Brontë Charlotte, Jane Eyre, traduit de l’anglais par Dominique Jean, édition abrégée par Patricia
Arrou-Vignod, notes et carnet de lecture par Philippe Delpeuch, Gallimard,
collection folio junior, 2016, 409 p. 5€50
Charlotte
Brontë (1816-1855) publie Jane Eyre en 1847.
C’est un roman à forte influence autobiographique, profondément mélodramatique,
celui d’une personnalité torturée par des élans de passion et le désir de ne
point blesser la vie d’autrui. Les sensations œuvrent à un rapport maladif au
monde, et l’univers de la folie s’y trouve enfermé, un peu comme l’est l’épouse
de Rochester dans sa propre demeure. Le roman de cette orpheline, domestique
qui devient femme indépendante et riche trouve dans son héroïne un relief pour
échapper à une texture vieillie et réussir ainsi à saisir l’intérêt de jeunes
lectrices et lecteurs.
Beecher-Stowe Harriet, La
Case de l’oncle Tom, traduit de l’anglais (Etats-Unis) sans signature, Notes et carnets de
lecture par Jean-Noël Leblanc, Gallimard jeunesse, collection folio junior, 2017, 491 p. 5€90
Cette édition
avec son appareil de notes est une belle entrée dans l’œuvre de Harriet
Elizabeth Beecher-Stowe (1811-1896), romancière américaine de formation
puritaine qui commença à publier La Case de l’oncle Tom
ou la vie des humbles en feuilleton dans le journal The National Era en 1851. Le
déclencheur en fut la loi sur l’obligation de dénoncer les esclaves fugitifs
promulguée en 1850. Le fond religieux traverse l’œuvre, preuves en sont la
bonne maîtresse au nom d’Evangéline Saint-Clare, la motivation religieuse qui
pousse l’oncle Tom à refuser de maltraiter ses frères de couleur comme le lui
demande le cruel Simon Legree…
Mais le
roman joua un rôle de dénonciation et les historiens des Etats-Unis ne manquent
pas de l’attacher à l’épisode de la Guerre Civile qui débute en 1861avec la sécession
des états du Sud. Alternant de longs passages héroïques avec des plages
d’écriture quasi documentaire, le roman tient sa force de l’indignation morale
et chrétienne qui l’anime. Ce n’est pas un hasard s’il fut salué par le
président Lincoln car le conservatisme moral y règne en maître. Il n’empêche
que sa critique de l’esclavage a permis d’ouvrir la sensibilité de maintes
générations à la lutte pour son abolition. Le livre fut traduit en France dès
1853.
Balzac Honoré, Le Père Goriot, texte abrégé par Patricia Arrou-Vignod, notes et carnet de lecture par
Philippe Delpeuch, Gallimard, collection folio
junior, 2016, 219 p. 6€
Force est de
reconnaître que faire lire Balzac (1799-1850) aux élèves aujourd’hui n’est pas
facile. Les jeunes lecteurs sont rebutés par les longues descriptions et,
surtout, manquent de références historiques comme littéraires pour trouver la
saveur des textes du romancier.
Le Père Goriot, paru en
1835, est une œuvre importante pour Balzac car elle signe le début d’un succès
croissant jusqu’à sa mort en 1850 et c’est par elle qu’il initie un classement
des romans qu’il écrit selon un plan de grande envergure qui sera celui de ce
qu’il nommera La Comédie Humaine.
Tableau réaliste de la société française du dix-neuvième siècle commençant,
roman d’apprentissage à travers la figure d’Eugène de Rastignac, Le Père Goriot est un chef
d’œuvre du roman réaliste. La version abrégée du livre permet au jeune lectorat
d’entrer dans l’œuvre avec facilité, d’autant plus qu’un répertoire des
personnages est placé à l’entrée de l’édition. Le travail éditorial sérieux
peut être interrogé, mais en tout cas, il permet de faire vivre un roman auprès
des jeunes générations qui, sinon, ne l’ouvriraient pas.
Milne, A.A., Winnie l’ourson, la maison d’un ours
comme ça, traduit de l’anglais par
Jacques Papy, illustrations de Ernest H. Sheppard, Gallimard, collection
Bibliothèque, 2016, 203 p. 12€90
Né à
Londres, le journaliste satirique Alexander Alan Milne (1882-1956) deviendra un
écrivain prolixe, notamment de romans policiers et de poésies. La postérité a
retenu, aussi, de ses œuvres, ses romans pour les enfants centrés sur la figure
de l’ours qui donne son titre à ses deux livres majeurs : Winnie l’ourson (1926) puis
La Maison de Winnie (1928). Il
s’agit de romans adressés à son fils, Christopher Robin, qui est aussi un
personnage des livres : il a 10 ans pour le premier et 12 ans pour Winnie l’ourson,
la maison d’un ours comme ça. C’est un premier
dispositif ingénieux qui va permettre à l’auteur d’inverser la relation
parent-enfant, installant ainsi un humour doux auprès du lectorat. Le héros est
certes Winnie, figure même de l’enfance, mais, « comme le fait remarquer Milne, les enfants allient l’innocence et la
grâce à “un égoïsme brutal” » (1).
L’univers de
Milne est une évocation de l’enfance, d’une enfance rêvée, faite d’une
nostalgie du passé, des jouets anciens, des paysages perdus, un monde
d’harmonie dans lequel vivent des animaux sans haine ni cruauté. Cet univers
c’est aussi un hymne à vivre à côté des normes et de l’éducation : le
monde de l’enfant qui refuse de grandir. L’enfant se construit un mode où il
laisse libre cours à ses désirs exerçant ainsi une maîtrise sur eux. Le dessin
au trait d’E.H. Shepard amplifie cette dimension. L’ouvrage reprend la
traduction de Jacques Papy pour les Presses de la Cité en 1946.
Philippe
Geneste
(1) Alison Lurie, Ne le dites pas aux grands.
Essai sur la littérature enfantine, traduit de l’anglais par Monique Chassagnol, Rivages1990, 251 p. –
p.175