler les représentations des situations successives. C’est un cheminement
intérieur qui va ainsi mener le jeune lectorat à imaginer les scènes.
Il est intéressant de remarquer que Le Mbongui de Ya foufou adresse deux problématiques au lectorat. D’une part, il pose la question
de la pérennité des traditions. D’autre part, il fait comprendre une différence
pour provoquer chez lui une interrogation sur le comportement que la personne
lectrice adopterait si elle se trouvait à la place de Ya foufou. Et le conte
qui croise ces deux problématiques laisse ouvert le jugement à porter sur le
dénouement de l’histoire.
Philippe Geneste
(1) Le Mbongui, Paris, L’Harmattan, 2005. — (2) Fes, Géraldine, dans Chaplet, Kesti, 3 Contes africains, Père Castor, 2002, 91 p. – p.9. — (3) Ibid.
Langage
PICARD Valérie, Zip
Zap, illustrations de Laurence G.T., monsieur ed, 2026,
48 p. 19€
Zip Zap est une histoire de mots, un album d’éloge du langage, un dialogue entre
l’illustratrice et l’écrivaine prenant les habits de deux narratrices
personnages qui animent tout l’ouvrage. Ce sont leurs aventures au pays des
mots, à travers leurs connivences fantaisistes. L’album est un commentaire des
fonctions du langage : il est utile, il est un outil de communication mais
aussi d’imagination, il est la clé des affabulations, il est le code privilégié
pour évoquer les pensées, les idées, les émotions, il est un moyen de se
défendre, d’injurier, de câliner, d’inventer…
Laurence G.T. transformée en Myriam Vincent dans
l’album, accommode les illustrations à ces différentes fonctions. Non sans
parfois, fouillambrouiller les jeunes lecteurs et lectrices.
L’édition, avec sa reliure de toile, sa couverture
débordant largement le format des pages de l’album, magnifie l’œuvre créatrice
des deux autrices.
Mas Annie & Philippe Geneste