La nuit n’est-elle pas le moment privilégié
d’expérience de la lecture ? Pour les enfants tout petit, n’est-il pas
lié à l’heure des parents, ou bien à l’heure du retour sur soi après une longue
journée. C’est un moment de confort de mœurs autant que d’aventure par la
fiction. Juste avant l’endormissement, la lecture n’influence-t-elle pas la
part de soi que révèlent les rêves ? La nuit ne prend-elle pas alors une
place particulière dans les années de formation des lecteurs et
lectrices ? N’est-elle pas dès lors associée à la construction de
soi ? La nuit construirait donc notre rapport au monde à travers cette
durée de transition qu’est le moment précédant l’endormissement, et y
préparant. Certains diront, peut-être, que la lecture sert tout autant à
l’enfant à vaincre sa crainte du noir, à en dompter l’espace.
Poillevé
Sylvie, Lili dans son grand lit, illustrations de Charlotte Gastaut,
Père Castor, 2011, 32 p. 5€20
D’abord, la stéréotypie :
c’est un livre pour petite fille (à partir de trois ans), et tout est rose…. Si
on n’est pas désespéré par tant de conformisme, alors on se lance dans le livre
avec l’enfant. C’est des préparatifs de l’endormissement par l’enfant lui-même
qu’il est question.
Le texte est en vers, comme
pourrait l’être une comptine mais on est loin de la comptine : le texte
est hâtivement rimé et peu rythmé. Mais il y a les illustrations où va, peu à
peu, se perdre l’enfant comme dans un grand lit à la couette marron.
Chedru
Delphine, Quand tu dors…, Gallimard jeunesse, coll. Album, 2010, 32 p. 12€90
Illustrations en grands aplats
noir, bleu sombre, jaune vif, des aplats pareils à l’étiage d’accalmie d’un
espace onirique où le petit être dialogue avec l’univers. Pendant ce temps, la
ville vit par ses travailleurs de la nuit : gardien de musée, chauffeur de
métro, éboueur, pilote d’avion, marchand forain. Le voleur et le gendarme
croisent la chauve-souris, le chat et la souris. Le livre se finit à l’aube, un
bébé est né, l’enfant des premières illustrations s’éveille. A proposer aux enfants
de 18 mois à 3ans
Shibuya
Junko, A Quoi ça rime ? La nuit d’un nain malin, Autrement, 2012,
48 p. 14€50
Voici un ouvrage remarquable, un
peu cher tout de même et c’est dommage. Les pages se cachent derrière une
fenêtre et la réponse à la question qui sert de titre fait rimer le mot à
découvrir avec celui qui est déjà à découvert. L’ensemble, assez conséquent
puisqu’il y a quelques 48 pages, est ainsi une propédeutique à la poésie.
Annoncé pour les enfants à partir de 4 ans, le livre tient bien ce qui est
annoncé. L’univers mat est coloré, le papier agréable au toucher est un clin
d’œil à une édition soignée. Les dessins sont à la fois simples et abstraits.
Quand au fil conducteur, c’est le petit nain malin qui l’assure par sa présence
de découvreur de mots à la rime.
5
Hureau Simon, Ronde de nuit, Didier jeunesse,
2013, 40 p. 13€10
Le livre
commence quand la journée finit. C’est la nuit.
Le texte suggère au lecteur un
moyen de rechercher l’ombre qui, à chaque nouvelle page, représente l’événement
énoncé par le texte. L’ouvrage égrène les heures et les activités nocturnes,
animales ou humaines. Les travailleurEs de la nuit sont bien présents et
présentes, fait à souligner car assez rare en littérature de jeunesse. Le
format à l’italienne livre ainsi un
carnet d’heures jusqu’au petit matin…
Pinto Deborah, Au
lit Anatole, Milan jeunesse, collection Anatole, 2011, 14 p.,
14€95
Avec sa couverture cartonnée avec
matière et puce sonore, coins ronds, cette collection de livre à toucher
propose des ouvrages à lire avec les yeux et les mains. Très près des
préoccupations des tout petits, de nombreuses matières sont présentes pour
explorer par le toucher l’ouvrage. Les petits aiment beaucoup surtout que sous
la matière, parfois, se cache un interrupteur qui fait démarrer une séquence
sonore.
Dolto Catherine,
Faure-Poirée Colline, La Boîte à
dodo, Gallimard /Giboulée, 4 livres de 12 p. dans une boîte, 2012, 17€
La boîte rassemble Quand
la nuit tombe,
Préparer
la nuit,
Les
aventures de la nuit :
rêve et cauchemars et enfin Au Dodo les animaux. Les livres
traitent du cauchemar, du sommeil, des rêves et des animaux. Comme d’habitude,
il s’agit de livres à lire avec l’enfant dès quatre ans.
Mon
Imagier de la nuit, illustrations
de Nathalie Choux, Nathan, collection Kididoc,
2012, 12 p. 6€90
Cet imagier animé décrit les
phénomènes de la nuit à l’intention du tout petit : la lune, le ciel, les
étoiles, le nuage, le phare, le rideau, jeu de nomination de faits et choses du
quotidien. Il s’ajoute à cela des éléments connexes également nommés et
associés à la nuit : pyjama, chaussons, lit, chouette, hibou,
chauve-souris, chat où le mot renvoie davantage au discours tenu à l’enfant
qu’à la réalité expérimenté de nuit par l’enfant. On regrettera l’emploi des
articles définis devant chaque nom car s’ils renvoient à l’image, ils ne
devraient pour autant pas figurer dans un imagier. N’est-ce pas la preuve que
même l’imagier, ce dictionnaire destiné au tout petit est empreint du discours
et ne vise pas la nomination à proprement parler, c’est-à-dire la mise en
catégorie grammaticale du nom de la réalité prise dans l’espace ?
Cette critique faite, le livre
est agréable, très bien édité, solide et maniable.
Guidoux
Valérie, Le Livre de la nuit, illustrations d’Hélène Rajcak, Casterman, 2014, 48 p. 16€75
C’est tout l’univers de la nuit,
abordé d’un pont de vue sociologique, anthropologique comme naturaliste. On y
suit la nuit qui tombe et l’aube suivie de l’aurore qui en referme la
parenthèse. Les illustrations d’Hélène Rajcak ne sont pas sans rappeler l’œuvre
peinte de Jacqueline Duhême, apportant fraîcheur et fantasmagorie accueillantes
pour l’enfant. Le texte est très fouillé, documentaire, certes, mais aussi
lyrique parfois ou narratif à d’autres moments. L’album est une mine de
connaissances qui sollicitent l’attention du jeune lectorat à partir de 8 ans.
En effet, il ne s’agit pas d’un documentaire traditionnel où le classement des
informations importe par-dessus tout. Ici, c’est la lecture qui fait la
richesse du livre servi avec sensibilité par l’illustratrice peintre. Des
informations astronomiques, géographiques, linguistiques, historiques, d’étude
des mœurs, humaines ou animales, astrologiques, scientifiques, oniriques et
symboliques, des rythmes de travail, physiques voire chimiques, s’accumulent au
fil des pages. Un livre d’une très grande richesse pour enfants lecteurs.
Cannat Guillaume, Le Ciel à l’œil nu. Mois par mois les plus
beaux spectacles en 2015, Nathan, 2014, 144 p. 18€50
Ce
livre de vulgarisation scientifique, réalisé chaque année par le journaliste
Guillaume Cannat, propose aux lecteurs
de se repérer dans le ciel, de janvier à décembre 2015. Plus de 70 rendez-vous
crépusculaires ou nocturnes entre les planètes sont présentés avec un schéma
détaillé, des conseils pour les observer. De nombreuses cartes, quelques cent
schémas photographiques, des dessins, on ne peut nier l’intérêt d’un tel
ouvrage à manier avec les enfants et à mettre dans les mains des adolescents.
Surtout que des gros plans encyclopédiques permettent de découvrir ou
redécouvrir les bases de l’observation des astres, le tout renforcé par de
nouveaux encadrés mythologiques et pratiques.
Ph. G.
Pour les pré-adolescents
Emerson Kevin,
Oliver Nocturne. 1 L’ombre du vampire, Milan, collection Poche junior fantatique, 2010,
248 p. 6€50
Mélange
de merveilleux vampirique et d’intrigue policière. C’est un récit qui se lit
vite et sans difficulté.
Barraqué
Gilles, L’Appel de la nuit, illustrations de Cécile Gambini, Gallimard
jeunesse, collection Hors Piste, 2010,
90 p. 6€50
Une belle histoire animalière où
le peuple de la nuit appelle à l’aide un enfant pour les délivrer du tyran qui
a volé la lune.
Commission Lisez Jeunesse