Anachroniques

05/11/2023

Documentaliste: les risques du métier

LEON Christophe, Tag, éditions Le Muscadier, collection Rester vivant, 2023, 207 p. 14€50

Résumé :

Ce roman est polyphonique, c’est-à-dire raconté selon le point de vue des deux personnages principaux. D’une part c’est Malo, élève de cinquième, qui raconte l’histoire, d’autre part c’est Madame Sollers, la professeure documentaliste du collège, qui continue le récit. Les points de vue sont alternés.

Tout commence lorsque Malo essaie d’expliquer à ses parents le contenu de son cours d’EMI (Éducation aux Médias et à l’Information). L’enseignante a montré comment les médias et les réseaux sociaux traitaient la question du féminisme. Mais les parents de Malo donnent chacun leur point de vue sur la question et finissent par se disputer. Malo s’en veut de la tournure prise par la discussion et décide d’en parler à son enseignante, le lendemain. Madame Sollers décide alors de faire un second cours sur ce sujet, pensant que d’autres élèves n’ont peut-être pas compris.

Peu de temps après, plusieurs mères d’élèves dénoncent ce cours à la direction. L’élève à l’origine de ces plaintes serait la jeune Louna Fleury, camarade de classe de Malo. Un jour, le Principal du collège et la CPE passent dans la classe de Malo avec une bombe de peinture trouvée cachée dans le collège. Ils expliquent aux élèves que quelqu’un a réalisé un tag sur la porte du CDI ! Il s’agit d’une menace : « À mort Sollers ».

Le Principal du collège accompagne la professeure documentaliste pour porter plainte, lui pour dégradation de matériel et elle pour menace de mort. Si certains de ses collègues la soutiennent moralement, d’autres estiment qu’il y a certains sujets dont il ne faut pas parler en classe. Désemparée, la professeure documentaliste ne sait pas trop comment réagir tandis que Malo, de son côté, décide d’enquêter pour savoir qui a écrit le tag…

Mon avis :

J’ai beaucoup aimé ce roman, qui se lit assez facilement. L’auteur fait preuve de beaucoup d’humour pour traiter d’un sujet assez grave : comment salir la réputation d’un enseignant, comment certains sujets sont délicats et peuvent mettre les enseignants en difficultés, voire en danger… Actuellement, on en trouve des exemples poignants, notamment en ce qui concerne la laïcité depuis l’assassinat de Samuel Paty en 2020.

Madame Sollers se retrouve un peu seule face à ces évènements. J’ai trouvé qu’elle avait peu de soutien de la part de ses collègues : « La salle des profs était partagée ». Certains collègues pensent qu’elle a raison et « qu’il fallait assumer jusqu’au bout. D’autres collègues alléguaient qu’un enseignant n’était pas un flic, qu’il n’avait pas à faire de répression, et que j’étais responsable de ce qui m’arrivait… Bref, personne ne restait indifférent et les opinions divergeaient radicalement d’un extrême à l’autre » (pp.132-133).. L’enseignante culpabilise alors qu’elle est la victime, s’inquiétant de l’effet de la venue des policiers.

Elle se sent seule, même l’intervention d’un syndicat l’isole car personne ne la contacte : « “Ta porte taguée… On est en période d’élection syndicale et tout est bon pour faire le buzz. Elle dégaine son portable et me montre la page Facebook en question. Sous la photo de la porte, une légende s’en prend aux conditions de travail des professeurs et aux négligences de l’administration quand il s’agit de soutenir un enseignant insulté ou menacé. Un rapport lointain entre image et texte, donc, mais vendeur syndicalement » (p.108).

J’ai beaucoup aimé certains passages humoristiques. Par exemple, la dispute entre les parents de Malo au début de l’histoire est amenée de façon plutôt drôle. Ils forment une famille touchante qui parle de tout.

J’ai aussi aimé la parenthèse avec le serveur, un peu dragueur à la fin, alors que Madame Sollers vit un moment compliqué, entourée par le Principal, qui lui met la pression, et le lieutenant de police, qui, au contraire, ne prend pas l’affaire très au sérieux. Cela amène un peu de légèreté à l’histoire.

Enfin, étant moi-même professeure documentaliste, je trouve que l’auteur a très bien cerné notre métier, notre place dans un établissement scolaire. J’ai apprécié le fait qu’il se soit aussi bien renseigné sur les CDI, les cours d’EMI…

Ma citation préférée (pages 175-176) :

« Ai-je choisi ce métier pour me retrouver dans de telles situations qui excèdent mes compétences ? Documentaliste… La dame du CDI… Celle qui recouvre les livres et donne, quand on le lui permet, des cours d’EMI, monte des projets et assiste ses collègues. Ingrat et passionnant. Toujours en quête d’une reconnaissance, que l’on trouve le plus souvent chez les élèves, dans leurs mots, dans leurs yeux. Le CDI, à l’évidence le seul espace de liberté dans un établissement scolaire, un lieu à part où les élèves peuvent s’informer, lire ou même glander sans subir la pression d’un système éducatif réducteur. Parfois, j’ai envie de tout plaquer, de changer de métier, d’aller prendre l’air ailleurs. Je me demande à quoi je peux bien servir dans ce modèle d’enseignement qui privilégie la compétition, la note, le résultat, à l’éducation elle-même, à l’expérimentation, à la pédagogie ou tout simplement au bonheur d’apprendre ».

Milena Geneste-Mas

29/10/2023

À pas de fourmis

MANCEAU Édouard, Touc-Touc la fourmi, Frimousse, 2023, 24 p. 6€60

Page de gauche, un texte en écriture manuscrite, écrit gros, noir sur blanc. Page de droite, une page en aplat jaune vif, et une fourmi dessinée, en noir et blanc, à la bouche esquissée par une touche rouge étirée. Le lecteur ou la lectrice pourrait croire ouvrir un récit animalier. C’est vrai, mais pas tout à fait. L’album au tout petit format carré, parfait pour les 3-5 ans, mais que des membres de la commission lisezjeunesse plus âgés ont lu de manière gourmande, cet album, donc, relève entièrement de la littérature. La fiction repose sur une mécanisation du corps de la fourmi qui rêve d’aller jusqu’au bout du monde. Au fil de l’histoire, c’est l’apparence du corps qui trouve à s’expliquer non par l’évolution biologique, comme il serait de droit scientifique de s’y attendre, mais par une cohérence de l’invraisemblance joyeuse.

Le livre égaie les petits, amuse les grands, stimule les imaginations, preuve que la simplicité est aussi une haute vertu.

 

DAUGEY Fleur, Fourmidables fourmis ! Myrmécologie, illustrations d’Émilie Vanvolsem, éditions du ricochet, 2023, 36 p. 14€50

Quel est l’insecte dont on connaît 14 000 espèces ? Qui vit sur terre depuis 140 millions d’années ? Qui peut porter une charge de plus de cinquante fois le poids de son corps ? Quel est l’autre nom du fourmilier, cet animal qui ne se nourrit que de fourmis, 13 000 par jour ? Quelles fourmis cultivent un champignon qu’elles nourrissent dans leur nid pour ensuite se nourrir de lui ? Les fourmis sont des hyménoptères : citez deux autres espèces d’insecte qui le sont aussi. Qu’est-ce que les phéromones ?

Répondre à ces questions est entrer dans la science des fourmis ou myrmécologie. La lecture du livre de Fleur Daugey et d’Émilie Vanvolsem permet de comprendre pourquoi on dit des fourmis qu’elles appliquent l’adage selon lequel ensemble on est plus fort et plus intelligent. Cet album est, comme toute la collection du ricochet, un régal de clarté, de beauté illustrative et d’intelligence textuelle.

 

 

PROULX-CLOUTIER Émile, Le Grillon et la luciole, illustrations Élise KASZTELAN, les éditions Planète rebelle, 2023, 40 p. 20€

Couleurs pâles, mates, tranchées par effractions, auxquelles des traits, silhouettes géométriques, viennent donner un aspect figuratif. Sur ces toiles, qui ne sont pas sans rappeler les peintures de forte composition de Philippe Séro-Guillaume avec le jeu savant des traits suggérant une figuration, deux personnages vont et viennent, l’amoureux grillon et la fantasque luciole.

On suit l’histoire qui semble s’achever tragiquement. Sauf que…

L’intertextualité est habilement convoquée par Émile Proulx-Cloutier. Le grillon chante des sérénades, dont la forme même initiale du texte de l’album est un écho puisqu’il s’agit d’une chanson, mais la luciole qui ne se rassasie pas d’aventures ne permet pas à leurs amours de se poser. Au lointain, on entend la fable de La Fontaine, La Cigale et la fourmi, mais où la cigale se serait dédoublée en grillon chanteur et luciole imprévoyante attirée par le progrès. Par ce dernier trait thématique qui intervient au tiers du livre, on pense à la grande rupture civilisationnelle qu’image Pier-Paolo Pasolini dans ses Écrits corsaires : « Au début des années soixante, à cause de la pollution atmosphérique et, surtout, à la campagne, à cause de la pollution de l’eau (fleuves d’azur et canaux limpides), les lucioles ont commencé à disparaître (…) Après quelques années, il n’y avait plus de luciole ».

Par ces convocations intertextuelles, on pourrait se diriger vers deux interprétations différentes de l’album. Mais ce serait faire fi de sa composition, qui repose sur le dédoublement. Alors que le récit s’achève, l’auteur reprend la plume pour interroger le jeune lectorat sur cette fin : « Alors ? Qu’est-ce que tu en penses ? Est-ce que ça finit bien ? (…) ». Et une nouvelle narration esquisse des suites avant de passer la main à l’enfant lecteur ou lectrice qui, à sa guise, pourra imaginer comment grillon et luciole accompliront le restant de leur vie, comment le grillon surmontera-t-il la déchirure sentimentale ? Comment traiter la disparition de la luciole ? Des pages vierges sont d’ailleurs laissées à cet effet.

S’il faut louer cet album, c’est pour le dialogique qui le constitue et pour l’intelligence des situations à laquelle il mène le jeune lectorat à être sensible. Le travail graphique et de couleurs d’Élise Kasztelan suit certes l’histoire mais garde sans cesse vivante la volonté d’en ouvrir l’imaginaire pour que les enfants puissent la rêver en plus de la lire. Nourri du texte et de l’image l’enfant saura peut-être conjurer la disparition du peuple des lucioles et par l’errance imaginative exercer une pensée libre ouverte sur le possible inouï de la relation amoureuse.

Philippe Geneste


22/10/2023

Connaître, penser, informer : la fiction pour la pré-adolescence et l’adolescence

FONTENAILLE Élise, La Malinche, Rouergue, 2022, 90 p., 9€90

Chaque roman d’Élise Fontenaille s’appuie sur une documentation rigoureuse pour traiter des sujets en lien avec des problématiques contemporaines. Chacun de ses romans fouillent ainsi la gravité de la condition humaine en un temps où les affres du passé, le colonialisme, le sexisme, l’esclavage, le racisme, l’exploitation, l’exclusion, perdurent en fondements de l’actualité géopolitique, économique et sociale.

La Malinche est un roman historique qui traite de la conquête de la capitale de l’Empire aztèque Mexico-Tenochtitlan en 1521 par Hernán Cortés. Articulé sur deux narrateurs, et l’héroïne Malina ou Marina ou la Malinche, tous trois personnages historiques, le récit livre une face cachée du triomphe de Cortés : il n’aurait jamais vaincu Moctezuma sans les dons de langue de Malina. À douze ans, elle est vendue par sa mère à des marchands pour satisfaire son second mari et laisser toute la fortune au demi-frère de Malina. Elle est ensuite vendue à Cortès qui en fait sa concubine mais aussi sa conseillère pour arriver à son but : accaparer l’or de la cité aztèque. C’est elle qui lui dévoile les conflits entre les peuples amérindiens et l’oppression subie par nombre d’entre eux et sur lequel le conquistador s’appuiera pour vaincre Moctezuma.

Le roman est sanguinaire, sans mythification des acteurs en présence. Élise Fontenaille interroge la problématique de la femme esclavagisée par les hommes, vouée à l’assujettissement de par son appartenance à un peuple dominé par les Aztèques, vendue, échangée comme un objet : quelle voie peut mener à la dignité ? Que signifie trahir la condition indienne quand on est exploité par d’autres indiens ? Au fil de l’histoire, des réponses émergent, écartant de la lumière le héros Cortés seul retenu par l’histoire officielle. Féminité, indianité, voici les deux thèmes structurants de la malinche, qui résonnent encore aujourd’hui dans nombre de pays d’Amérique latine. Le récit, prenant appui sur une forte documentation, sert aussi de passeur avec cette actualité brulante.

 

Belder Grâce, Extraction 3, 2, 1… Partez !, éditions chant d’orties, 2022, 81 p. 7€

Ce roman pour préadolescent, reprend un canevas conventionnel : un héros que l’évolution va rendre héros positif, l’invention d’une action qui croise le réalisme de situations, où se retrouvent les jeunes lecteurs et lectrices, et une échappée futuriste entre voyage dans le temps et récit dickien de simulacre. En fait, la dystopie futuriste relève d’une plongée onirique dans la psychologie du personnage, le héros Jules âgé de 11 ans, projeté ainsi dans sa quatorzième année.

L’essentiel de la fiction repose sur des dialogues où l’éducation morale et civique républicaine côtoie l’engagement favorable au mouvement social écologiste. La dystopie orwellienne s’avère l’argument inconsciemment fomenté par l’esprit de Jules pour le convaincre, dans l’avenir, à s’intéresser aux affaires du monde, avec un leitmotiv insistant pour aller voter…. On regrettera que l’autrice ait préféré les discours à la narration des actions avec description de situations particulières. Certes, c’est là une caractéristique de la littérature de fiction adressée au lectorat de cet âge. Mais le manque d’épaisseur de l’histoire, s’il favorise la facilité de la lecture, nuit à l’approfondissement du sujet par ceux et celles qui lisent. Une nouvelle fois, un récit pour préadolescents jouxte le scénario plutôt qu’il n’édifie une œuvre.

Malgré ces limites, qui interrogent au-delà d’Extraction 1, 2, 3… Partez ! l’ensemble des productions romanesques pour préadolescents et préadolescentes, les membres de la commission lisez jeunesse l’ont trouvé intéressant. La discussion qui a suivi la lecture a montré que le livre aurait pu approfondir les questions traitées sans perdre l’attention du lectorat ciblé.

 

BOTTI Stéphane, À Un Poil près, Calicot, 2022, 29 p. 6€

Un élève, de milieu bourgeois, élève de cinquième, se découvre un poil pubien. Cette révélation l’amène à une réflexion sur les changements des corps des hommes, sur leurs différences, mais aussi sur son grandissement. La nouvelle est concentrée sur cette mutation. Celle-ci le concerne, mais aussi il s’interroge sur la réaction de ses parents : « Pourraient-ils aimer ce nouveau moi comme ils avaient aimé l’enfant que je n’étais déjà plus tout à fait ? » ; ou encore, « ils pouvaient soupçonner, contempler ma lente métamorphose en cet autre garçon qu’ils ne connaissaient pas ». Afin de faciliter l’identification du lecteur au personnage, la nouvelle est écrite à la première personne. À Un Poil près répond à ce que relevait excellemment Pierre Bruno dans une réflexion sur le roman pour la jeunesse, à savoir que certains romans visent « moins à un traitement littéraire complexe qu’à répondre sous une forme fictionnelle aux besoins d’information » (1) du jeune lectorat.

Philippe Geneste avec commission Lisez jeunesse

(1) Pierre Bruno « Théorie du roman », dans Escarpit, Denise, (sous la direction de), La littérature de jeunesse, itinéraires d’hier à aujourd’hui, Paris, Magnard, 2008, 473 p. – p. 390.


16/10/2023

Chronique carcérale du présent et guerre en uchronie

Second Simon, Elias Ferguson tome 1. 1937, l’héritier, dessin de Lender Shell, couleur Albertine RALENTI, Vent d’Ouest, 2023, 56 p. 15€95 ; Second Simon, Elias Ferguson tome 2. 1938, les océans de feu, dessin de Lender Shell, couleur Albertine RALENTI, Vent d’Ouest, 2023, 56 p. 15€95.

Cette bande dessinée d’aventure croise au large de Jules Verne et de la fiction d’uchronie. La datation des épisodes explicite la volonté d’ancrer l’intrigue dans l’Histoire mondiale : montée du nazisme, course scientifique entre le régime nazi et les américains pour la réalisation de l’arme atomique de destruction massive.

Au récit d’aventure, la série Elias Ferguson emprunte la traversée de l’océan Atlantique par train sous-marin, la concurrence entre services d’espionnage des États capitalistes, avec pour base des enjeux géopolitiques que lecteurs et lectrices comprennent au fur et à mesure que le héros en prend conscience.

Le point de vue est celui des américains, mais aussi celui d’un savant utopiste voulant sauver les populations de la guerre à venir. Or, dès les premiers pages du premier tome, Walter Fergusson meurt, poursuivi par des agents gouvernementaux. L’enjeu économique repose sur des transferts de technologie que les gouvernants qui préparent la guerre des deux côtés de l’Atlantique aimeraient fort s’approprier, mais que Walter Ferguson leur a toujours refusé.

C’est son fils Elias qui lui succède, trop jeune pour véritablement diriger une telle entreprise, il bénéficie d’un entourage expert et patient. Un savant juif, Kurt Spire, se présente : il souhaite rejoindre l’Amérique incognito parce qu’il est en possession d’informations susceptibles de changer la face du monde.

Entre dangers politico-militaires et terreurs des abysses, la bande dessinée mène le lecteur avec allégresse grâce au travail des dessins et des couleurs aussi efficaces que foisonnants et maîtrisés.

 

GALIEN, Carnet de prison, Steinkis, 2023, 160 p., 22€

Cet album paraît alors que la nouvelle Maison d’arrêt de Caen va ouvrir ses portes, sauf qu’en l’occurrence c’est une maison à portes closes se refermant sur des prisonniers. Galien retrace son expérience au service d’une association agréée par le ministère de la justice et/ou de l’intérieur pour mener des ateliers de bande dessinée en prison. Galien travaille alors, le temps de l’atelier, pour le Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation (SPIP). Il nous livre son expérience en 150 pages denses de dessins, de dialogues et de récits.

Entrer en prison, c’est entrer dans l’univers mental de la violence carcérale reflet de la violence sociale, les deux s’entretenant dans la durée. « Dans notre société on vaut ce qu’on possède » (p.100) ce que rappelait un Président de la République E. Macron avec fierté le 29 juin 2017 : « Une gare est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien ». Et de même que la société est inégalitaire, régie par le hiérarchisme en tous les domaines, « chaque société hiérarchise la criminalité. On ne s’y soustrait pas non plus en prison » (p.98). Et ce que la société maltraite, par exemple la folie, la prison s’en fait l’écho lorsque, dans l’atelier, arrive un détenu fou qui n’aurait jamais dû se trouver là.

Sans aucun discours didactique, sans dissertation morale, sans exposé sociologique, par les seuls pinceaux, dessins, crayons et couleurs, Galien permet aux lectrices et lecteurs d’entrer en connaissance avec l’univers carcéral réel, côté détenus et côtés surveillants et même administration pénitentiaire.

Que ce soit par l’attention portée aux mots des uns et des autres, par l’emploi de la caricature, de l’explication ironique, que ce soit par l’humour présent dans chaque double page, Galien rend compte émotivement de la vie vraie dans une prison française réelle. L’authenticité du propos tient à la conscience des places de chacun dont la sienne propre dont le dessinateur n’occulte pas l’ambiguïté. Grâce à cette authenticité, Carnet de prison évite l’esthétisation de la misère carcérale, récuse la tentation si courante en ce domaine du pittoresque pour livrer le quotidien perçu ou montré par les détenus et surveillants. Grâce à cette mise à distance de la tentation esthétisante, Galien met en scène la notion de culpabilité, centrale dans la justification de la prison, centrale dans la psychologie de certains prisonniers, centrale dans l’idéologie dominante. Or, les aventures de la culpabilité dans la case prison, s’étoffe de perversions diverses, dont celle socialement inoculée du destin individuel, de la fatalité, de l’inéluctabilité, de l’enfermement égoïque. Or, ces perversions prouvent combien, comme le souligne le texte introductif d’Alain Badiou, la société est dessaisie de la question de la justice faisant de la prison une affaire d’État dont les gesticulations de politiciens peu soucieux d’éthique ou Ricoeurien écœurant, s’empiffrent. La prison, le délit, la justice sont générés par la vie collective et ce serait donc à une réflexion collective que devrait être confiée la question des relations sociales, des entorses ou cassures à ces relations. À l’heure où la population carcérale explose (74 513 détenus hommes et femmes au 1er juillet 2023 pour 60 666 places), la question de la socialisation de la question de la prison devrait être une évidence. La surpopulation interdit la mission de « resocialisation » à laquelle les voix officielles prétendent affecter l’institution pénitentiaire. C’est un peu comme si entrer en prison valait déposer à jamais sa vêture sociale, et annonçait seulement la « réinsertion » cellulaire infinie.

Philippe Geneste

  

08/10/2023

Quand l’inventivité joue des images et des mots

WLODARCZYK Isabelle, Le loup, le vieil homme et la mer, illustrations de Clémentine POCHON, éditons d2eux, 2023, 44 p., 18€

De la forêt à la mer on suit un loup singulier, qui ne suit pas la meute, qui reste enfant, qui refuse l’agressivité, qui rêve de liberté dans la solitude, qui rêve de voyage. Alors, un jour, Nemo, c’est son nom dans l’histoire, se laisse distancer par la meute et part voir la mer. Il sera recueilli par un vieux pêcheur, un solitaire, un qui, comme le héros d’Hemingway ne suit pas les mêmes coutumes que ses pairs. Le vieux pêcheur, le loup, « la mer les porte l’un vers l’autre » et ils s’allient et se lancent l’un avec l’autre dans l’infini de la mer, de l’aventure en mer… Le dessin mi-réaliste mi-onirique de Clémentine Pochon épouse la poésie tendre d’Isabelle Wlodarczyk. L’album fera partie de ces livres qui accompagnent longtemps l’enfant à partir de 4/5 ans quand on lui lit et jusqu’à l’aube de la préadolescence quand il sait lire. Peut-être bien un ouvrage qui deviendra un classique de la jeunesse, à la fois par l’intertexte convoqué, la beauté des images, la tendresse des dessins.

 

MARDESSON Emmanuelle, Les Maisons folles de Monsieur Anatole, illustratrice Sarah LOULENDO, L’Agrume, 2023, 32 p., 18€

Voici un magnifique album plein d’ingéniosité graphique, de jeux de mots, d’humour fripon et de gourmandise colorée. Avec Emmanuelle Mardesson et Sarh Loulendo, l’architecture entre dans les préoccupations de l’album de fiction. Le jeune lectorat est invité à visiter onze maisons conçues par Anatole, un architecte de haut vol (c’est un oiseau). Chacune est adaptée à un animal particulier : perroquet, gerbille, ours brun, loup, chat, panthère & léopard, suricate, renard, raton laveur, koala, lion. Toutes ces maisons forment un village pacifique où les différences sont cultivées afin d’enrichir chacun et chacune. C’est que les habitants et habitantes de la maison cristal, de la maison animale, abeille, bouquet, escalier, écailles, coquillage, origami, flottante, koala ou de la maison volante, communiquent entre eux, exerçant des métiers divers pour que la société s’entretienne.

Au fond, cet album est une fable puisqu’elle attribue aux animaux des comportements humains. En revanche, seule la narratrice tient le registre de la parole, au service du héros Anatole dont la venue au village sera l’occasion de la grande fête musicale et en couleur de la fin de l’album. Un livre étourdissant d’inventivité graphique et dont l’écriture à rimes intérieures des textes assure le rythme de la visite éblouie.

 

DAVID François, Le Mime osa, images Henri GALERON, mØtus, 2023, 56 p. 16€50

Le message poétique, comme l’a montré Roman Jakobson, est centré sur lui-même, ouvrant le sens à l’ambiguïté. Dans le poème, les mots invitent à se retourner sur eux-mêmes pour ne pas se tromper de sens : jeu de mot, homophonie, acrostiche et chiffrage voire devinettes à la clé intérieure.

Il y a ambiguïté quand un sens premier est doublé par un autre, un sens second. Or, le texte de François David repose sur ce sens second exprimé par une suite syntagmatique que l’on peut voir comme le dépliement du mot initial recélant le sens premier sous-jacent. L’image explicite d’ailleurs le mot sous-jacent, elle se fait élément d’un imagier imaginaire extraite d’une prose mimétique des signes.

Les scènes imaginées par Henri Galeron représentent des scènes de l’univers verbal, non de l’univers référentiel. Elles se distinguent des peintures surréalistes – auxquelles elles ne manquent pas, d’une certaine façon, à faire penser – en ce que celles-ci représentent des scènes mentales, oniriques, non issues du langage articulé. Les images d’Henri Galeron sont motivées par le jeu de mots du texte, elles fouillent l’ambiguïté qu’il suscite et sur lequel il repose. Illustratives le plus souvent, elles se font parfois interprétatives, pour le plus grand régal des yeux et de la pensée.

Une dernière remarque, explicitant la centration de l’album sur la fonction poétique, consistera à souligner qu’aucune des doubles pages, constituant une unité icono-graphique ou scripto-iconique, aucune des doubles pages, donc, n’a besoin de lever l’équivoque du sens qu’elle porte. Et la raison en est simple : l’album propose au jeune lectorat de gambader allègrement dans l’univers des mots, de leur enchaînement, et de ne surtout pas en sortir. Cette lecture guidée relève du travail d’autoproduction du texte et de co-production de l’image (contrainte, elle, dans une certaine mesure, par le texte). Mime osa est ainsi un recueil de textes en liberté servis par des images captivées qui fraient un chemin dans l’onirisme des mots. Mime osa devient alors une suite de rêves d’un imageur sur les fantaisies d’un vocabuliste.

Philippe Geneste

NB : Sur François David, lire le blog https://lisezjeunessepg.blogspot.com/ du 16 août et du 24 août 2015 

01/10/2023

Une femme poète, une éducatrice, sans autre légende que leur œuvre

DESMET Tania, Marcelle Delpastre, la pastourelle de Chamberet, Limoges, éditions Mon Limousin, 2023, 11 p. 20€

« Il fallait respecter une source. Il fallait la contourner (…)

C’était trop magnifique une source ; c’était le départ de la vie »

Micheline Olive, « Escapades biographiques », dans Espaces, éditions Sémentes, 2011, p.55

 

L’ouvrage est un recueil de textes écrits à partir de souvenirs d’amis et d’amies, de proches par l’intérêt social et littéraire ou bien par la seule voisinance. Tania Desmet, la maitresse d’œuvre de l’ouvrage, accompagne ces dires de campagne par une abondante iconographie photographique qui permet aux lectrices et lecteurs de se représenter au plus près le village de Chamberet, au plus près de ce que fut le milieu de vie de Marcelle Delpastre (1925-1998), agricultrice, poète, ethnologue, folkloriste, écrivain de langue français et de langue occitane. 

Le livre ne se propose pas d’introduire à son œuvre mais à sa biographie. Il se compose de quatre parties (« Les chemins de Chamberet », « Amitiés », « La Vie à Chamberet », « Légendes et croyances ») et d’un épilogue. L’ouvrage nous amène sur les lieux, proposant une traversée de la terre et du pays de Germont où se situe la ferme de Marcelle Delpastre. Ici, les photographies de Tania Desmet sont particulièrement précieuses. Si les première et troisième parties soulignent la prégnance de la langue occitane dans l’univers delpastrien, elles montrent, aussi, l’apport de l’agricultrice poète (elle n’aimait pas le terme poétesse) à la littérature occitane. La quatrième partie souligne l’intérêt de Marcelle Delpastre pour l’ethnologie et les études du folklore, intérêt qui l’a amenée à une œuvre importante en ces deux domaines : étude de légendes, rites, bestiaires etc.

La deuxième partie repose sur des témoignages, soit rapportés par Tamia Desmet soit directement retranscrits ou écrits. Drôle et plein de délicatesse est celui de Micheline Bogé, poignant celui Jean-François Desmoulin-Catonnet, humoristique pour Marcelle Pathier, informatif pour Denise et Pierre, et tous livrent tant de facettes de Marcelle Delpastre, de la femme, de l’amie, de l’agricultrice et poète.

Annie Mas & Philippe Geneste

 

HALIM, La Maison des enfants. Maria Montessori, observer pour apprendre, dessin Caterina ZANDONELLA, Steinkis, 2022, 136 p. 20€

« C’est l’argent qui établit les injustices, même entre hommes et femmes »

Maria Montessori

La vogue des écoles Montessori ne se dément pas depuis une trentaine d’année en France et on peut dire qu’elle est l’objet actuellement d’engagements lucratifs où la recette a remplacé le travail expérimental initial de la première médecin femme d’Italie née en 1870, morte en 1952.  La bande dessinée du scénariste Halim et de la dessinatrice Zandonella tente de revenir aux engagements initiaux de Maria Montessori pour les enfants. Elle exerça d’abord auprès d’enfants « anormaux » avant d’étendre la méthode d’éducation qu’elle expérimentait et mettait au point, aux enfants « normaux ». C’est en 1907 qu’elle ouvre la Casa Bambini. Très vite sa méthode et ses recherches appliquées vont trouver un grand écho dans le milieu de l’éducation émancipatrice et nouvelle. En 1926, elle créera l’association Montessori internationale dont le siège est au Pays-Bas.

L’éducation est l’objet de la part de Montessori d’une anthropologie qui partant de l’enfance envisage les conditions d’un monde de paix. L’idée centrale est que les enfants sont opprimés par des adultes qui pensent pour eux. De plus, Montessori défend une éducation qui laisse l’enfant se développer à son rythme. En revanche, il ne s’agit pas de non directivité car il est de la responsabilité des éducatrices et enseignantes de mettre en place un environnement matériel qui facilite les apprentissages. La conception de ce matériel pédagogique (soit inventé soit intégré à l’école et organisé dans l’espace) est le grand apport de Montessori. Le livre d’Halim et Zandonella le montre bien.

L’auteur et l’autrice attribuent à Montessori la pédagogie coopérative, ce qui est peu compatible avec le socle théorique de la conception montessorienne. Celle-ci repose sur l’innéisme biologique qui explique la place donnée au corps et à la sensation mais aussi conséquemment au jeu. L’éducation doit veiller à laisser libre le développement biologique de l’enfant ce que Montessori nomme l’Hormé. En revanche, elle pose bien comme finalité de l’éducation la marche vers une autonomie individuelle dans les apprentissages, ce que développe justement la bande dessinée. Et, si elle est bien loin de la pédagogie coopérative, le lien se fait à travers le principe de la relation interpersonnelle au sein de l’engagement de l’enfant dans des actions. Il se fait aussi par la critique montessorienne de l’aliénation de l’enfant qui subit l’encasernement dans des écoles aux règlements inappropriés à l’enfance. C’est comme cela que la société fabrique des êtres infériorisés.

Certes, la bande dessinée laisse dans l’ombre la conception des besoins de l’enfant dans une conception innéiste, l’éducation devant servir à la satisfaction des besoins par l’épanouissement du développement biologiquement programmé. Mais la bande dessinée ne cache pas des épisodes ambigus comme lorsqu’en 1924, Mussolini l’éleva au rang de membre d’honneur de l’organisation féministe fasciste italienne. Cependant la centration sur l’enfant et son libre développement allait vite convaincre le pouvoir fasciste d’un malentendu, même s’il chercha à bénéficier de l’aura internationale des expériences éducatives de la médecin et pédagogue. La bande dessinée met bien en lumière les conditions de l’abandon de son enfant à la naissance, enfant avec qui elle travaillera plus tard mais qui resta douze années séparées de sa mère.

Le choix de la dessinatrice de jouer avec le débordement des cases, leur chevauchement, l’utilisation de la matité des couleurs, épouse la centralité du corps et des sensations dans la pédagogie Montessori. L’alternance des pages à dominante de gris et des pages colorées rend compte d’une période historique troublée. Le scénariste a puisé tant du côté de l’histoire de Anne Frank que du roman d’Une Vie dans les bois de Félix Stalten une intertextualité qui installe la biographie du côté de la lutte contre l’antisémitisme. De même, l’autrice et l’auteur identifient le vingtième siècle de Maria Montessori à un siècle de l’enfant, ce qui est pour le moins bien optimiste et faux au vu de la pérennité de la guerre et de l’irrationalisme humain menant la catastrophe planétaire. Or, ce choix a beaucoup à voir avec le triomphe de l’individualisme bourgeois. Or, force est de constater que l’œuvre pionnière de Montessori n’a jamais su se départir de cet individualisme qui permet aujourd’hui à des entreprises éducatives de fleurir en arguant de manière éhontée des recettes Montessori ! C’est éhonté car Montessori était pour une éducation fondée à partir de l’observation de l’enfant et sans cesse réajustée... Ainsi va l’exploitation de la mémoire des œuvres passées. La Maison des enfants, qui, bien qu’en pleine empathie avec son sujet, sait ouvrir des questionnements, évite d’entrer sur le marché où s’agitent ceux et celles qui veulent tirer des dividendes de l’Histoire relue et corrigée.

Philippe Geneste

25/09/2023

De la relation humaine

JOB Armel, Sa dernière chance, Namur, Mijade, 2023, 307 p.

« Quand on se fourre dans la gueule du loup, il ne faut pas lui reprocher d’avoir les dents longues » (JOB Armel, Sa dernière chance, Namur, Mijade, 2023, 307 p. – p.127)

Le roman réaliste, qui s’appuie sur les réseaux sociaux, conjugue la mise en scène qui leur est propre à la scène fictionnelle que confectionne un narrateur en suivant les personnages. On entre sur les réseaux sociaux en se créant un double. Ici, Rachel est le double de façade d’Élise Dubois ; Tristan est le double de manigance et louches affaires de Pierre Fauvol. Le roman les met en scène, décrivant par les relations interpersonnelles des liens sociaux blessés, brisés, aliénés à l’individualisme réificatoire. Les individus sont étrangers à eux-mêmes, cherchant qui la thésaurisation de conquêtes (l’antiquaire, Pierre Fauvol), qui la fructification des avoirs (le directeur d’agence immobilière, Édouard Gayet), qui la reconnaissance sociale élitaire (Marie-Rose Gayet), qui l’assouvissement morbide de désirs cachés (le chanoine responsable du patrimoine de l’Église, Félix Grimaux). Ces quatre personnages vivent dans la clôturation de leur monde, de leur Moi. Ils se coupent des autres chez qui ils ne voient que des objets de jouissance, des objets de rapports pécuniaires, des instruments d’usage domestique, des faire-valoir professionnels et sociaux. Quant à Élise Dubois, elle subit leurs désirs d’emprise. Servante, objet sexuel soumis à la tradition clérico-patriarcale, Élise Dubois est femme de rapports pour ses prédateurs, le truchement insignifiant de leurs manigances. Si elle est le personnage principal, c’est parce que les autres s’emploient à nier sa personne.

Toutes les relations sont avilies par une violence symbolique qui détermine l’essentiel des échanges. L’imaginaire des personnages est altéré ; chacun est plongé dans une crise existentielle qui se juxtapose à une crise économique brossée en arrière fond. Le roman rapporte, sous la forme d’un fait divers, les ressorts secrets d’une affaire inventée avec souffle et forte ruse narrative. Il met en scène la révolte d’Élise Dubois, brisant les murs de la claustration où on la tient. Et sa révolte a pour vecteur le corps, la vie du corps et plonge dans la nuit des temps pour découvrir le sentiment de sympathie. Mais pour cela, il faut défaire les voiles du faux : « mais tous les êtres humains ne sont-ils pas des escrocs »[1] ? « Mais trop c’est trop, je n’en puis plus de ces mensonges, de cette comédie répugnante. »[2] Sauver les apparences c’est perpétuer le faux. Sa dernière chance est donc l’histoire d’une femme en quête d’elle-même, en reconquête d’une vérité humaine.

Manipulation, échappée belle, chosification ?

Au début, pour créer sa page sur le site de rencontre, l’outil de communication organise les renseignements, et oblige la personne à mettre en scène ce qu’elle pense que les autres penseront d’elle en lisant ce qu’elle confie au site. Elle dit le vrai autant qu’elle dissimule. On comprend, dès lors, pourquoi la thématique centrale de la dissimulation se double de la question de l’identité.

Tous les personnages ont un problème avec l’identité qu’ils ont ou se sont donné

 ou les deux. Julia Blanmon a substitué à sa vie campagnarde une vie de citadine qui lui sied ; Félix Grimaux est catholique mais vit d’escroquerie et n’a de cesse de satisfaire ses perversions ; Pierre Fauvol est Tristan, faux veuf d’un amour romantique, escroc notoire et abuseur de femmes ; Marie-Rose Gayet soigne sa renommée de gynécologue attentionnée, s’entourant d’une configuration sociale conservatrice qui sied à sa stature sociale quitte à briser la vie de sa sœur ; Édouard Gayet est un père de famille aussi peu disponible que son épouse pour les enfants, un homme généreux, en réalité obsédé par l’accumulation d’argent et la convoitise sexuelle ; Élise Dubois est gouvernante effacée, célibataire traumatisée par un vécu de violence et de manques, mais aussi Rachel, une femme en quête de sa libération cherchant à se soustraire à la surveillance.

La manipulation sociale que symbolise le site catholique du chanoine Grimaux, en lien avec la religion comme institution de manipulation des âmes, désinforme les personnages sur eux-mêmes, notamment Pierre-Tristan. Élise Dubois qui croit y trouver un refuge s’y perd pour y avoir livré des données personnelles. Le propre du site est de manipuler l’identité, de l’exposer autant que la voiler, la fictionner. Symbolique, le pouvoir de la technologie est ici personnifié par le chanoine, un gardien des âmes d’une institution multiséculaire d’opium du peuple.

Du virtuel au réel, comment en sort la personne ?

Élise Dubois, gouvernante chez sa sœur et son beau-frère, hébergée et logée, sans rémunération, soumise à leur surveillance vit une existence d’esclave du bien familial. Elle est aussi sous la surveillance du chanoine Félix Grimaux qui l’a piégée sur le site de rencontre catholique qu’il a créé et qui tient à jour un dossier de compromission pour la soumettre à ses calculs vénaux. Sous surveillance, Élise Dubois a donc au fond peu d’espaces privés et expérimente, jour après jour, le délitement de la distinction entre sphère privée et sphère publique.

Son inscription sur le site et son investissement pour conquérir Pierre Fauvol à son plan de libération du corps, mais aussi pour se soustraire à la surveillance (elle lui demande, lors de leur rencontre à l’hôtel dont elle est l’organisatrice, de ne dire à personne qu’elle va rester dans l’hôtel durant deux jours). Notons-le : se soustraire, c’est s’échapper, on ne s’échappe que par une réduction de visibilité mais donc aussi d’être. La fragmentation de la vie devient souhaitée afin de se trouver soi. Alors que l’unité de la personne a longtemps été l’idéal, le but de la construction de sa personnalité, ici, c’est la désunion, la scission de la personne qui est construction de personnalité.

Les personnages, Pierre-Tristan comme Élise-Rachel, vivent en dissociation ce qu’ils écrivent et ce qu’ils font. Entre les pensées énoncées sur internet et les motivations réelles qui les animent, s’est installée une discontinuité qui prévient la fracture de toute vraie rencontre : « Des gens comme Fauvol et elle ne pouvaient plus s’aimer simplement. Ils se servaient des apparences de l’amour, mais ce n’était que l’habillage de machinations souterraines »[3].

Une autre question posée par Sa dernière chance est de comprendre le rapport que la personne entretient avec son avatar numérique, les conséquences mentales, psychologiques, sociales des relations virtuelles engagées, enfin l’impact que des rencontres réelles ainsi provoquées peuvent avoir sur soi. Que reste-t-il de l’humain sans corps ? Que reste-t-il de l’humain donnant son corps pour son corps ? Les sites de rencontre étant des créations d’entreprises pour la marchandisation de la relation amoureuse, comment interpréter l’achat de la mise en ligne de son profil ?

Le roman est traversé par ces questionnements, mais les personnages n’étant pas figés, d’autres affleurent, laissant le lecteur ou la lectrice dans l’indétermination de ce qui vient.

De l’inquiétude

Tous les personnages principaux sont pris dans l’inquiétude. Le chanoine passe du désir d’objet à l’inquiétude qui va le faire retourner auprès de ses paroissiens et renoncer à l’acquisition du tableau de ses rêves pour lequel il est allé jusqu’à corrompre les uns et les autres, à mentir et humilier sa plus proche confidente et amante. Fauvol, avide de profit, est traversé par l’inquiétude de ne pas réussir à s’enrichir. Il est avide de profit, de désirs à satisfaire dans l’éphémérité. Il est la figure typique du petit bourgeois. Sa rencontre avec Élise va lui apprendre la passivité et avec la passivité l’écoute et avec l’écoute il va découvrir la passion, une passivité faite patience. Grâce à Élise qui déconstruit sa stéréotypie machiste des relations de couple, son inquiétude va se porter non plus sur l’argent mais sur la vie humaine. De là débouchera une autre perspective d’existence, malgré la ruine. Élise confiné dans son corps par la claustration familiale imposée, va apprendre l’inquiétude de l’insécurité pécuniaire et à se battre pour la surmonter, ce qui suppose de sortir des griffes de l’ordre moral bourgeois qui la tient emprisonnée depuis quinze années. Confrontée à l’absence d’Élise, Marie-Rose va s’inquiéter de l’effondrement de l’institution familiale qu’elle pense avoir bâtie et consolidée. Son mari est bousculé d’une nuée d’inquiétudes engendrées par ses obsessions et sa vénération pour l’échange marchand.

La figure de l’inquiétude déplie son ombre sur les sphères closes de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, donnant au roman psychologique Sa dernière chance une coloration certaine de roman social.

Morale de l’individualisme

Les personnages du mal font le mal par intérêt, « car en fait tout est lié à l’argent »[4]. L’argent gouverne leur vie, leur image, leur représentation de la vie sociale. L’argent est destructeur de l’autre, parce qu’il repose sur la hiérarchisation des personnes, comme Élise Dubois en subit les conséquences au quotidien. L’argent monnaye, chosifie, et l’être chosifiée est bafoué dans son humanité. L’amour en subit les conséquences aussi, devenant chez Edouard Gayet une haine de possession. Dans le roman, la violence symbolique « articule les Sujets à un pacte »[5]. Entre eux, nul partage si bien que l’agressivité prend le dessus avec le repliement accentué de l’individu sur lui-même. Edouard Gayet est d’une « turbulence corruptrice »[6] ; Félix Grimaux, le chargé du patrimoine de l’église, est habité par la raison corruptrice du collectionneur fétichiste et se range avec les bourgeois moyens comme ses congénères bureaucrates de la sainte croix ; Pierre Fauvol est, avant sa rencontre avec Élise Dubois, le type du petit-bourgeois qui rage de ne pas accumuler fortune. Quant à la sœur d’Élise Dubois, Marie-Rose, épouse Gayet, elle a l’amour corrompu par l’égoïsme et la certitude suffisante du jugement administrateur et du bling-bling mondain.

Élise Dubois, dépossédée, déshumanisée, dégradée, déséquilibrée par la double pression familiale et sociale, est le réceptacle des dards convergents des corruptions morales. Pour trouver sa personne, pour atteindre son soi-même, elle va prendre sa vie à son corps partisan. C’est dans l’étreinte qu’elle va se construire. Elle va y puiser le fondement du rapport à l’autre ; se construire c’est rencontrer l’autre. Or, la relation sexuelle est la source instinctuelle de ce rapport, devenue au cours du procès d’humanisation, la relation amoureuse mais aussi la relation sociale. Dans l’étreinte se love et l’accomplissement culturel de l’humain et le dépassement collectif de l’individu. L’enjeu ? La réalisation de l’individu.

Conclusion

Le roman pose au cœur de sa thématique le déni physique ou symbolique de la relation humaine, il pose l’enjeu relationnel de ce qui fait mal, ce mal qui traverse la banalité des quotidiennetés individuelles : « Par-delà les pièges de la communication galopante et dévoyée, la mise en relation de l’homme avec le monde et avec ses semblables est le seul gage d’intensité et de déploiement de l’existence »[7] Roman psychologique, il porte un regard social scrupuleux dans les limites d’un huis clos familial. Mais s’il semble un roman d’analyse de l’inquiétude existentielle de nos contemporains, il est aussi, par la verve compositrice d’un narrateur espiègle qui se rappelle régulièrement aux lecteurs en les interpellant, un roman d’aventure annulant chaque prévisibilité dès à peine esquissée.

Ce dernier trait appelle une remarque sur le choix de la position du narrateur. Le roman se donne comme la relation d’un fait divers et l’incipit met d’ailleurs en scène un journaliste qui écrit un papier sur l’affaire et pour ce faire mène une enquête. Mais le narrateur va se substituer au journaliste : « Il y a bien des éléments que les journalistes ne peuvent savoir, car ils n’ont d’autres sources que les déclarations des témoins et l’apparence des événements. C’est aux romanciers qu’il revient, comme un devoir, de les faire connaître. »[8] Ainsi, l’acte de raconter s’inclut-il dans l’histoire, non seulement pour établir une relation de complicité avec le lecteur ou la lectrice, mais aussi pour souligner l’illusion de vérité, celle d’avoir assisté aux événements. Ironie, il s’agirait donc d’inclure une évaluation de vérité dans le récit… La littérature serait donc plus vraie que le réel, elle offrirait la compréhension englobante. Ce surréel n'existerait donc que par la parole présente et subjective du narrateur. Dès lors, l’histoire pourrait reprendre…

Philippe Geneste



[1] Job Armel, Sa dernière chance, Namur, Mijade, 2023, p.273.

[2] Job Armel, Ibid. p.285.

[4] Job Armel, Ibid. p.255.

[5] Jacob, André, Penser le mal aujourd’hui. Contribution à une anthropologie du mal, Paris, Penta, 2011, 195 p. – p.42.

[6] Jacob, André, Ibid. p.44.

[7] Jacob, André, Ibid. p. 95.

[8] Job Armel, op. cit., p.306.

10/09/2023

Détacher ses cheveux

SODKI Agnès, Ma Vie en rousse, illustrations d’Olivier CHENE, Utopique, 2023, 48 p. 8€

pour Alice & Juliette

Voici un roman pour enfants qui porte l’attention sur une singularité : être roux (1). La petite fille, héroïne du livre, souffre de la discrimination dont elle est l’objet, s’attachant les cheveux alors qu’elle les aime détachés, se défendant d’être une sorcière, vivant mal la blancheur de sa peau constellée de taches de rousseur, affublée du qualificatif de martienne, du nom de la planète rouge.

C’est grâce à un sentiment amoureux partagé que Mélissa va affronter sans honte ce que les autres lui font appréhender comme une différence. C’est grâce à sa plus proche amie qu’elle va sortir de l’univers dans lequel elle s’enferme, croyant échapper à la stigmatisation en se repliant dans un monde clos solitaire où l’autodépréciation est de rigueur. « Parfois, une identité n’est pas une identité » écrit Bertrand Dicale (2) ; on peut ajouter que toute identité est une construction, le résultat d’une relation. Si la rousseur sépare Mélissa d’un grand nombre d’élèves de sa classe, la rousseur va aussi la rapprocher d’Arthur et c’est à l’épreuve de sa rousseur que l’amitié de Jeanne se montre indéfectible.

Derrière la fiction bien écrite d’Agnès Sodki et illustrée dynamiquement par Olivier Chéné, c’est une histoire culturelle de l’occident qui affleure. Dans le moindre des stéréotypes langagiers, c’est l’embrasement des intolérances passées et présentes qui se déclinent. Le roman suit alors une autre voie que la distraction, celle audacieuse d’une prévention contre la discrimination. La petite fille a du mal à accepter qu’une simple variation génétique éprouve ainsi sa vie. Elle est loin de se douter que les camarades qui la poursuivent de leurs sarcasmes sont le jouet d’associations ancestrales entre rousseur et diablerie et totalement ignorant de la relativité des croyances selon les civilisations. Mélissa, sortant du roman pour venir dans cette chronique, nous répondrait que cela lui fait une belle jambe, que c’est au quotidien qu’elle doit affronter les remarques dégradantes. Ne lui parle-t-on pas des « taches de rousseur » comme si elles étaient autre chose (une salissure suggère le mot tache, car si on ne naît pas immaculée…) que des ponctuations épidermiques que les scientifiques nomment éphélides.

L’air de rien, l’encre d’Agnès Sodki et la couleur d’Olivier Chéné impriment des arguments littéraires sur la diaphanéité des idées qui laisse passer le soleil irradiant des croyances et opinions communes. S’il met en exergue des éléments du schéma immuable de la stigmatisation et de l’exclusion, le récit écrit à la première personne de Mélissa mène le jeune lectorat à ressentir les émotions dégradées qui rongent l’héroïne. Le roman à lire dès 8 ans conte un parcours d’apprentissage qui part du négatif pour se retourner en positivité, qui part de l’enfermement en soi pour se dépasser grâce aux relations interpersonnelles et sociales autrement fondées. La force de Ma Vie en rousse est de déployer son intrigue non pas sur l’énoncé d’un jugement moral contre les discriminations, mais sur le double mouvement de la reconnaissance de soi par les autres pour vraiment se connaître soi-même. Mélissa n’est pas la super héroïne qui vaincrait seule la montagne des obstacles qui se dressent devant elle, par la seule force vitale de sa raison et de sa volonté ; non, Mélissa va assimiler ses caractères de rousseur pour se situer à l’intérieur du monde, grâce à la relation nouée avec d’autres. Chaque personne s’instruit des autres et jamais de soi seul, de la réciprocité nait la socialisation, comme l’a démontré Jean Piaget (1896-1980) en des travaux magistraux curieusement marginalisés aujourd’hui.

La valeur d’un tel ouvrage pour la lecture individuelle ou collective, prend d’autant plus d’importance dans une époque où le code relationnel façonné par l’individualisme exacerbe les comportements de harcèlement. Chez les adolescents, par exemple, « il ne fait pas bon (…) être gentil et serviable, il convient pour être populaire de se montrer persiffleur, ostensiblement critique, de faire de l’humour aux dépens des autres » (3)

Philippe Geneste

(1) Roux-Guyomard, Élodie, Colin, Marie-Savine, Être(s) roux. Regards croisés sur une singularité, préface Bertrand Dical, Rennes, éditions Goater, 2018, 175 p. – (2) Ibid. p.9. – (3) citation extraite d’une étude qui n’a pas perdu de son actualité : Catherine, Nicole, « Harcèlements en milieu scolaire », Enfances & Psy, vol. 45 n°4, 2009, pp.82-90. Voir aussi le blog https://lisezjeunessepg.blogspot.com/ du 7 janvier 2018.


03/09/2023

Pour les petits et tout petits tourne-pages


Parce que le livre c’est bien pratique, avec lui, on joue, on apprend, on rêve, on grandit. Il fait naître désir et curiosité. Le livre, on le rencontre, il nous montre aussi le monde, un peu différemment que nos yeux le perçoivent. Ouvrir le livre est entrer dans la maison du monde, par la couleur et par les mots, par les dessins et les histoires, par la matière du doux et du râpeux et par le mystère et l’émotion. Ainsi que les parfums des fleurs sauvages frémissent sous les battements d’ailes de l’oiseau en envol, laissons nos mains jouer dans l’inconnu des pages, en découvrir les merveilles, feuilleter, feuilleter, s’échapper plus loin, et revenir. Tournons, tournons les pages encore et encore, et dès le tout jeune âge pour s’ouvrir à l’espace d’autres, pour élargir le nôtre. Tournons, petits, tournons tout petits, tournons les pages.

Annie Mas & Philippe Geneste

BABONI Elena, Quand la pluie s’arrête, mØtus, 2022, 24 p. 9€50

Un livre au prix bien raisonnable, ce qui est à noter, fait de peintures simples, tendres, aux couleurs vives, jouant avec les motifs et leur duplication, immédiatement sensibles au regard enfantin. L’album cartonné se rendra maniable par les tout petits et petits. De la pluie peinte, la narration simple, mène, c’est bien simple, au ciel, et porte du jour à la nuit. L’album sera ainsi lu avec l’enfant avant son endormissement. Tout est simple avec Elena Baboni. Simple et doux, et coloré. C’est un livre poétique par les peintures, tendre par ses tons, apaisant par sa visée, engageant la complicité de l’adulte avec l’enfant pour un simple temps partagé.

 

COSNEAU, Olivia, Curieux comme une fouine, éditions Lagrume, 2023, 18 p. 14€90

Cet album tout en carton, avec ses flaps qui cachent les solutions des expressions laissées en suspension dans la page de gauche, est à la fois un plaisir de lecture avéré pour les petits et aussi une propédeutique aux expressions toutes faites dont use le langage commun. L’enfant découvrira : marcher comme un canard, être fort comme un taureau, être têtu comme une mule, être gai comme un pinson, manger comme un cochon, être fier comme un paon, être myope comme une taupe, être doux comme un agneau. Les illustrations de couleurs vives avec des aplats sont apposées sur des dessins tendant au géométrisme mais non sans fantaisies diverses. C’est donc un album didactique, si l’on veut, mais sans didactisme, juste une exploration du discours des expressions figées, mais si elles sont figées pour les adultes, elles ne le sont pas pour l’enfant qui ne les connaît pas. L’adulte, qui l’ accompagnera dans la lecture de Curieux comme une fouine, pourra donc inciter l’enfant à deviner l’animal désigné par l’attribut caché de la proposition. Il y a là une mine d’échanges et de découvertes pour l’enfant, mais aussi pour l’adulte attentif à la pensée et au langage enfantins. Or celui-ci éblouit si peu qu’on l’écoute en accueil.

 

DELGADO Angelina et Aurora, Une Bonne Journée, traduction de Pépito Lopez, illustrations de Daniela MARTAGÓN, Syros, 2023, 40 p. 16€50

Voici un très bel album qui met en scène une mère et sa fille, pauvres, qui fréquentent une décharge à la recherche de choses réutilisables. Le décor est autant le héros que ne le devient au fil de l’album la petite fille. La thématique est celle de l’émerveillement et de l’aventure conjoints. La dessinatrice peintre assume le glissement de l’album vers la fantaisie du merveilleux d’un conte humain et social par temps de crise. Car cet album est ancré profondément dans le temps présent du monde comme il va mal.

Le merveilleux qui advient installe alors l’histoire dans le conte animalier. La petite fille se lie d’amitié tendre avec un chien errant après s’être perdue et avoir passé la nuit dans un sombre refuge au pied d’un immeuble gris et lugubre.

Le travail des écrivaines et scénaristes jouent sur l’ambiguïté du genre, un album faite bande dessinée ou alors une bande dessinée tirant vers l’album. Les dessins naïfs parfois, réalistes et fauves à la fois, sont couverts de matière colorée donnant épaisseur à la décharge, aux rues, aux personnages. De plus, les dessins privilégient une multiplicité de points de vue qui épousent l’évolution des sentiments de l’enfant tout au long de son errance commencée par une chasse aux merveilles. C’est un très bel album à offrir aux enfants de 5 à 12 ans.

 

SOUDAIS Clémentine, Mon Cahier nature. Les quatre saisons, amaterra, 2023, 56 p. 13€90

Remarquable ouvrage que cette création de Clémentine Soudais. Y est proposée une découverte de la faune et de la flore du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver des pays tempérés. Chaque double page sollicite le jeune lectorat pour achever de dessiner un motif, de trouver l’emplacement ou placer un motif autocollant livré sur les six pages supplémentaires qui accompagnent le volume de bon format. Livre pratique, Mon Cahier nature. Les quatre saisons est aussi un très bon documentaire pour accompagner les saisons et découvrir des plantes et des animaux ainsi que leur vie. Au coloriage et aux autocollants s’ajoutent des quiz qui permettent de réinvestir ce qui a été lu, parcouru et fait. On ne peut recommander ce livre aux enfants de huit à onze ans.

 

Croc crevettes. Jeux P’tits docs, illustrations de Clémence Lallemand, Milan, 10€50

L’éditeur Milan propose un jeu de mémoire et de stratégie autour du calmar, du poisson-volant, du poisson-papillon et de la squille, tous prédateurs des crevettes dans les eaux tropicales… Les pions, les jetons, les tuiles sont à préparer, c’est simple et, grâce à l’accompagnement de l’adulte, investit les enfants avant même de démarrer. La boite contient 25 tuiles, 20 jetons, 4 pions et une règle du jeu. Et les prédateurs eux-mêmes devront se méfier du thon jaune dont ils sont la proie. Le jeu met en scène une chaîne alimentaire naturelle. Le jeu dure à peu près dix minutes ce qui le rend adapté aux enfants de 6 ans.

Philippe Geneste