BARGUIRDJIAN Marie, La Cabane de vacances, illustrations de Jean-Claude ALPHEN, éditions d2Eux, 2025, 34 p. 16€
L’album
s’ouvre sur un texte illustré à la manière d’un carnet de voyage, avec des
dessins comme jetés sur le papier en ébauche, quasi sans couleur. Puis on
tourne la page et le dessin fait un clin d’œil au genre du fanzine, soit une
installation de l’histoire à venir dans le cadre de l’humour. La situation de
vacances chez la grand-mère s’y prête, bien sûr, n’est-ce pas un temps de
grande liberté ? Seulement voilà, l’euphorie des premiers jours passés,
l’ennui s’installe chez les trois enfants. L’ennui c’est le manque d’intérêt,
c’est la lassitude, c’est l’impression de n’avoir plus rien à découvrir.
L’ennui c’est une panne de curiosité. Les enfants se trouvent en proie à une
disposition d’esprit dont ils n’ont pas la maîtrise et qui les dépossède de
leur esprit d’initiative.
Et
c’est là que l’autrice introduit un nouveau personnage, suggérant ainsi au
jeune lectorat qu’il faut savoir interroger sa manière de penser. Sinon, la
passivité submerge la vie qu’on ne mène plus mais qui vous mène. Le nouvel ami
entraîne ses nouvelles copines et son nouveau copain dans la construction d’une
cabane dans les bois, sous un noisetier… Erreur… Mais pourquoi ? … Et
pourtant quel régal !
HUGHES Susan, Carmen et la
maison sauvage, illustrations Marianne FERRER, Monsieur Ed, 2026,
32 p. 18€
Voici un album remarquable qui insère l’information
documentaire dans un récit semi-onirique. On peut dire qu’il s’agit d’une
lecture subjectivante de l’œuvre de l’architecte, décorateur, Antoni Gaudi. Le
prétexte fictif est l’achat d’une maison par une famille bourgeoise, les
Batlló, qui demandent à Gaudi de la rénover. Il en fera la bien connue Casa
Batlló de Barcelone, dont les travaux commencent en 1904 pour s’achever en
1906. Le récit se concentre sur Carmen, une fille des Battló, qui aime la forêt
où elle rejoint Dragon, sa compagne de vie et de jeu, une salamandre géante.
Les illustrations de Marianne Ferrer épousent le
parti pris gaudien des courbes, elle magnifie la nature végétale et s’emploie à
faire ressentir au jeune lectorat la puissance de la luminosité pour
transporter les sens du réel à l’imaginaire. L’histoire plonge dans le désir de
la nature, seule puissance à donner le goût de vivre grâce au respect par les
humains du monde physique, premier stade du respect de soi en quelque sorte. Le
choix du travail à l’aquarelle renforce la poésie de l’histoire qui se confond
avec la poésie décorative et architecturale de la vraie maison de Barcelone.
Et pour la cohérence de l’histoire, la salamandre
élit domicile tout en haut de la casa Battló, en guise de toit. Toute intimité
est un lieu, un lieu à soi partagé et drainé de valeurs dont l’architecture devrait
être la vectrice.
Cet album peut se lire littéralement, mais aussi se
prête à une lecture philosophique, à moins qu’il ne soit une propédeutique à
l’esthétique d’Antoni Gaudi.
Sur Antoni Gaudi, on offrira avec bonheur aux petits et moins
petits :
BARTHERE
Sarah, Antoni Gaudi, illustrations de Claire DE GASTOLD, Milan,
2021, 40 p. 8€50
Tout commence le 25 juin 1852, puisque
naît Antoni Gaudi qui se destine à des études d’architecte dont il obtiendra le
diplôme en 1878. On le suit ainsi au fil des années depuis la maison Vicens
bâtie en 1883/1888 à la construction du Capricho, de la conception d’un domaine
équestre à celle du palais d’Eusebi sis à Barcelone, du palais épiscopal
d’Astorga à la Torre Bellesguard, du parc Güellà la Casa BatllÓ, de la maison
Milà à la Sagrada Familia, sans compter les travaux d’art décoratif, d’art du
meuble et pour la céramique. L’ouvrage est clair, abondamment illustré,
didactique mais vivant. L’enfant en sort plus instruit mais il ne connaîtra pas
les convictions idéologiques très conservatrices de l’artiste.
Philippe Geneste