Pef, Le Petit Motordu, raconté par
Olivier Chauvel et Julie Kremer, Gallimard jeunesse, 40 p.+1 CD 14mn, 9€90
Nous voici au début de la longue vie de Motordu (première
histoire en 1980) avec des parents qui se désespèrent car dans la famille
Motordu, on ne parle pas droit pour rester roi. Or, le petit Motordu parle sans
paronymie, sans métathèse, bref, il parle normalement ! C’est une atteinte
à l’honneur familial. Heureusement, avec leur méthode particulière, faite de
beaucoup de hasard, les parents vont lancer leur rejeton dans l’apprentissage
tordu des mots déroutés. Un régal, que magnifie la version racontée par Chauvel
et Kremer, où explose l’humour indissociable des aventures du petit prince des
mots tordus…
Leprince
de Beaumont, La belle et la Bête , lu par Jacques
Bonnaffé, Gallimard, 2015, 1CD 50’ ,
15€
Voici une magnifique interprétation du conte deMadame
Leprince de Beaumont. Jacques Bonnaffé varie sa voix, jouant des transferts de
personne en imitant de la voix la scénarisation discursive (1), emportant le
jeune lectorat dans le monde fiévreux de la Bête autant qu’en lui permettant de s’identifier
à l’honnêteté sentimentale de la
Belle. La mise en musique subtile d’Isabelle Abouker met
clarinette, piano et voix au service de la dramatisation toute intérieure des
événements du monde qui touchent le riche marchand devenu pauvre et sa famille.
Une grande leçon de lecture et de mise en scène audiophonique.
Modj Souleymane, L’Antilope et la panthère et
autres contes
africains, illustrations de Justine Bax, Milan, 2012, 24 p.
+ 1 CD, 15€
Il s’agit de contes peul, bambara
ou wolof. Un glossaire permet de retrouver le sens de ces mots prononcés durant
les cinq contes qui composent le recueil. Le livre, vingt-quatre pages
cartonnées, est très richement illustré par Justine Bax à qui on doit un
travail d’illustratrice parmi les meilleurs sur
Histoires comme ça de Kipling. Elle interprète le conte plus
qu’elle ne l’illustre et c’est toute la dimension de l’imaginaire du conte qui
est convoquée. Chaque conte ressemble à s’y méprendre à une fable, car chacun
se termine par une morale très didactique. Modji propose sur le CD une
interprétation intimiste très proche de la tradition orale africaine, avec un
accompagnement musical. Bien que cet album-CD soit destiné aux enfants de 4/7
ans, il peut être entendu à tout âge.
Stevenson
Robert Louis, L’Île au trésor, lu par Patrick Poivre d’Arvor, Gallimard
jeunesse, 1 CD mp3, durée d’écoute 4h. 18€90
Voici une version audiophonique
du chef d’œuvre de Stevenson paru en 1883, légèrement abrégé, lu à partir de la
traduction de l’anglais réalisée par Jacques Papy.
La fabuleuse histoire de Jim
Hawkins qui habitait en 1800 à l’auberge de l’Amiral Benbow, tout au bord de la
mer, en Angleterre, est une des œuvres majeures de l’écrivain écossais. L’Île
au trésor repose sur l’aventure et les personnages relèvent de la
légende et non de la psychologie. Pour Stevenson, la littérature romanesque, le
récit, c’est l’aventure : « Ce
sont les événements non les personnages, qui nous arrachent à notre réserve ». Les événements sont ce qui forme, ce
qui in-forme, ce qui introduit par la
forme du contenu qui va se réaliser en une histoire. Ils sont la forme, pas le
contenu. Peut-on, alors, dire que si le récit est à l’origine du langage comme
bien des remarques scientifiques, anthropologiques et philologiques semblent
nous inviter à le penser, est-ce parce que l’événement est ce qui fonde la
venue du langage lui-même, s’y love comme nœud de la pensée verbale ?
Si, maintenant, on pense
l’appartenance de L’Île au trésor au domaine de la littérature destinée à la
jeunesse, doit-on y lire un manifeste antiréaliste ? Stevenson
écrit : « Le roman existe, non
par les exemples qu’il entretient avec la vie, inévitables et matériels, tout
comme une chaussure est faite de cuir, mais par son incommensurable différence
d’avec elle ». L’idée est donc que les événements font surgir des
images. Ecoutons Jim Hawkins, c’est au début du roman lu avec sobriété :
« Si ce personnage hantait mes
songes, il est inutile de le dire. Par les nuits de tempête où le vent secouait
la maison tandis que le ressac mugissait dans la crique et contre les falaises,
il m’apparaissait sous mille formes diverses et avec mille physionomies
diaboliques. Tantôt la jambe lui manquait depuis le genou, tantôt dès la
hanche ; d’autres fois c’était un monstre qui n’avait jamais possédé
qu’une seule jambe située au milieu du corps. Le pire de mes cauchemars était
de le voir s’élancer par bonds et me poursuivre à travers champs ».
Mais alors, ce qui est un parti pris formel chez Stevenson, souvent souligné
par la musique de Caroline Glory et de Zorica Stanojevic (violon et
violoncelle), peut-il être appliqué tel quel à la littérature de
jeunesse ? C’est une question difficile, mais quand on voit comment les
romans historiques (1) sont pervertis en romans d’aventure, on peut penser
qu’il y a là une opération fondatrice de la littérature de jeunesse. Pour
autant, il serait faux de faire de Stevenson l’initiateur de cette opération
car il ne perverti pas le contenu, comme le fait souvent le roman social ou le
roman historique pour la jeunesse, il le met en forme par les événements.
C’est, sans aucun doute, une piste à creuser pour qui s’intéresse au
fonctionnement de la littérature de jeunesse contemporaine.
Philippe Geneste
(2)
voir Geneste Philippe Les axes de la
préoccupation sociale dans le roman pour la jeunesse suivi de Le roman historique pour la jeunesse et L’heroïc fantasy source prolifique du récit
pour la jeunesse in Dupont-Escarpit, Denise, La Littérature de
jeunesse, itinéraires d’hier à aujourd’hui, Magnard, 2008, pp.399-433.