Anachroniques

02/08/2026

Conte et langage

Conte

BOUTSINDI Patrick Serge, Le Mbongui de Ya foufou. Conte africain, illustrations de Sue LEVY, L’Harmattan, 2026, 69 p. 12€    

Le livre de Patrick Serge Boutsindi relaie la tradition africaine des contes, mise à mal dans sa transmission orale par les bouleversements des modes de vie et l’évolution destructrice que ne cessent de perpétuer les politiques néocoloniales. Le récit repose sur une suite de dialogues au cours desquels sont apportées de multiples précisions sur le mbongui, une institution du Congo Brazzaville sur lequel l’auteur a déjà consacré un livre (1). Il s’agit d’un lieu, un espace de concertation des hommes à l’exclusion des femmes, un lieu sacré, un lieu d’initiation pour les enfants, un lieu de réunion, un espace de tribunal coutumier. Le mbongui est le cœur du village. Dans le livre, il est au cœur de l’intrigue.

Un personnage, Ya foufou loue une case à un couple de géographes français. Comme ceux-ci demandent de manger le soir au mbongui, Ya foufou aimerait accéder à leur demande, d’une part parce qu’il ne voit pas pourquoi ce serait interdit et d’autre part parce que le gain de la location va lui permettre de rembourser une dette. Or, Ya foufou se heurte à l’interdit édicté par la tradition qui exclut toute présence féminine du mbongui. L’intrigue se teinte d’éléments propres à l’évolution des mœurs dont Ya foufou est un représentant mais qui se signale aussi par la disparition de plus en plus fréquente du mbongui des villages. Le conte traite donc de la tradition, de l’évolution des modes de vie et du rapport entre intérêt personnel et intérêt collectif.

Dans la tradition africaine, les animaux incarnent les morales villageoises (2). Tous les personnages de Le Mbongui de Ya foufou sont des animaux : le foufou (un rat prédateur propre au Congo Brazzaville), un renard, une gazelle, un éléphant, un lion, une tortue, un lièvre, un perroquet, un singe, un léopard. C’est aussi dans la tradition du conte africain d’exalter « l’obéissance à la communauté plutôt que l’initiative individuelle » (3) car il s’agit pour l’enfant, ici pour Ya foufou, de ne pas se trouver au ban de la société, de conserver la considération de la communauté.

L’intrigue, simple, procède d’une série de dialogues que Ya foufou entretient avec chaque personnage, afin de trouver une solution à l’imbroglio de sa situation. Le conte animalier recueille puis confronte les paroles. Les illustrations campent tous les personnages sans ou sans guère doubler les représentations des situations successives. C’est un cheminement intérieur qui va ainsi mener le jeune lectorat à imaginer les scènes.

Il est intéressant de remarquer que Le Mbongui de Ya foufou adresse deux problématiques au lectorat. D’une part, il pose la question de la pérennité des traditions. D’autre part, il fait comprendre une différence pour provoquer chez lui une interrogation sur le comportement que la personne lectrice adopterait si elle se trouvait à la place de Ya foufou. Et le conte qui croise ces deux problématiques laisse ouvert le jugement à porter sur le dénouement de l’histoire.

Philippe Geneste

(1) Le Mbongui, Paris, L’Harmattan, 2005. — (2) Fes, Géraldine, dans Chaplet, Kesti, 3 Contes africains, Père Castor, 2002, 91 p. – p.9. — (3) Ibid.

 

Langage

PICARD Valérie, Zip Zap, illustrations de Laurence G.T., monsieur ed, 2026, 48 p. 19€

Zip Zap est une histoire de mots, un album d’éloge du langage, un dialogue entre l’illustratrice et l’écrivaine prenant les habits de deux narratrices personnages qui animent tout l’ouvrage. Ce sont leurs aventures au pays des mots, à travers leurs connivences fantaisistes. L’album est un commentaire des fonctions du langage : il est utile, il est un outil de communication mais aussi d’imagination, il est la clé des affabulations, il est le code privilégié pour évoquer les pensées, les idées, les émotions, il est un moyen de se défendre, d’injurier, de câliner, d’inventer…

Laurence G.T. transformée en Myriam Vincent dans l’album, accommode les illustrations à ces différentes fonctions. Non sans parfois, fouillambrouiller les jeunes lecteurs et lectrices.

L’édition, avec sa reliure de toile, sa couverture débordant largement le format des pages de l’album, magnifie l’œuvre créatrice des deux autrices.

Mas Annie & Philippe Geneste