Alexandre
Jean-François (réalisation par), L’Imagier des bruits. Ecoute, observe et
devine, illustrations Olivier Latyk,
naïve jeunesse, 2010, 88 p. + CD de 40’
Il
a pour but de stimuler l’enfant à écouter les bruits et sons qui l’entourent et
à les identifier. Ce discernement sonore procède méthodiquement mais sous une
apparence de simplicité et d’évidence. L’enfant peut suivre sur le livre
l’onomatopée –bruit d’objets ou cris d’animaux, rares interjections humaines –
parfois transcrite et toujours faisant l’objet d’une illustration qui souvent
évoque une situation. Le CD qui reproduit quarante bruits et onomatopée, inclut
des comptines relatives aux sons. Tout commence par le bruit que l’enfant doit
chercher à identifier. La comptine, le commentaire viennent donner à entendre
le sens de la manifestation sonore. Cette exploration de l’environnement par
l’audition aiguise l’attention de l’enfant et suscite sa curiosité, tout en
élargissant sa connaissance des sons reconnus.
Ainsi,
l’enfant qui joue reproduit le son, il redit pour mieux dire en quelque sorte.
S’il imite, il ne quitte pas le contexte ludique que les interactions entre le
livre et le CD provoquent ou bien que le CD suscite avec l’auditeur ou
l’auditrice. Le sous-titre de l’ouvrage décrit parfaitement la démarche des
auteurs. Il n’est pas douteux, évidemment que la présence de l’adulte qui
accompagne les interactions entre l’enfant et les bruits va enrichir encore la
dimension heuristique de l’écoute.
Cet
ouvrage est une perle, un petit chef d’œuvre d’intelligence qui ne doit pas
passer inaperçu et que l’ancienneté relative de la parution impose de rappeler
à l’actualité du livre de jeunesse.
Jadoul,
Emile, Zip la Boum !
T.1 Aïe !, Gallimard jeunesse, 2011, 16 p. 4€50 ; Jadoul, Emile, Zip la Boum ! T.2 Plouf !,
Gallimard jeunesse, 2011, 16 p. 4€50 ; Jadoul, Emile, Zip la Boum ! T.3 Smack !, Gallimard
jeunesse, 2011, 16 p. 4€50 ; Jadoul,
Emile, Zip la Boum !
T.4 Zou !, Gallimard jeunesse, 2011, 16 p. 4€50 dès
2 ans
Ces petits livres cartonnés ne comportent pour langage que
des onomatopées et des interjections. Il ne s’agit pas d’histoire mais d’une
succession de scénettes qui, mises bout à bout, forment un récit humoristique.
Cela signifie que l’enfant peut prendre le livre n’importe où. Les dessins, en
aplats de couleurs, sont simples et schématiques. On trouve sept onomatopées ou
interjections par livret. C’est une manière ludique de se familiariser avec
l’image des lettres écrites en majuscules. Le petit format (12cm x 12cm)
favorise la prise en main du livre par l’enfant.
David, François, Flic,
flac, scratch, um… et autres bruits de mots, illustrations David Merveille,
Milan, collection “Quelle Poésie !”,
Milan poche, 2004, 24 p, 4€
Voici un livre très
(trop ?) riche pour des enfants dès 6 ans. C'est un livre très riche en ce
qu'il s'appuie sur les onomatopées, commençant par des jeux de sons avec ces
mots du réel. Mais le livre amène l'enfant à jouer avec ces sons pour en faire
des poèmes qui défilent sur des illustrations gaies et joyeuses. Qui plus est,
certaines pages s'amusent à comparer l'appréhension différente des bruits selon
les langues d'origine. L'humour, ne fait pas que sourdre des sonorités, il est
constitutif des chutes des historiettes poétiques, autant qu'il s'impose par
l'illustration gentiment délirante de Merveille. Vraiment, ce petit ouvrage est
un régal, un gai savoir pour l'enfance qui subjugue tout autant l'adulte
sensible. Il y a là une problématique à l'amour de la langue, sans emphase, par
la jouissance des sons. C'est petit chef d'œuvre, un délice de livre onomatoplaît.
Rozen, Anna, Le
Marchand de bruits, illustrations
de Avril, François, Nathan, 2002, 32 p., 13€
Cet album qui peut être lu à
des enfants de 4 ans ou par des premiers lecteurs. Le texte est
particulièrement bien construit et écrit. Le thème central en est la création
onomatopéique. Le héros bricoleur de bruits va, sous l'effet de l'engouement
des gens pour ses inventions, devenir marchand de bruits. L'autrice crée, mais
l'illustrateur n'est pas en reste qui, dans un style qui fait penser à Lionel
Koechlin, invente des machines bruiteuses insensées, pour le plus grand bonheur
humoristiques des lecteurs. Les deux réunis (texte et image) expliquent que ce
livre -à la typographie mimétique des tonalités et hauteurs de voix- pourrait
être lu par un lectorat bien plus âgé voire étudié en classes de primaire comme
de collège.
A ce thème central de
l'onomatopée, s'ajoute, par l'histoire, une critique relative de la société de
consommation. En effet, peu à peu l'entreprise va prendre de l'importance et le
fils, qui succédera à Monsieur Boum, aura aucun des scrupules du fondateur de
la firme Boum. On parlera de concepts et non de bruits, mais les instruments
deviendront moins inventifs et les bruits moins suggestifs. L'invention est
devenue marque, étiquette sans contenu, pur produit marchand sur le nouveau
marché des bruits. Blabladablop ! Proukta ! Le Marchand de
bruits est, sans crier gare, un livre de génie.
Geneste
Philippe