Anachroniques

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08/09/2024

Dans la trousse buissonnière du temps, les crayons de l’école

MIM et BAJON Benoît, Oups, c’est la rentrée !, illustrations de Coralie VALLAGEAS, Milan, 2024, 32 p. 9€90

Le livre appartient à la collection « Je lis tout haut », collection spécialement conçue pour la lecture à haute voix par les lecteurs débutants du Cours Préparatoire. C’est l’histoire du premier jour de la rentrée des classes, à travers une professeure des écoles qui arrive en retard dans sa classe. Les élèves l’attendent et lui font un accueil chaleureux. Des conseils simples, pas trop nombreux accompagnent le jeune lectorat pour organiser sa lecture à voix haute, une lecture qui s’adresse à lui-même, à ses parents, à ses copains et copines, et à sa classe. Avec son format semi-poche, ses pages en dépliants, les illustrations réalistes de Coralie Vallageas qui suivent scrupuleusement le texte, les situations pleines d’humour du livre intéresseront le lectorat débutant surtout s’il est accompagné par un adulte pour discuter des modalités de la lecture soit, au fond, des modalités propres à l’expression du sens du texte.

 

DIEUDONNÉ Cléa, Le Soleil et toi. Découvre le système solaire, L’Agrume, 2024, 64 p., 14€

Tout le bien dit du documentaire précédent de Cléa Dieudonné, La Lune et toi. Découvre la force d’attraction (lire le blog du 23 juin 2023), ne peut qu’être renouvelé pour cet ouvrage de découverte du système solaire proposée aux enfants de sept à onze ans.

Le livre suit avec tout l’humour du dessin, la naissance du soleil, celle des planètes. Le jeune lectorat est alors invité à entrer dans le système solaire avec ses planètes intérieures (Mercure, Vénus, Terre, Mars) et d’explorer la terre du point de vue toujours astronomique. Puis le livre passe en revue les planètes du dehors (Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune) avec une explication des planètes gazeuses. Enfin, l’ouvrage retourne au soleil.

Vulgarisation scientifique soignée, clarté des exposés que renforce le travail d’illustration, intelligence de l’adresse directe au jeune lecteur ou à la jeune lectrice, l’impliquant ainsi dans le sens à construire. Comme le précédent, ce livre fera le bonheur des enfants, les médiathécaires et bibliothécaires et documentalistes auront à cœur de le présenter à leurs jeunes lectrices et lecteurs.

 

L’HOMME Erik, Ils Viendront. 1 Ce que voient les yeux, illustrateur, DE MARTINO Marcello, Jungle, 2024, 56 p., 13€95

Canicule, théories irrationalistes sur le climat, complotisme, trafic d’organes ou exploitation des organes oculaires, science-fiction, récit d’anticipation biomédicale, S-F avec extra-terrestres, thriller et suspense, le scénario d’Erik L’Homme entrecroise ces différents thèmes en une intrigue structurée par l’action qui mène vers le récit d’aventure autant que le récit d’angoisse. La composition est si serrée que la lecture de l’histoire est haletante.

Pour tisser la diégèse, l’auteur a choisi des personnages marginaux, deux adolescents. L’un, Lukas, est un cycliste slamer adepte de l’école buissonnière, libre comme le souffle des mots ; l’autre, Elma, est une boxeuse bercée par le rythme de chants libérateurs. Les deux sont bien dans leur tête, bien dans leur peau, surtout quand ils sont ensemble. La bande dessinée s’introduit dans le besoin d’autonomie des jeunes de cet âge, ne détestant pas recourir à l’humour dont la fonction est d’éviter de dramatiser le cours des événements pour mieux embarquer le lectorat sur les chemins du genre du récit d’aventure.

Il faut dire que l’étrangeté des événements qui mettent à mal la sagacité de l’inspecteur Grayharm, déroute par un univers étrange qui porte lectrice ou lecteur à se fier aux images et au texte. En période rentrée des classes mais aussi de reprise du travail, rien de mieux qu’une telle fiction pour faire retomber la pression du travail de classe ou pour se libérer des soucis journaliers du boulot et autres entraves administratives de la vie. L’écriture slamée ébouriffe les neurones pendant que dessins et couleurs épousent l’agilité du scénario en ajoutant du mouvement, par exemple en variant les points de vue. Texte et illustration réunis, on entend presque la bande son de la pop culture des années mille-neuf-cent-quatre-vingt / mille-neuf-cent-quatre-vingt-dix. Et, peut-être, est-ce la problématique de la perception qui se trouve au cœur du projet éditorial des auteurs L’Homme et De Martino. Vu l’entrecroisement des thèmes relevé au début de cet article, il est tentant de s’attendre à un récit mettant en scène une politique de la perception.

Philippe Geneste

18/10/2020

Des enfants et des jeux


PETIT Cécile, Je fais mes desserts moi-même sans cuisson, illustrations Elena SELENIENE, Milan, 2020, 96 p. 14€90

Le livre s’attache à proposer des recettes pour les tout petits comme pour les enfants plus grands. Le principe est d’éviter le beurre, le chocolat fondu, la crème chaude. Chaque recette comporte 4 à 6 étapes, chacune illustrée sur une page dédiée. Qu’est-ce qu’on y trouve ? tiramisu au chocolat, tarte aux fraises, mousse au chocolat, bûche de noël, petits roulés fourrés… L’édition est ingénieuse : le livre se transforme en livre-chevalet qui permet aux apprentis pâtissiers et pâtissières de suivre des yeux les étapes du gâteau préparé. Les pages sont pelliculées afin d’être lavables. Bref, un livre qui fera passer un bon moment entre parents et enfants, qui stimulera les enfants à faire la cuisine pâtissière dans des instants partagés de bonheur.

Ainsi, grâce à ce livre bien cartonné qui se transforme donc, si nécessaire, en chevalet, et grâce aux illustrations claires des recettes présentées et avec ces photos d’enfants qui vous ressemblent, à toi et tes amis, tu sauras bientôt fabriquer de « mégas » goûters. Accompagné d’un grand marmiton pour les gestes délicats, comme à l’occasion éplucher des fruits, couper de la pâte d’amende, monter la crème en chantilly, tu vas pouvoir, sans risque de te brûler car ces recettes ne nécessitent pas de feu de cuisson, apprendre l’art de la pâtisserie. La recette de la charlotte de fraises, celle du choco-mousse ou des sucettes fourrées, ni celles, si particulières des palets bretons, des spéculoos et du tiramisu n’auront de secrets pour toi.

En attendant Noël et la bûche poire-caramel, le printemps et la charlotte aux fraises, puis l’été avec les framboises glacées, profite avec tes camarades des après-midis de pluie pour malaxer, façonner, tapisser les moules à cake pour savourer, offrir et partager toutes les recettes de ce livre précieux.

Annie Mas

DENIS Marie-Nina, BEGHYN Benoit, Raconte-nous, 110 cartes pour aider à la narration et développer la créativité, Tom Pousse, 2020, 110 cartes+ livret, 14€

Présenté sous la forme d’un coffret, ce jeu créatif comprend 44 cartes personnage, 39 cartes objet (dans le sens d’objet de l’aventure d’un personnage), 24 cartes décor (endroit où se déroule l’action ou l’histoire) et 3 cartes joker (permettant au joueur d’inventer un personnage, un objet ou un décor de son choix). Avec ces cartes, trois jeux sont disponibles : un jeu raconte-nous un héros ; un jeu raconte-nous une histoire ; un jeu cadavre exquis. Le premier jeu permet de créer un personnage ; le second de créer une narration ; le troisième de créer une histoire collective. On l’aura compris, c’est un moyen ludique pour apprendre à construire un récit. De plus, il peut être utilisé par des enfants comme par des adultes. Chacun des jeux peut se jouer jusqu’à 10 joueurs.

Les trois jeux peuvent se dérouler à l’oral comme à l’écrit. Le livret, très simple, court, permet d’aider les joueurs. Par exemple, pour le jeu 1, un ensemble de questions est proposé et les joueurs répondent afin de construire leur personnage. Le jeu 2 peut s’appuyer sur le jeu 1 ou se faire à part. Il peut aussi s’étoffer par l’ajout de personnages : un qui aide le héros ou l’héroïne, un qui le gêne ou lui met des bâtons dans les roues. Enfin, le jeu 3 se joue à l’oral et chacun improvise sur chaque carte tirée à tour de rôle.

On peut compléter le jeu si on veut, et faire ses propres règles. Bref, ce coffret est un incitateur à la création d‘histoires, il peut être un moyen ludique d’aborder le schéma de narration. Il peut être utilisé en famille, entre amis et aies, être présent dans les foyers socio-éducatifs des établissements scolaires, dans les lieux du périscolaire, dans les classes, dans les CDI. Il peut être utilisé durant les études ou études dirigées. Une belle création de Tom Pousse.

Zamorano Cécile, Je joue, j’apprends l’orthographe, illustrations de Pepillo, Nathan, 2018, livre + cartes à jouer, 12€90

Le petit coffret à destination des élèves du CP repose sur des dessins et des confrontations deux à deux de mots homonymes. La manipulation de cartes à jouer comportant le mot pour répondre à des phrases à trou. Quelques astuces, certaines ficelles anciennes traditionnelles, d’autres plus ancrées dans le domaine des professionnels orthophonistes, complètent la conception de cette livraison. L’orthographe reste, pour les éditeurs, un inépuisable filon de ventes.

Philippe Geneste

13/09/2020

Réflexion sur la lecture et pratique d’orthographe…

 Gasparov, Martine, Lire, à quoi bon ?, dessins d’Alfred, Gallimard, collection Philophile, 2020, 48 p. 10€

Alors que « la modernité favorise les biens de consommation, commercialisables, échangeables, rentables et donc éphémères et périssables », « amalgamant culture et loisir », ce petit livre aisé à lire dès 12/13 ans –même si la collection s’adresse aux lycéens– invite à la réflexion sur l’acte même de la lecture.

Après une brève évocation de l’origine de la lecture, donc de l’écriture, vers 3500 ans avant JC, l’autrice développe le lien qui unit les sociétés à une volonté de mémoire. Bien des questions sont abordées assez brièvement et agrémentées de citations patrimoniales Par exemple : lire est-il un défi au temps ? Lire rend-il indépendant ? Est-ce que lire c’est s’instruire ? Lire peut nous transformer ? La lecture n’est-elle qu’une évasion ? En quoi lire est un acte de rencontre avec autrui ? Lire permet-il de se connaître soi-même ? Lire est-il une activité solitaire ?

La fin de l’opuscule traite avec intelligence du rapport à internet, incluant la question de la lecture dans la question englobante du réfléchir par soi-même. L’autrice retourne ainsi sur l’évocation première du rôle mémoriel de l’écriture ayant engendré cet acte cognitif qu’est la lecture.


 Puddu Pierre, Je construis mon orthographe et mon vocabulaire, Paris, Tom Pousse, 2019, 59 p. 13€

Cet épais cahier de travaux pratiques s’adresse aux élèves soit dysorthographiques soit en difficultés, du CE2 jusqu’au collège. Il peut aussi être utilisé avec des adultes en apprentissage de l’écrit. Les exercices reposent sur l’observation puis sur la réflexion. Les mots sont classés en fonction des lettres qui les composent. L’idée conductrice est que l’enfant construit son orthographe au fil du temps grâce à un classement effectué depuis l’observation des correspondances lettres/son. L’auteur privilégie une seule et même grille de classement pour toutes les lettres, il s’appuie sur la combinaison des lettres et non dans les sons pour faire advenir des cohésions orthographiques de l’écriture. La systématique proposée par Nina Catach sous-tend le travail de conception avec la distinction des morphogrammes (lettres à valeur grammaticale), logogramme (différence d’écriture pour distinguer des homophones) et phonogrammes (lettre et combinaisons de lettres marquant un son).

Les exercices amènent à classer les orthographes d’usage (comme le M qui précède le P et le B), celle liée à la prononciation (C se prononce [s] devant E et I), celle qui s’appuie sur une régularité ([az] s’écrit age). Ils s’appuient aussi sur les familles de mots, ce qui renvoie à un enrichissement du vocabulaire.

Le livret impose seulement de travailler avec l’alphabet phonétique international.

Bien sûr, il s’agit d’un outil de travail qui structure des séances et non de fichiers autocorrectifs, ce qui permet effectivement de mettre l’élève en situation entière de construire de plus en plus en autonomie, donc de manière de moins en moins accompagné son orthographe : c’est en cohérence avec le projet. Cela signifie de discuter avec l’élève les classements qu’il propose. Le livret permet aussi le travail en groupe des élèves. L’important est de prendre le temps, et si le travail s’effectue dans la forme d’un préceptorat, aller à l’allure de l’élève et ajuster l’ordre des exercices aux propositions de l’élève. Prendre le temps est une nécessité si on veut faire ressortir aux yeux de l’élève et des élèves les raisons qui sous-tendent l’orthographe et qui ne relèvent pas toutes de règles mais de l’histoire des mots. C’est un échange source d’enrichissement lexical pour les élèves.

Philippe Geneste