Shireen Nadia, Le
Manchot empereur, Milan, 2016, 10 p. 5€90 ; Shireen Nadia, Le Phoque, Milan, 2016,
10 p. 5€90 ; Shireen
Nadia, Le Renard polaire, Milan, 2016, 10 p. 5€90 ; Shireen Nadia, L’Ours polaire, Milan,
2016, 10 p. 5€90 ;
Ces quatre ouvrages ouvrent une
nouvelle collection chez Milan, « Animaux
en forme ». La couverture épouse la forme stylisée de l’animal traité
par l’album documentaire destiné aux tout petits. Le livre découpé est fait
d’un carton doux au toucher. Une caractéristique des mœurs de l’animal fait
l’objet de chaque double page et ce n’est qu’à la fin que le livre dévoile le
nom désignant l’animal figuré. La nouveauté est surtout, ici, de faire par le
format découpé un livre objet pour entrer dans la lecture.
Baylet Ella, Une
Journée dans la savane, Gallimard jeunesse, 2016, 32 p. 13€50
Voici un album animalier
documentaire qui met en récit la journée d’un lionceau. Dans un monde qui se
veut apaisant pour l’enfant, la figure du lionceau qui tète sa mère permet
d’évoquer un animal prédateur sans montrer la violence de la chasse et de la
recherche des proies par la troupe des lions à laquelle il appartient. C’est un
subterfuge intelligent, mais qui amoindrit la portée documentaire de l’album.
Reste alors la fiction, avec ses belles pages illustrées, pleines de douceur,
où on croise le gnou bleu, le galao à bec rouge, l’outarde kori, le zèbre, la
spatule africaine, le phacochère, le Bucorve du sud, la girafe, l’ibis,
l’oréotrague, l’écureuil de barbarie, le vervet, l’agama, le flamant nain, la
pintade de Numidie, l’autruche, le buffle d’Afrique, la gazelle de Thomson, le
lycaon, le babouin, le jabiru, le patas, la grue royale, le messager
sagittaire, le marabout d’Afrique, le rollier à longs brins, le rhinocéros
noir, le renard à oreilles de chauve-souris, le chacal à chabraque, le pangolin
de Temminck, le caracal, le vautour charognard, la mangouste à queue blanche,
la hyène rayée, la hyène tachetée, de grand-duc de Verreaux, la civette
africaine, la roussette paillée, le calago du Sénégal, le cuib harnaché, le
serval, le canard à bec jaune, le porc-épic à crête, l’oryctérope, le léopard,
le lièvre de la savane, le pedete, le protèle. Evidemment, seule une
exploration avec l’enfant peut l’amener à s’ouvrir à la variété des espèces. Le
livre se fait alors livre d’observation, livre des désignations. La lecture
accompagnée s’impose pour un tel album documentaire. Destiné aux enfants de 3/6
ans.
Baylet Ella, Une
Journée en Antarctique, Gallimard jeunesse, 2016, 32 p. 13€50
Ce documentaire animalier à la
forme du récit de vie d’un petit manchot Adélie femelle, vise à faire découvrir
les animaux de la banquise en Antarctique : manchot empereur, goéland
dominicain, chionis blanc, labbe de Mc Cormick, albatros à sourcil noir, pétrel
géant, gorfou, manchot papou, albatros hurleur, pétrel antarctique, fulmar
argenté, prion de la désolation, sterne couronnée, cormoran impérial, pétrel
des neiges, manchot royal, damier du cap, manchot à jugulaire, ross scal,
calmar verruqueux, marsouin à lunettes, baleine à bosse, phoque de Wendell, léopard
des mers, éléphant de mer du sud, légine arctique, dauphin sablier, clamar des
glaces, bérardie d’Arnaoux, dauphin sablier, baleine e Minke, calandre
antarctique, phoque crabier, orque, krill antarctique, otarie à fourrure. Comme
pour le précédent, la lecture se doit d’être accompagnée par l’adulte afin que
l’album révèle toute sa richesse à l’enfant qui, ensuite, trouvera un plaisir
renouvelé à chercher tous ces animaux.
Minne Nathalie, Le Petit Voleur de mots et autres histoires, Casterman, collection les
albums, coffret de trois albums souples, 2015, 13€95 de
4 à 8 ans
Les trois ouvrages qui composent ce coffret sont
magnifiques. Ils nous parlent avec poésie, -une poésie graphique, plastique et
picturale autant que littéraire-, de thèmes structurant la vie humaine :
le temps, le langage, l’amitié.
L’intelligence de Nathalie Minne est de procéder, pour
chaque fiction, par unité de temps, unité de lieu et unité d’action. On suit un
personnage, aussi peu personnage que peut l’être une création plastique à forme
humaine, mais si attachant !
La délicatesse de l’écriture, aux accents philosophiques,
permet de tisser le récit en contrepoint d’un travail graphique hors pair. Certes
les œuvres y perdent un peu en regard du format initial (17cm x 23 cm contre 28 x 36cm dans la
première édition), mais elles y gagnent par la présence des trois ouvrages, les
mettant ainsi en une perspective de cohérence narrative. Les paysages sont
réalisés en empruntant aux effets d’un dessin géométrique, du collage, avec des
couleurs rarement vives, et des surfaces grattées, griffées, offertes aux
graffitis.
Nathalie Minne ne procède pas par contraste de couleurs,
mais par contraste d’atmosphères, ce qui rend son œuvre graphique figurative,
alors qu’elle ne l’est pas vraiment. Sur les grands tableaux qui forment les
doubles pages, se sur-impriment parfois, toute une nébuleuse de dessins
constellatoires minutieusement réalisés par pointillés blancs, sur fond noir ou
sombre. Des motifs divers captivent l’œil, le menant de-ci de-là dans l’espace
des pages offertes à la lecture. Les personnages sont géométriques, stylisés,
naïfs. Ils évoluent dans un décor foisonnant.
Pourtant, par l’effet des couleurs et de la structure des
dessins, de leurs compositions, les tableaux installent le calme voire un effet
de vide spatial. C’est que Nathalie Minne travaille sur la suggestion plutôt
que sur l’illustration. Par exemple, dans Le Petit voleur de temps, le
dimanche, les deux enfants ne se verront pas, alors, les feuilles des arbres
qui tombent prennent la forme de larmes, suggestion de la tristesse qui envahit
le cœur de deux petits, et présente dans une partie seulement de la double
page.
Makoso Jean-Pierre, Zoé, traductions Muän Mâ M’kayi,
illustrations Shavon Hsiao-Fen Nawrocki,
L’Harmattan, collection contes des 4
vents, 2015, 32 p. 9€50
Ce conte
trilingue, français, vili, anglais, se présente sous la forme d’un chant
accompagnant la danse de la guérison à laquelle s’adonnent les personnes âgées
et sages, les ancêtres, et les guérisseurs et guérisseuses. La petite Zoé, cinq
ans, va ainsi suivre les adultes dans la
forêt et va les surprendre s’adonnant à ce rite du Congo-Brazzaville. Ecrit
avec rythme, le conte est illustré avec une grande sensibilité par Shavon
Hsiao-Fen Nawrocki. Les peintures laissent transparaître un travail de matière
sur les couleurs profondes. Ce qui apparaît comme des gouaches illumine
certaines pages pendant que des onomatopées colorées répètent le sens du texte
dans l’image ou la mise en page. Alliant gros plans et plans moyens avec
quelques rares plans généraux, l’album permet aux jeunes lecteurs et lectrices
d’épouser le point de vue de Zoé, cachée dans les feuillages. Alors que tous
les personnages sont en mouvement, l’héroïne reste immobile, accueillant la
mémoire d’un rite qui fomente son désir de grandir. Conte intergénérationnel, Zoé
met la vieillesse au centre de la préoccupation enfantine, une vieillesse vue,
non pas sous l’angle de la maladie, mais sous celle de la vie retrouvée, de la
transmission des savoir-vivre des peuples bantou, langue parlée en Afrique
centrale, au Congo-Brazzaville, au Congo-Kinshasa, au Gabon et en Angola. Cet
album trilingue est une des plus belles réussites de cette collection, unique
en son genre, de chez L’Harmattan.
Charton Ariane
(textes choisis et présentés par), Le Goût de la Toscane, Paris,
Mercure de France, 2016, 114 p. 7,80€
Florence, Porte Vichio, Tour de
Pise, Piazza del Campo, un paysage nourri de représentations de la Renaissance, plaines
et vallées, l’Ecole siennoise du XIIIème au XVème siècle,
un espace de dialogue entre les couleurs. La Toscane, c’est aussi
Malaparte, Dante, on y entend les voix de Dumas, Barrès, Larbaud, Bourget,
Gracq, Butor, Duras, surtout, … Le livre
est découpé ainsi : les paysages, la ville toscane (une anthologie où se
croisent le président Charles de Brosse, Montaigne, d’Annunzio, Michelet,
Stendhal, Berlioz, Gautier…), l’être toscan où l’art, la langue, et les
caractères sont convoqués, entre « décor
étrange de silence, d’eau et de pierres » et le « bondissement de vie » (Camus).
Macleod Robert,
Le
Monde des Vikings, Gallimard jeunesse, 2016, 80 p ; 19€95
Voici un somptueux ouvrage de
grand format (270 x 304). L’auteur s’implique dans le documentaire en partant
de sa lignée familiale. Le récit et les présentations incluent, nous dit l’auteur,
des extraits du journal du grand-père, passionné par l’histoire des vikings.
Tout commence avec une chronologie et une carte de la terre des vikings,
auxquelles on se réfère régulièrement au cours de la lecture. Ensuite vient un
foisonnant documentaire qui nous renseigne sur l’histoire de ce peuple
multiple, et sur les sources qui nous permettent de l’approcher avec
instruction. Bien sûr, ce sont leurs explorations hors de leurs terres qui
cumulent un grand nombre de pages. On entre alors dans le mode de vie, au cœur
des mœurs, le tout entrecoupé de portraits de personnages clés. Macleod fait
aussi une part importante aux mythes, légendes et traditions qui aident le
lectorat à sortir des représentations convenues et figées –les raids sur les
côtes britanniques et celles de la France carolingienne– pour s’interroger sur
l’histoire même de l’Occident. Un livre instructif bénéficiant d’un travail
éditorial qui le valorise.
Philippe
Geneste