La Mère dans le regard d’un enfant
MORIZUR Gwénola, Les
Fils argentés de maman, illustrations de Fanny MONTGERMONT, éditions du
ricochet, 2026, 34 p. 15€50
Voici
un album d’une profondeur troublante. Il explore la relation d’un petit garçon
à sa mère. Celle-ci satisfait les besoins de tendresse, de protection,
d’échange, de rapport au monde et aux autres de l’enfant. Lui, l’écoute, la
regarde avec une attention dont l’intensité autorise son adresse finale qu’il
lui tend, c’est-à-dire à formuler une interprétation verbale.
Mais
n’allons pas trop vite.
La
mère est mouvement. Sa chevelure le symbolise. Le mouvement entraîne. Et, même,
quand la sensation gouverne, le mouvement est attraction. Or de la sensation
émerge la curiosité : chez l’enfant le mouvement psychique et le mouvement
physique sont indissociés. La lecture étant captive de ce regard obnubilé de
l’enfant, le lectorat épouse l’attitude du petit garçon. Il le suit dans son
interprétation des transformations observables – observées de la couleur des
cheveux de la mère. Mais pourquoi les cheveux virent à l’argent, se
demande-t-il ?
La
chevelure devient synecdoque du corps et de l’être humain en général, de la
mère en particulier. Cheveux et peau matérialisent la mémoire des expériences
de la vie. L’enfant se trouverait-il alors en devoir de résoudre, pour
lui-même, l’origine du temps ? Les ingrédients de la solution, il les
puise dans l’attention à partir de chaque fait de la vie, et donc de sa vie…
L’album devient alors le récit d’une transmission de la mère à l’enfant,
transmission de la vie, de son mouvement, de son mode d’habitation. C’est dans
cette matérialité que serait l’interprétation que chacun construit de la vie.
Le
livre serait-il alors prolégomène à une forme de satisfaction à vivre… ?
Curieusement,
l’album raconte la fascination de l’enfant pour sa mère avec laquelle il
entretient une relation exclusive (aucun autre protagoniste humain, seuls des
oiseaux, animaux bâtisseurs de nids, symboles de vie nouvelle et de
protection). Cette fascination, qui pourrait mener à un enfermement, se mue par
les paroles de la mère en élancement vers le partage, vers l’avenir.
L’observance enfantine est projective. La mère suggère à l’enfant l’appétit de
sensations par l’attirance vers le monde. Elle est le premier autre vers lequel
l’enfant éprouve le mouvement vers le règne du vivant ou du non vivant. Cette
attirance engendre chez le petit garçon l’imaginaire d’avenir. La dernière
image du nid d’oiseau incluant les cheveux d’argent signifie ce partage entre
vie d’humain et vie de nature. L’image suggère aussi que la naissance n’est
toujours qu’une renaissance car la naissance n’existe que représentée,
reconstituée en esprit. Physique et psychisme, à nouveau s’interpénètrent en
leur unité féconde d’action réalisatrice.
Du
corps des femmes et du politique
BAYLE,
Carla, FAUCONNIER, Arnaud, 100 idées pour comprendre l’endométriose,
Tom Pousse, 2025, 224 p. 17€
Après
l’annonce le 11/01/2022, par le Président de la République, du lancement d’une
stratégie nationale de lutte contre l’endométriose, bien des espoirs se sont
levés chez les femmes atteintes de cette « souffrance majeure que
personne n’entend » (termes du président). Le livre de Bayle et
Fauconnier est paru en octobre 2025, sur la base de l’espérance soulevée.
La
communication présidentielle a permis à l’endométriose d’être une souffrance
reconnue. Les oppositions à cette reconnaissance prennent leur racine dans le
tréfond de la société patriarcale. Ainsi, en 2024, les sénateurs ont rejeté un
projet de loi proposant un congé maladie en faveur des travailleuses subissant
des règles douloureuses et notamment atteintes d’une pathologie,
l’endométriose. Le projet de loi prévoyait un congé menstruel de deux jours par
mois … Les sénateurs ont jugé la mesure trop chère et susceptible de favoriser
la fainéantise des femmes… Les sénateurs se sont octroyés la même année 700€
d’augmentation de leurs frais de mandat les portant ainsi à 6000€ par mois par
sénateur et sénatrice (qui s’ajoutent à leur salaire net de 5246€81). Dormir
dans le confort, travailler dans la souffrance… Et on se rappelle que lors de
la dernière loi sur les retraites, les sénateurs et députés ont reconduit leurs
régimes spéciaux. Charité bien ordonnée commence par soi-même. Certaines
collectivités locales (Lyon, Bordeaux, Grenoble) ont alors statué pour
permettre à leurs salariées, sur justificatif de règles incapacitantes, de
bénéficier d’autorisations spéciales d’absence (ASA). Sur ordre du
gouvernement, qui pourtant s’était déclaré favorable à cette mesure (en
cohérence avec la plan national 2022-2025 pour la prise en charge de
l’endométriose et la promesse d’une filière de soin), les préfectures
invalident une à une les dispositions mises en place par les collectivités
locales.
Alors
vous direz-vous, quel est l’intérêt de ce livre ? Même si, une fois de plus,
la communication présidentielle l’a emporté sur la déclinaison concrète de
l’annonce – car de même que communiquer n’est pas informer, communiquer
n’est pas mettre en place –100 idées pour comprendre l’endométriose
est un livre incontournable et d’une grande utilité pour les patientes, pour
les proches et pour les travailleuses et travailleurs de la santé. L’intérêt du
livre est majeur. Son écriture le rend abordable à toutes et tous et la
richesse des questions traitées (cent en tout, comme l’indique le titre)
comblera les curiosités, les interrogations, donnera de vraies informations.
Qu’on en juge. Le livre comporte cinq parties. La première est consacrée à
l’endométriose, son histoire, ce qu’elle est, ses différentes formes les
symptômes, l’adénomyose. La seconde partie décrit les mécanismes de la douleur.
La troisième traite de l’endométriose au cours de la vie d’une femme
(adolescence, scolarité, sexualité, fertilité, périnatalité, cancer de
l’ovaire, travail, congé menstruel, sport). La quatrième détaille le parcours
de la patiente : diagnostic, la prise en charge globale et le suivi, les
traitements hormonaux, les traitements antalgiques, la chirurgie de l’endométriose,
les associations, plateformes et applications à destination des patientes. La
cinquième partie détaille les actions nationales du gouvernement, la formation
sur l’endométriose, les différents programmes de recherche sur l’endométriose.
Une excellente conclusion et un lexique closent le livre.
Annie
Mas & Philippe Geneste