Anachroniques

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04/07/2026

Construire son abri de vacances

BARGUIRDJIAN Marie, La Cabane de vacances, illustrations de Jean-Claude ALPHEN, éditions d2Eux, 2025, 34 p. 16€

L’album s’ouvre sur un texte illustré à la manière d’un carnet de voyage, avec des dessins comme jetés sur le papier en ébauche, quasi sans couleur. Puis on tourne la page et le dessin fait un clin d’œil au genre du fanzine, soit une installation de l’histoire à venir dans le cadre de l’humour. La situation de vacances chez la grand-mère s’y prête, bien sûr, n’est-ce pas un temps de grande liberté ? Seulement voilà, l’euphorie des premiers jours passés, l’ennui s’installe chez les trois enfants. L’ennui c’est le manque d’intérêt, c’est la lassitude, c’est l’impression de n’avoir plus rien à découvrir. L’ennui c’est une panne de curiosité. Les enfants se trouvent en proie à une disposition d’esprit dont ils n’ont pas la maîtrise et qui les dépossède de leur esprit d’initiative.

Et c’est là que l’autrice introduit un nouveau personnage, suggérant ainsi au jeune lectorat qu’il faut savoir interroger sa manière de penser. Sinon, la passivité submerge la vie qu’on ne mène plus mais qui vous mène. Le nouvel ami entraîne ses nouvelles copines et son nouveau copain dans la construction d’une cabane dans les bois, sous un noisetier… Erreur… Mais pourquoi ? … Et pourtant quel régal !

 

HUGHES Susan, Carmen et la maison sauvage, illustrations Marianne FERRER, Monsieur Ed, 2026, 32 p. 18€

Voici un album remarquable qui insère l’information documentaire dans un récit semi-onirique. On peut dire qu’il s’agit d’une lecture subjectivante de l’œuvre de l’architecte, décorateur, Antoni Gaudi. Le prétexte fictif est l’achat d’une maison par une famille bourgeoise, les Batlló, qui demandent à Gaudi de la rénover. Il en fera la bien connue Casa Batlló de Barcelone, dont les travaux commencent en 1904 pour s’achever en 1906. Le récit se concentre sur Carmen, une fille des Battló, qui aime la forêt où elle rejoint Dragon, sa compagne de vie et de jeu, une salamandre géante.

Les illustrations de Marianne Ferrer épousent le parti pris gaudien des courbes, elle magnifie la nature végétale et s’emploie à faire ressentir au jeune lectorat la puissance de la luminosité pour transporter les sens du réel à l’imaginaire. L’histoire plonge dans le désir de la nature, seule puissance à donner le goût de vivre grâce au respect par les humains du monde physique, premier stade du respect de soi en quelque sorte. Le choix du travail à l’aquarelle renforce la poésie de l’histoire qui se confond avec la poésie décorative et architecturale de la vraie maison de Barcelone.

Et pour la cohérence de l’histoire, la salamandre élit domicile tout en haut de la casa Battló, en guise de toit. Toute intimité est un lieu, un lieu à soi partagé et drainé de valeurs dont l’architecture devrait être la vectrice.

Cet album peut se lire littéralement, mais aussi se prête à une lecture philosophique, à moins qu’il ne soit une propédeutique à l’esthétique d’Antoni Gaudi.

 

Sur Antoni Gaudi, on offrira avec bonheur aux petits et moins petits :

BARTHERE Sarah, Antoni Gaudi, illustrations de Claire DE GASTOLD, Milan, 2021, 40 p. 8€50

Tout commence le 25 juin 1852, puisque naît Antoni Gaudi qui se destine à des études d’architecte dont il obtiendra le diplôme en 1878. On le suit ainsi au fil des années depuis la maison Vicens bâtie en 1883/1888 à la construction du Capricho, de la conception d’un domaine équestre à celle du palais d’Eusebi sis à Barcelone, du palais épiscopal d’Astorga à la Torre Bellesguard, du parc Güellà la Casa BatllÓ, de la maison Milà à la Sagrada Familia, sans compter les travaux d’art décoratif, d’art du meuble et pour la céramique. L’ouvrage est clair, abondamment illustré, didactique mais vivant. L’enfant en sort plus instruit mais il ne connaîtra pas les convictions idéologiques très conservatrices de l’artiste.

Philippe Geneste

01/03/2026

Vagabondages nocturnes dans l’enfance des rêves

BARBEROUSSE, Odette, Élénor, Monsieur ED, 2025, 64 p. 20€

À travers l’histoire d’Élénor, une petite fille qui ne rêve jamais et pour qui la nuit est source d’insomnie, l’album magnifiquement et généreusement illustré vaut réhabilitation de la rêverie, de l’imaginaire et de la fantaisie comme source de la vie et de l’équilibre heureux de la personne.

Valorisation des rêveries enfantines et donc du merveilleux. Le personnage, Élénor, flotte entre fantasmes, cauchemars et désirs de délices. Le rêve ouvre la porte des chemins rêveurs que tout enfant secrète en lui et qui le relie à l’étrange, à l’inouï. L’enfant, ainsi sans crainte, saisit l’inconnu et ose investir le monde avec ce que les adultes dénonceraient comme relevant de l’impossible. Qu’on en juge, le pronom elle désignant Élénor : « elle vole », « elle s’amuse », « elle rage », « elle se promène », « elle est inquiète », « elle a peur », « elle combat », « elle court », « elle est heureuse », « elle s’envole », « elle rentre chez elle ».

Notre époque quadrille tellement la vie des enfants, leur vie croule tellement sous les organigrammes d’activités, que la part de leur vagabondage mental est piétinée, amoindrie sans cesse et sans cesse. Un tel album vaut pour cet éloge pratique et artistique à la rêverie. Il est dessiné au crayon de couleur avec un texte clair qui s’adresse bien aux enfants petits à qui on lit le livre et qui s’adresse, tout autant, aux jeunes lectrices et lecteurs dès huit ans.

 

MACHIDA, Naoko, La Nuit des chats, traduit du japonais par Alice Hureau, Le Cosmographe, 2026, 32 p. 16€50

Cet album conte un récit animalier qui est aussi un récit fantastique dédié à la lune.

Le propre de la lune, comme le remarquait l’onomatopéiste Louis Ramet, est d’être silencieuse. Or, cette entité cosmique du silence a beaucoup fait parler les humains, a peut-être, selon Naoko Machida, tourmenté et fasciné les animaux, les loups, bien sûr, mais, nous dit Naoko Machida les chats aussi. L’emploi préférentiel du point de vue de la contre-plongée accroît l’idée de fascination que la lune exerce sur le regard des chats.

C’est elle, la lune, en son croissant pareil à une griffe qui attire à elle les chats. Lors de son apparition, ils convergent tous vers un lieu de culte pour lui rendre hommage, chaque félin se dressant vers elle avant de refluer vers ses pénates.

Or, la lune, dans de nombreux mythes associés à la fertilité, prend sous son aile les rencontres aimantes. C’est aussi ce qui se produit dans l’album La Nuit des chats. Pour certains, la rencontre est peut-être une histoire secondaire mais pour d’autres elle est l’histoire première. Si le croissant de lune préside à son avènement c’est parce qu’il symboliserait la renaissance. La lune est aussi, dans d’autres mythologie, l’égyptienne, par exemple, associée au voyage et à l’errance, celle des chats errants à moins que ce ne soit celle qui invite les chats au vagabondage nocturne.

Quoiqu’il en soit, à chaque quartier de lune, la scène prodigieuse imaginée par Naoko Machida, se répèterait. Avec la même ferveur, avec les mêmes regards unissant les créatures terrestres au cosmos. L’album invite au silence, il explore la profondeur apaisante de ce que procure aux chats cette contemplation rituelle. Le jeu des plans évite les heurts pour œuvrer à une liaison harmonieuse des scènes entre elles.

Adroitement, l’autrice illustratrice joue du besoin de connaissance de l’enfant manipulant un symbole de l’inconscient. Là convergent la fonction génératrice de la nature autant que celle de la pensée. Celle-ci couvre l’unité de l’imagination et de la réflexion cognitive. Habilement fantastique par la transformation du croissant de lune en griffe puis de celle-ci en symbole universel de l’espèce mammifère carnivore des chats, l’album La Nuit des chats rejoue pour les petits une panoplie de significations multiséculaires sans jamais quitter le terrain fabulateur propre aux enfants et à leur amour des chats autant qu’à leur curiosité fiévreuse pour l’astre de la nuit et sa claire brillance.

Philippe Geneste

(1) Ramet, Louis Et la Chair s’est faite verbe ou la mort de Saussure, collection Essai, éditions Bénévent, 2009, 675 p. et Ramet, Louis, TIEN MEN (Tête à l’envers) ou l’inventaire du langage, Nîmes, C. Lacour éditeur, 2011, 295 p.

 

05/01/2025

La vraie vie

BURNAT-PROVINS Marguerite, Contes en vingt lignes, dessins de Gisèle VALLEREY, préface de Catherine Dubuis, éditions de Jérémie Pinguet, L’Harmattan, 2024, 106 p. 11€

Voici un ouvrage de contes significatif des recherches de la fin du dix-neuvième siècle et début vingtième siècle. Ils sont écrits par Marguerite Burnat-Provins (1872-1952), une écrivaine française de naissance et qui a vécu en Suisse où son œuvre fait l’objet d’une grande considération. Le livre est illustré par Gisèle Vallerey (1889-1940) qui lui vouait une grande admiration. Si elle a vécu à Paris, les écrits de Marguerite Burnat-Provins sont nourris des multiples pays et lieux où elle a vécu, avec une mention particulière du Valais suisse. Le recueil se compose de vingt-trois contes courts réunis sous le titre « Contes en vingt lignes », d’un conte esseulé, « L’Aéroplane », de trois « Contes flamands » et de trois contes « Contes valaisans ». Si le premier groupement de contes peut être qualifié par la brièveté annoncée par le titre, les autres groupements sont des contes qu’on pourrait dire cruels, tant leur tonalité, leur thématique parfois, les rapprochent de ceux de Villiers de l’Isle-Adam (1838-1889), mais sans excès dans l’écriture.

Ce qui frappe dans le premier regroupement « Contes en vingt lignes », c’est un art de la chute. Les premiers textes sont des apologues, récits illustrant symboliquement une vérité qu’il est demandé au lecteur de recomposer. De ce fait, ces textes font un clin d’œil à la devinette. C’est d’ailleurs un trait de l’écriture de ce volume : l’autrice ne se prive pas d’interpeller son lectorat, l’impliquant dans l’histoire contée. De même, elle joue, notamment dans les contes valaisans, avec une authentification de la situation du conte, qu’elle présente puisée dans son expérience personnelle. Enfin, la gourmandise lexicale de l’autrice pour le vocabulaire régional et spécifique participe à la captation de notre attention de lecteur et lectrice. L’insistance de réalisme qui se fait jour vient pourtant buter contre le genre du merveilleux. L’autrice se fait exploratrice de l’âme humaine, c’est-à-dire du désir, de la pensée communiquée, du sentiment et de la parole qui le représente. Traversée par de l’ironie, de la raillerie même parfois, la prose de Marguerite Burnat-Provins ne laisse pas l’esprit du lecteur en paix, elle l’assaille de traits, de tours, elle le déstabilise par les surprises des péripéties. L’hésitation propre au fantastique n’a pas cours au niveau de l’histoire mais structure l’appréhension des sentiments. Contes en vingt lignes installe le lecteur d’emblée dans un univers fictif, irréel, parallèle à la réalité mais par l’exploration de l’âme humaine suscite une inquiétante identité avec la vie onirique, psychique de chacun. Souvent, les personnages communiquent une conscience fausse de leur état, entraînant la lecture dans une interprétation tortueuse qui semble vaine avant que la chute vienne lui offrir quelque clé de délivrance sémantique. Durant ce processus le lecteur est entraîné dans les arcanes de la psyché, touche parfois à l’indicible des désirs que l’autrice expose en fiction.

Les dessins en noir et blanc de Gisèle Vallerey accompagnent la sensification du texte, induisant des orientations de lecture qui s’avèrent toujours pertinentes. Ils préparent l’irruption de l’irrationnel sans interférer avec les images que chacun élabore durant sa compréhension du récit. Contes en vingt lignes semble être écrit pour susciter le croisement des imaginations entre celle de l’autrice, de la dessinatrice et des lectrices et lecteurs. Comme Poe, comme Villiers de l’Isle-Adam, comme un certain Maupassant, Marguerite Burnat-Provins convoque l’horreur. Le phrasé, la crudité des descriptions, le goût de l’enluminure stylistique, imprègnent les récits de romantisme. Du romantisme aussi, ils reprennent le goût du mélange des genres, le goût de l’obscur et des ruines, de la tradition et de la sincérité sauvage de l’amour. Enfin, « l’émotion et la liberté d’imagination » (1) soufflent sur l’ensemble du volume. Dans un geste anti-moderniste où tristesse et affirmation d’interdits se dessinent avec intensité, les textes invitent à ne jamais se défaire de la vie qui bat à l’intérieur de soi pour s’en remettre à des battements orchestrés de l’extérieur.

La convocation des légendes religieuses ou de thèmes bibliques ajoutent à cet affranchissement du rationnel. Mais dans ces récits, nulle morale chrétienne ou civique. Les caractéristiques relevées sont principalement mises au service de l’exploration de la mort et de ses corollaires l’oubli, le dépassé, d’une part, et, d’autre part, de l’expression du désir et de l’amour, triomphant ou refoulé, reconnu ou brisé :

« - J’ai soif. Je suis venu te prier de rafraîchir ma poitrine, répondit la femme. Toi qui es pure et froide éternellement, éteins ce feu qui me brûle, cet amour qui flambe dans mon cœur et ne me laisse ni trêve ni repos.

- J’ignore ce dont tu me parles, répondit tranquillement Dame Neige, en la considérant de ses yeux chastes, mais puisque tu souffres, je te donnerai l’oubli en te rendant le sommeil car je suis celle qui endort. » (Extrait de Dame Neige)

« Pendant des jours, la vie lui parut une fête, une grande fête d’oubli et de recommencement. (…)

Mais elle s’étonnait de sentir que son désespoir n’était remplacé par aucune espérance, qu’en elle plus rien ne semblait attendre ni désirer » (Extrait de Le Cœur).

L’entrecroisement des deux thématiques créent une fusion avec le temps. Ce dialogue entre Eros et Thanatos appelle le romantisme noir. La littérature sert d’instrument à la résurrection de l’enfoui et, peut-être, pour la poétesse conteuse la création artistique (elle était aussi peintre) est-elle le chemin pour accéder à la vraie vie, à ce pont de fusion de la vie et de la mort.

Contes en vingt lignes, initiative des Associations des amis de Marguerite Burnat-Provins, documenté avec érudition par Catherine Dubuis et Jérémie Pinguet, met à la disposition du lecteur français une autrice attachante et en quête de liberté. Ce livre devrait faire date pour une revalorisation de toute son œuvre dont espère de prochains volumes.

Philippe Geneste

Note

(1) Löwy, Michael, Sayre, Robert, Révolte et mélancolie. Le romantisme à contre-courant de la modernité, Paris, Payot, 1992, 306 p.– p.65.


02/04/2023

Pour les petits et tout petits

LOUIS Catherine, Oh ! Colette, HongFei, 2022, 24 p. 9€90

Bien que l’éditeur destine l’ouvrage aux tout petits jusqu’à deux ans, il serait mieux d’en faire profiter les petits de 3 à 5 ans. En effet, le très efficace travail de linogravure de Catherine Louis, que nous avons déjà loué dans ces colonnes, propose des dessins (petits pois, carottes, banane, salade, citron, radis, pomme, cerises) en noir et blanc au service d’un propos sur les couleurs que dénonce l’écriture des mots de couleur (vert, orange, jaune, rouge). Mettre en correspondance le mot écrit et le dessin stylisé est mieux adapté aux enfants entrés dans la pensée intuitive qu’à des enfants de 0 à 2 ans.

Cet album de petit format (15 x 16 cm) fait suite l’excellent Hue ! avec le même bonheur de l’immédiateté de la lecture du dessin, la juste centration sur une question (ici les couleurs), le tout agrémenté d’un zeste d’humour lorsqu’apparaît la fillette qui donne son nom à l’album.

On lira avec l’enfant ce livre qu’il pourra tenir dans ses mains sans risque -les couvertures sont arrondies en leur bordure. C’est qu’un autre intérêt de l’ouvrage est de présenter, sur une double page, le légume ou le fruit selon deux points de vue, chacun remplissant une page : entier et coupé, planté et déterré, en botte ou seul. On comprend combien parler avec le petit l’aidera à se nourrir de la richesse du livre tout carton : plaisir cognitif, plaisir visuel et une belle réalisation éditoriale.

 

Cache-cache sonore dans la ville, illustrateur Édouard MANCEAU, Tourbillon, 2022, 8 p. avec animation sonore intégrée 13€95 ; Cache-cache sonore dans la maison, illustrateur Édouard MANCEAU, Tourbillon, 2022, 8 p. avec animation sonore intégrée 13€95

Ces deux créations des éditions Tourbillon proposent au tout jeune lecteur ou à la toute jeune lectrice des situations surréalistes (des vaches installées sur un canapé et derrière ; un canard sous une table, un éléphant dans un bus etc.) et anthropomorphiques. Sur les pages fortement cartonnées, des languettes, des caches doivent être actionnées par l’enfant : un cri de l’animal ainsi découvert se fait alors entendre. Les deux volumes sont donc des imagiers onomatopéiques. C’est joyeux et on ne peut que recommander aux parents ou à un adulte d’accompagner l’enfant afin de donner sa pleine dimension éducative et instructive à ces petits livres très solides aux bouts arrondis et sans dommage à craindre en cas de choc. Une nouvelle collection est donc née qui allie l’audition et le toucher par la manipulation.

 

DENEUX Xavier, Mes Rêves, Tourbillon, 2022, 18 p. 15€50

Pour ses vingt années d’existence, les éditions Tourbillon remettent à disposition du jeune public de 2 à 6 ans une belle réussite de Xavier Deneux : Mes Rêves. En parfait accord avec la psychologie des enfants n’ayant pas encore sept ans, l’ouvrage propose des situations imaginaires. À la manière du « si » dont raffolent les enfants dans leurs jeux, un univers mental, ici graphique, crée un réel, pour l’enfant aussi réel que la réalité physique. Se coulant dans la pensée enfantine, Xavier Deneux met le jeune lectorat en passe d’expérimenter des situations inédites, fantaisistes, périlleuses, saugrenues. L’enfant lectrice ou lecteur entre dans la danse, tourne les grosses pages fortement cartonnées, car cela pourrait être son propre univers où il a l’habitude de voir comment cela se passerait si… que telle chose se produit parce que telle autre est arrivée. Tout est lié à tout, tout se justifie aux yeux des enfants et l’album passionne. Surtout que la réalisation éditoriale et créative avec du foil argenté, de l’encre phosphorescente faisant que le livre brille dans le noir, décuplent l’univers magique imaginé. Mes Rêves est un album où le livre trouve son plein accord enfantin.

 

Baumann Anne-Sophie, Boîtes à surprises, illustrations Anne-Kathrin Behl, Tourbillon, 2022, 16 pages 18€50

Ce livre d’animation comprend dans la double page finale un pop-up, et les autres pages fourmillent de languettes à lever, à tirer, de papiers en accordéon à déplier. Les petites souris, elles sont douze, s’ennuient tellement qu’elles fouillent et farfouillent dans les boîtes à faire peur, les boîtes à secret, les boîtes qui bougent… et l’enfant les accompagne, les aidant à satisfaire leur curiosité irréfragable. Un livre pop-up qui a fait un tabac dans la commission de lisez jeunesse des petits.

 

LANGLOIS Florence, Au dodo, les doudous !, Tourbillon, 2022, 20 p. 12€90

Il y a d’abord l’histoire, toute simple, toute drôle, toute fantaisiste : des doudous jouent leur partition pour l’endormissement de Léon le lionceau. Les images de Florence Langlois, aux couleurs vives, avec aplats et silhouettes délimitées, interprètent les animaux avec anthropomorphisme. Onze situations sont ainsi proposées, onze scènes, où l’intérêt ne vaut pas tant dans ce qui se passe que dans la sollicitation faite au tout petit enfant de participer, d’interagir avec les actions, de redoubler les gestes des doudous. Le livre se fait catalogue dynamique de gestes, un imagier en actions si l’on veut. Et il y a plus encore ; Par ce doublement gestuel des scènes -car il n’y a pas vraiment d’histoire en dehors d’une suite chronologique menant au sommeil… des doudous- l’enfant est invité à réfléchir, mais en acte nous l’avons vu, à l’utilisation des doudous et à leur réalité affective et relationnelle. Tout ceci, bien sûr, juste par le travail de lecture, car, encore une fois, tout est simple dans cet album cartonné au format italien. Vue, kinésie, motricité gestuelle, plaisir et humour, un livre complet pour les tout-petits.

Philippe Geneste et la commission lisezjeunesse


16/05/2021

Le livre, l’enfant et la surréalité

HURST Elise, Le Monde secret d’Adélaïde, traduction de Christiane DUCHESNE, éditions d2eux, 2021, 32 p. 13€

Le livre ouvert, le lecteur est plongé dans une illustration aux peintures ouatées, aux dessins précis et pourtant à effets vaporeux. Les couleurs rendues innombrables par la variation des tons suggèrent plus qu’elles n’installent dans un décor. L’univers est celui de la ville, mieux d’un quartier où vit Adélaïde, une lapine triste, solitaire, rêveuse. C’est que la ville est habitée par des animaux humanisés et quelques humains rares parmi les passants. La composition est simple comme il sied à un récit pour enfant : on entre d’abord dans le monde d’Adélaïde, on la suit dans la rue un jour de tempête, et on assiste à sa transformation psychologique avec la découverte d’un amour pour le renard, lui aussi solitaire, lui aussi cultivant son jardin secret.

Le texte de l’australienne Élise Hurst est de haute tenue lexicale pour un jeune lectorat, mais il s’appuie sur des illustrations qui explicitent ou commentent, voire interprètent. La narration est à la troisième personne par le texte et redoublée par un point de vue extérieur pour l’image. La cohérence entre l’instance narrative ainsi instituée, la composition, enfin l’interaction du textuel et du visuel est totale. Nous n’épousons pas le point de vue intérieur d’Adélaïde, nous la suivons et entrons en empathie avec elle dans la cohérence du monde qui se dessine au fil des pages. L’image sollicite l’imaginaire jusqu’au surréalisme des situations anthropomorphiques. Le ciel est autant une mer que le royaume des oiseaux, un port qu’un aquarium géant où se meuvent des poissons rouges. L’album invite le jeune lectorat à associer des images et des mots sans lien entre eux mais qui s’ouvrent sur de nouveaux espaces interprétatifs. C’est une exploration intérieure avec pour effet un élargissement de nos représentations.

Le Monde secret d’Adélaïde raconte comment Adélaïde va entendre ses désirs à la lumière de ce qui la pousse à la rencontre du renard. L’amour est rencontre, celle à laquelle nous préparent et l’association des mots et surtout les associations des motifs iconiques. Au début, la vie d’Adélaïde semble paisible, mais l’enveloppement imagé dirige la lecture vers une forme de mélancolie sans détresse, une contemplation de l’âme même d’une ville. Cet espace urbain quelque peu intemporel interroge la modernité contemporaine et se fond dans le paysage d’une intimité en recherche de la réalisation de soi. La contemplation du lever du soleil, l’écoute contemplative des étoiles sont, pour Adélaïde, autant de conversions à l’univers mais aussi de conversion de l’univers en elle. Le merveilleux s’ouvre, certes, mais un merveilleux triste. Seule la rencontre amoureuse va transformer le merveilleux en union de la réalité et de la surréalité. Et cette union sera due à la rencontre de l’Autre tapi au plus profond de chaque acte de création d’Adélaïde seule dans son atelier, tapie au plus profond de chacun de ses actes de contemplation et d’observation rêveuse. La rencontre de l’Autre estompe la mélancolie car, ainsi, naît le lien social. Dans le plus intime de la relation se love l’ouverture la plus accomplie au monde.

Avec Le Monde secret d’Adélaïde le surréalisme s’installe dans le secteur jeunesse en versant son identité artistique au genre de l’album. Certes, c’est une constante dans ce genre, mais Élise Hurst transfigure une tonalité en définition littéraire de l’album, avec une cohérence constitutive. Un chef d’œuvre qui anime de vie nouvelle l’école littéraire du surréalisme.

 

LIAO Jimmy, Le Poisson qui me souriait, traduit du chinois par Chun Liang Yeh, HongFei, 2021, 104 p. 15€90

Une amitié improbable entre un homme solitaire et un poisson. Une intrigue tendue le long d’un fil d’humour surréaliste, qui déclenche un récit de voyage : un bocal à poisson qui flotte dans l’air, qui parcourt la ville, fugue à la campagne, traverse les forêts, rejoint la mer.

La vie de l’homme est bouleversée par la rencontre de ce poisson qui va fuguer et qu’il va suivre. Son empathie va si loin qu’il fait des cauchemars de poisson, ce qui provoque en lui une réflexion sur la liberté. Aime-t-il ce poisson s’il le garde prisonnier dans son bocal ? La liberté ne réclame-t-elle pas l’infini ? Et le poisson n’est-il pas l’allégorie de cet infini où craquent les frontières en tous sens et où s’éprouve la vie libre ?

L’art de Jimmy Liao est un art de la simplicité. Le texte est écrit à la première personne. Si l’identification du lecteur au personnage est évitée, c’est par la fonction dévolue à l’illustration. Celle-ci accompagne toujours le texte, ce qui permet à l’enfant lecteur de suivre l’histoire facilement. D’autre part, le dessin est proche de celui d’un Sempé, accentuant l’impression de lire la chronique d’une vie étrange. Les couleurs, avec leurs nombreux effets d’aquarelle, ne sont pas là pour aspirer le regard enfantin dans l’image mais pour souligner la construction imaginaire et l’irréalité de ce qui est conté. L’humour engendré par le dessin sert cette mise à distance, l’accomplit, dédramatisant les situations paroxystiques d’angoisse et tenant toujours le jeune lecteur en éveil puisque spectateur et jamais amené à s’identifier aux personnages.

Cet art de la simplicité écarte toute parodie. La parodie aurait, en effet, contrevenu au sourire du poisson et donc à l’univers improbable mais tendre de cette amitié. De même, le texte évite soigneusement toute formulation explicite d’une pensée profonde afin de ne pas détourner l’enfant lecteur de son interprétation des images à partir du texte qui les double. L’auteur a grand soin de ne pas déposséder l’enfant de sa puissance interprétative. Le merveilleux, est celui du monde que lui-même se représente. Les mots du texte sont des mots courants sans figure : l’extrême simplicité constitue le trait stylistique du Poisson qui me souriait. Tous ces éléments textuels et iconographiques concourent à un prosaïsme que l’intrigue porte au poétique. Le thème de la libération sort de cette matrice d’extrême simplicité. Seule la fiction la fait advenir et vivre. Un grand art.

Philippe Geneste

 

 

07/02/2021

Dans la fibre nerveuse des songes et des mots

 SaRtori Elisa, je connais peu de mots, CotCotCot éditions, 2021, 16 p. 15€50

Cet ouvrage, rangé dans son coffret bleu doux aux traits épurés, s’adresse aux enfants petits, petits, mais aux plus grands aussi, voire très grands, jamais trop et s’il leur plaît d’écouter en eux murmurer la langue. On tire l’album hors de son fourreau. Il est de petit format (A6), et se déplie en huit volets qui forment les seize pages d’un livre-objet édité avec soin et délicatesse.

L’histoire ? Raconter comment la société nourrit la culpabilité de l’enfant d’âge scolaire qui apprend la langue : « mes phrases ne sont pas justes », « je fais trop d’erreurs » … Mais par sa lecture, l’album engage l’enfant dans un cheminement buissonnier, où le mot des pas résonnent en un dire qui se forme. Ce qu’il a à dire ? Nul ne le sait mais l’album souligne combien cultiver la volonté du dire est au commencement de l’être de langage. Ce qu’il a à dire, c’est de trouver des mots qu’un autre ou une autre que lui comprendra.

L’album, pourtant tourné vers la production, invite à l’écoute, tant il est un album de silence. En effet, peu de texte sur chaque page, et tout en minuscules afin d’inviter à l’interprétation du minimalisme du dessin et de la couleur -du blanc de page, espace de texte, du bleu d’encre, dessin du ciel et nuées-. Silhouettes d’une femme par contour de photographies, noyée dans le jeu des traits, doucement sortant d’un paysage au pointillisme rêveur, découvrant les mots, les cultures, les langues, allégorie de l’apprentissage comme parcours, comme dépliement de l’à-dire dans la volupté du physisme d’expression, son et trace, « E bleu », points de suspension… Car la lecture de l’album lu et relu puis lu, est infinie ; chaque fin de seizième page, au huitième volet déployé, engage le retour non à la ligne mais de la première ligne de la première page du premier volet.

Le leporello, ou livre accordéon, réalisé à l’encre de chine (plume et pinceau) avec « ecoline couleur bleue intégrée numériquement », peut aussi s’interpréter comme une propédeutique à l’apprentissage d’une langue étrangère. Mais il s’agit toujours d’une entrée dans un univers de représentations qu’est toute langue, maternelle ou nouvelle.

 

Sellier Marie, Les Mots sont des oiseaux, illustrations Catherine Louis, HongFei, 2020, 44 p. 14€50

Une situation banale : deux frères sont en promenade dans la nature. Le grand frère va retrouver son amie. Le petit se trouve à l’écart. Il va donc partir dans ses rêves. Grâce à l’excellence du travail de gravure et de collages de Catherine Louis, le jeune lectorat est invité à partager l’attitude contemplative de petit frère. Le gris des images est traversé de noir et de blanc, par moment rehaussé d’un rouge éclatant, qui capte l’œil comme autant de désirs de vie et de tendresse révélés au creux des mots de Marie Sellier. Petit frère rêve de Nils Holgerson, il trace son histoire en pictogrammes subjectifs sur le sable de la plage. Le geste de gravure à même le sol fait venir à lui un univers de fiction qui est aussi celui de l’enfance, ici représentée comme un sommeil créatif. Les mots sont des oiseaux, peut-être parce qu’ils permettent l’envol dans le conte.

Ce très bel album milite en faveur de la contemplation comme passage privilégié vers l’appropriation du monde. La littérature renoue alors avec ce pouvoir qu’a le petit enfant de vivre sans entrave de raison ni de convenances l’expérience qui s’offre à lui et qu’il façonne. Les gris de Catherine Louis ne représentent-ils pas la démarche par laquelle l’enfant se forge une connaissance du réel. Les Mots sont des oiseaux décrit, au fond, une traversée de l’imaginaire. Le livre explore la fabulation enfantine du réel. Parce qu’il regarde les choses avec tendresse, parce qu’il les transfigure en y projetant ses désirs et ses étonnements, petit frère fait advenir l’événement dans le banal.

Or, le lectorat est happé par le personnage de petit frère au point de vue duquel la narration se mène. L’album devient alors une propédeutique à l’attente, au refus de l’activité programmée qui confine les enfants d’aujourd’hui au conformisme du déjà là, du préfabriqué. Petit frère n’enseigne-t-il pas, une culture des songes libératrice de soi :

« - Cette histoire que tu as écrite sur le sable, tu veux bien nous la raconter ?

- Ah non, c’est mon secret »

Le récit n’est pas un divertissement, il est une réalisation de soi, une invitation faite aux jeunes lecteurs et lectrices à dialoguer avec eux-mêmes dans le secret de leur for intérieur. Entre la puissance des images et les ellipses du texte, un silence s’installe imprégnant la lecture, en appelant à la durée de l’observation des dessins, des scènes figurées. Ici est, nous semble-t-il, la singularité de cet album qui agit sur la sensibilité par le dialogue intense du texte et de l’image.

 

Bianco Guillaume, Méli Mélo s’emmêle les mots, illustrations de Marie Pommepuy, Milan, 2020, 40 p. 12€90

L’album s’approche du fanzine pour interroger la peur des mots. Félicien confond les mots, mélange par paronymie, homophonie les mots et ses paroles s’enferrent et s’enferment dans la confusion et le délire humoristique où l’enfant perd toute confiance en lui et en son pouvoir sur le monde. Félicien perd pied, même sa maîtresse l’appelle Méli Mélo. Les dérèglements de sa parole instaurent une relation horrifique avec les autres ; au lieu de s’effacer au profit du rapport à l’autre, le langage prend consistance, substituant à la signification visée un univers signifiant grotesque. Cet univers ravit l’environnement humain qui en rit, mais il isole Félicien qui bâtit ainsi l’enceinte de sa prison

C’est grâce au recours à l’écriture qu’il va se reconstituer. La présence des autres oppresse Félicien qui n’arrive alors pas à maîtriser son dire. Chaque expression le mène au dédit silencieux ou bien à la colère privative de relation verbale avec autrui. C’est la doublure silencieuse de la parole, c’est-à-dire l’écriture, qui va mener Félicien à la maîtrise des mots et donc de lui-même.

L’écriture comme voie de la confiance en sa parole, voilà ce qu’explore cet album léger dans sa forme, humoristique par son texte, intelligent dans les questionnements qu’il peut susciter.

 

Philippe Geneste

29/03/2015

Quand les rêves viennent à la mémoire, ils se font histoires

Sellier Marie, La Lune nue, illustrations d’Hélène Rajcak, Talents hauts, 2014, 42 p. 14€90
L’album emprunte au langage mythologique une personnification de l’astre de la nuit. Il en fait une fille de la voie lactée, hors toute figure paternelle. Mais la mythologie en question est une variante critique de l’imagination littéraire. La lune est certes un astre relevant du principe féminin mais contre le convenu mythologique et allégorique, elle est ici un principe actif. Là s’arrête le champ mythologique et l’album entre dans une fiction fantaisiste où il est question de croissance, de grandissement, de volonté d’être parée contre la nudité signe d’enfance.
Le récit va alors montrer les diverses tentatives infructueuses interrogeant, par la même occasion, le rapport au corps de la morale sociale. Mais la lune varie, en fonction du système cosmique dont elle dépend, et ne peut jamais trouver robe à sa juste mesure. Chaque habit s’avère éphémère, la nudité réclamant sans cesse ses droits à cette enfant devenue grande.
Le dessin au trait, noir et blanc, parfois en couleur, les portraits dessinés de manière faussement naïve, qui configurent l’univers anthropomorphe de l’album, présentent l’astre engoncé dans des habits ou perdu en eux, qui finira pas délaisser son rêve de convenance pour vivre nue, illuminant les nuits, fournissant l’éclat des étoiles, définissant la nuit comme vie des ombres. Le récit lunaire d’Hélène Rajcak et de Marie Sellier est un ré-enracinement du genre du conte fondé sur le cycle des saisons, ici représenté par les métamorphoses de la lune, c’est-à-dire de la vie.

Jay Françoise, Wakanda et les rêves volés, illustrations Mansot Frédérick, Gallimard Giboulées, 2014, 32 p. 16€
Hommage à l’imaginaire des peuples indiens d’Amérique du nord, cet album est à la fois une très belle histoire à l’écriture ciselée et un chef d’œuvre pictural aux illustrations envoûtantes. Françoise Jay a pris appui sur les mythes qui gravitent autour de l’astre lunaire pour bâtir une œuvre personnelle multiculturelle. Que serait un peuple sans légende ? Ce serait un peuple sans rêve et ce serait un peuple en voie d’extinction. Or, la lune est la pourvoyeuse en légendes et en rêves, deux manifestations d’une même réalité, celle de la part humaine qui signe l’humanité au sortir de l’animalité. Une histoire de sorcellerie qui a mal retournée, prétexte à un récit de l’aigreur et de la moralité sociale du rejet, va s’avérer la clé du devenir de la petite indienne Wakanda qui pleure de n’avoir point de rêve. Elle ira à la rencontre de la lune, auprès d’une mare pour vaincre le sort qui s’est abattu sur les enfants de son village et menace donc l’existence future de sa tribu.
Les illustrations magnifient le texte en plongeant le lectorat dans l’effervescence des couleurs chaudes, radieuses, inquiétantes, aussi, réalisées avec des motifs indiens et une profusion de traits et de motifs vus à travers des glacis innombrables. Les fonds de tableau arborent eux-mêmes moult motifs d’arrière plan, si bien que la surcharge des détails façonne l’étouffement ressenti par l’enfant qui, sans rêve ne peut s’échapper ni re-poser sa vie pour la mieux voir.  Le dessin est stylisé, respectant le merveilleux du ton du conte. La comparaison entre Yapamala le sorcier voleur de rêve et Nokomis, la sorcière préparatrice des plantes et mémoire des histoires, est à suggérer à l’enfant à qui on lit l’histoire ou qui la lit seul. En effet, bien des ressemblances entre l’aspect des deux personnages, mais aussi, des dissemblances qui ont à voir entre le principe féminin et le principe masculin.
Wakanda trouve la force d’affronter Yapalama quand « mon rêve est venu dans ma mémoire », scellant ainsi l’imagination de la personne et la spiritualité de son peuple, le songe individuel et la légende collective. Vaincu, Yapalama, la figure du voleur de rêve c’est-à-dire de futur, se transformera en pierre symbole de l’éternité qui n’a, par définition ni passé ni avenir, qui est insensible au mouvement et au temps. Wakanda serait-il alors un conte de la vie humaine, éphémère qui trace sa persistance dans les récits dont les rêves sont une des sources.

Philippe Geneste