PIQUEMAL, Michel, Et Si Demain…, le muscadier, 2026, 185 p. 15€50
Sont rassemblées dans ce volume
l’ensemble des nouvelles parues initialement dans deux ouvrages séparés en 2015
et 2020. L’initiative est heureuse d’autant plus que Michel Piquemal est
l’auteur d’une œuvre cohérente et importante du secteur de la littérature pour
la jeunesse.
Dans ces nouvelles, il actualise dans
le secteur jeunesse, les grandes problématiques du futur, celles abordées
durant l’âge d’or de la science-fiction et celles contemporaines qui
bouleversent déjà le quotidien des vies. L’auteur les articule à quelques
autres thématiques propres aux sociétés capitalistes, par exemple avec le
personnage James Graham (dans Pas de chichis pour les chihuahuas),
double de l’illustre Gaudissart de Balzac, représentant de commerce, habile
publiciste et héros du commerce compris comme capacité à vendre des produits
sur la base d’images de fiction données comme réalité vraie. L’obsolescence
programmée est au cœur de La Puce de Panurge, où les technologies de
surveillance sont au service des profits des grandes firmes capitalistes. Avec Le
Grand Marché carcéral, c’est la question de la déterritorialisation des
prisonniers dans des pays tiers qui fait surface ; et La Convocation
fait réfléchir sur la surveillance par l’informatique, le numérique et la vidéo
par reconnaissance faciale : le demain du livre est bien l’aujourd’hui de
nos sociétés…
Il en va de même avec Spy for you
où c’est le traitement des données personnelles à l’heure des réseaux sociaux
qui est en cause, ou encore avec À l’abri du monde extérieur où la
maison connectée crie vengeance… C’est aussi de la suprématie de l’informatique
et de l’intelligence artificielle sur les humains dont parle Homo cretinus.
Quel réalisme contemporain, aussi, avec Les Chevaliers blancs ! On
y assiste à la réunion d’un conseil d’administration réunissant des organismes
de fonds de pension anticipant les faillites futures de leurs avoirs
immobiliers et préparant le déplacement en conséquence de leurs
placements : le capitalisme financier se rit des populations, de la
dégradation de la planète, les yeux rivés sur leurs profits et la gestion de leur
fortune. Et la raison d’État fait de même dans Nos Frères à quatre pattes.
Si Du plomb dans l’aile des pigeons réactive le mythe des alchimistes à
l’ère du profit et des tabloïds, On lui a vu la lune dépeint le
détournement de la création d’un inventeur désintéressé par une firme
commerciale. Dans la même veine, Le paradis des oiseaux rappelle les
méfaits inhérents au colonialisme, une structure économique, sociale,
scientifique qui dépasse les sentiments des explorateurs. Le Président de
transition imagine un monde où gouvernent les multinationales et Candide
2064, à la manière d’un conte de Voltaire, interroge le culte de
l’enrichissement qui prévaut sur la terre par contraste avec l’exotisme d’une
société du prêt généralisé entre membres de la société favorisant l’égalité.
La Loi des 65 réactive le thème
de la surpopulation (Soleil vert, l’œuvre de Ballard sont en
ligne de mire) à travers la problématique de l’euthanasie. L’Éternité pour
punition traite de l’immortalité, cette increvable thématique de la
littérature fantastique remise au goût du jour par le transhumanisme.
L’engouement pour les tests génétiques dans une société obsédée par le risque
de croisement entre descendants des Néanderthaliens et descendants de Sapiens,
est au fondement de 100% sapiens, une nouvelle glaçante. Les
manipulations mentales sous couvert de thérapie d’effacement de la Mémoire
négative sont au cœur de Faut-il interdire les NME ? Dans Ecole-buissoniere.com,
l’éducation n’évite pas son absorption dans le tout numérique qui fabrique des
décrocheurs. Les dangers que font courir à l’humanité la science et
l’exploitation de la terre sans vergogne se retrouve dans Le Cauchemar des
glaces. Et Si Demain… interroge aussi le lien paradoxal des
avancées technologiques et des retours à des formes barbares de plaisir ;
c’est le sujet de Morituri te salutant. Quant à Un Tramway nommé
désir, il est une parodie de l’homme augmentée sur fond de volonté de
séduction du personnage principal.
Si l’ouvrage de Michel Piquemal entre
dans des alternatives à la fin programmée de la planète avec Je Fais ma part,
l’essentiel des récits dessinent un monde imaginaire plutôt sombre pour les
populations laborieuses.
Et Si Demain… est une
encyclopédie de poche qui ouvre le jeune lectorat à l’interrogation de ces
imaginaires du futur que leur impose la société contemporaine et les firmes de
la high tech et autres Silicon Valley : tri génétique, dictature des
puces, manipulation des esprits, finalités insues de la domotique et des objets
connectés, enjeux de la conquête spatiale renouvelée, enseignement par les
nouvelles technologies, pouvoir des multinationales contre les pouvoirs d’État,
nouvelle définition de l’intimisme, les organismes internationaux comme miroir
aux alouettes des préventions climatiques, écologiques et humaines, le
transhumanisme, l’augmentation de l’humain, …, bref une chronique
pré-anticipative du monde dans lequel nous vivons.
Philippe Geneste