DUVAL, Myren, Pablo dans les bois, rouergue, 2026, 128 p. 13€50
Dans le
bois, on se perd, annonce le prière d’insérer. Ce roman a interrogé les
adolescents et adolescentes de la commission Lisez jeunesse. Des extraits de la
discussion après que tous eurent achevé la lecture du roman de Myren Duval
précise la teneur de leurs réflexions.
Iréna : le personnage principal, Pablo, au début, je le
trouvais bizarre. Il est à la fois un peu perché mais aussi capable de
véritables dissertations qui surprennent dans sa bouche.
Angel : mais qui vont bien avec les références
littéraires qui sont notifiées au cours du roman, et qui s’adressent à des gens
très lettrés. Comme si le roman choisissait ses lecteurs…
Zabeth : Pour revenir sur le personnage, moi non plus je
ne l’ai pas trouvé crédible. Ça m’a gênée à la lecture. Or tout le roman est
centré sur lui.
Angel : je suis d’accord avec ce constat. J’ai eu du mal
à accorder les deux Pablo. Même si le livre veut nous faire croire qu’il n’est
pas très net, il parle parfois comme un prof de philosophie ou quelque chose
comme ça. Sinon, j’ai quand même apprécié sa fragilité sous l’apparence en
classe du jeune dur. Pablo, au fond, je le vois comme un sentimental. Il est
assez inactif, il réagit à l’extérieur sans réfléchir, mais c’est un
sentimental. Là aussi, il est double, parce qu’avec Ada, qu’il aime, il se retient…
Iréna : … se retient … moi je dirai plutôt qu’il a tout
du timide.
Angel : oui, et peut-être, entre autres choses, sûrement,
parce qu’il est plein d’incertitude envers son corps.
Iréna : Il n’est pas à l’aise mais il aime Ada, c’est
sûr.
Zabeth : Je suis d’accord avec Angel, parce qu’envers les
autres, sauf Ada c’est vrai, il rebondit d’une émotion à une autre sans essayer
de poser une réflexion. Si bien qu’il ne se trouve jamais finalement. C’est
assez curieux parce qu’en réagissant comme il le fait, il se coupe des autres
et il se replie sur lui.
Angel : il faut dire qu’il est perturbé par l’attitude de
son père bipolaire. Avec cette expérience, c’est peut-être normal qu’il soit
vulnérable. Peut-être qu’il est vulnérable parce qu’il ne comprend pas son père
et nous, en retour, lectrices ou lecteurs, on ne le comprend pas, lui.
Zabeth : En tout cas, il s’enlise dans ce qu’il s’imagine.
Et comme il est mal, se confronter à l’extérieur, pour lui, c’est une déchirure
intime qu’il masque sous sa propre agressivité. Et c’est pour ça qu’il enchaîne
les exclusions de classe.
Iréna : Il a un côté agressif, c’est vrai. L’extérieur
est comme une agression et il y répond comme il le vit. Il n’écoute pas les
autres, donc il ne les entend pas. Regardez, avec son père, même quand le père
fait des pas vers lui, il le rembarre tout le temps.
Zabeth : On retrouve ces heurts dans la composition du
livre. Les chapitres sont très courts. C’est un livre qui suscite une grande
vitesse dans la lecture. Et le tempo de la narration aussi est très rapide, et
même presque saccadé. Les phrases sont courtes, affirmatives, c’est tranchant.
Et moi, cette écriture m’a plu.
Angel : l’écriture, elle permet d’entrer, pas dans la
pensée, moi j’ai eu du mal, mais dans l’émotivité, la sensibilité de Pablo. Tu
disais Zabeth qu’il se replie sur lui, oui, c’est ça. Il est préoccupé de qui
il est et il ne questionne pas ce qu’il fait. Il ne prête aucune attention à sa
place dans la société, dans le lycée même. Il fuit la multitude ce qui le
ramène à sa subjectivité.
Iréna : Son drame est de subir son existence qui reste
rivée à son père. Donc son drame c’est de subir la maladie de son père. Mais ça
on le comprend de mieux en mieux au cours du roman, pas au début où Pablo,
quand même, il est bizarre comme je disais tout à l’heure.
Zabeth : Justement parce qu’il semble incapable de
s’affirmer dans ses actions. Heureusement, il y a Ada qui est tellement
compréhensive.
Iréna : en fait, ce roman, il m’a mis un peu mal à
l’aise. Il décrit un trouble et moi il m’a troublée.
Angel : ceci dit, l’autrice a bien joué, parce qu’on
parle de Pablo comme s’il existait. Curieusement, on n’a pas parlé beaucoup du
père, alors que la clé est là, non ?
Iréna : oui, mais est-ce qu’on n’oublie pas un peu trop
la mère ? Elle est quand même sacrément importante pour Pablo.
Zabeth : sauf qu’elle s’en va, parce qu’elle ne supporte
plus les frasques fantasques du père. Cette situation est bizarre, elle aussi.
Elle couve Pablo, mais, en même temps, elle le laisse seul avec le père. Là
encore, il y a quelque chose que j’ai du mal mettre en cohérence, pour le sens
complet de l’histoire.
Zabeth, Iréna, Angel