Anachroniques

29/07/2012

L’esclavage, racine de l’exploitation

Davy Pierre, De l’autre côté du soleil, Nathan, collection histoire, 2011, 222 p. 5€50
Voici un bon roman historique. On est en Afrique, au dix-huitième siècle, vers 1750. Un jeune berger peuhl laisse boire son troupeau de chèvres à la source d’Aïn Kala, ce qui est interdit car elle appartient au peuple ennemi des Toucouleurs. Ensuite il rencontre Vanidia, une jeune fille vendue par les colons à une tribu des Toucouleurs. C’est donc une esclave. Pour lui rendre sa liberté, Traoré décide de fuir avec elle. Mais, le lendemain, jour prévu de la fuite, Vanidia n’est pas là. Traoré se lance à sa recherche.
Sa quête amène le lecteur à suivre les pérégrinations humiliantes des noirs vendus par leurs propres peuples aux colons pour devenir des esclaves dans des contrées lointaines par delà l’océan. C’est d’abord le long périple à travers la savane jusqu’au bateau négrier. Puis c’est la traversée de l’océan, dans un navire faisant le commerce du bois d’ébène. Enfin, c’est la vie en Guadeloupe, le travail harassant dans les plantations de cannes à sucre, les tortures, les sanctions, les conditions inhumaines de vie, l’imposition de la religion chrétienne, la séparation des esclaves d’une même famille ou proches.
Le dispositif narratif est très intéressant : un récit à la troisième personne narre les aventures de Traoré et de sa recherche de Vanidia. Un carnet de De Kerven, chirurgien à bord d’un bateau négrier, donne le point de vue des blancs et des colonisateurs et esclavagistes. L’alternance mêle les deux points de vue jusqu’au drame final.
Le roman explicite l’impossible conciliation des deux points de vue et c’est suffisamment rare pour être souligné. Davy ne tombe pas dans le grotesque humanitariste qui accable la littérature de jeunesse sur ce genre de thème. L’auteur s’efforce, au contraire, de montrer comment les deux populations –la blanche et la noire, celle qui parle une langue d’Europe et celle qui parle le créole– sont séparées par les actes et les événements qui les ont liées. Ce n’est pas le fait d’être ensemble qui doit guider les rapports sociaux comme veut imposer de le croire le citoyennisme et l’idéologie des droits de l’homme, mais ce sont les modalités des mises en relation qui déterminent les rapports sociaux. Les thèmes de la liberté, de la libération, celui de la dignité humaine y puisent leur sens contre l’assujettissement dont le citoyennisme n’est qu’un des nombreux vecteurs pour notre société contemporaine.
Le roman de Davy, très bien documenté, au dispositif narratif heureux et qui n’use de la première personne que pour le représentant des européens, colonisateurs français, permet d’ouvrir le jeune lectorat à la compréhension historique de l’esclavage comme forme particulière de l’exploitation.
Commission Lisez Jeunesse & Philippe Geneste

22/07/2012

Des animaux

Mon Premier livre des Bébés animaux, Rouge & Or, 2012, 96 p. 6€90
Le chiot, le hamster, le cochon d’Inde, le chaton, le lapereau, les oisillons, le porcelet, le poulain, le caneton, le veau, le chevreau, l’agneau, le marcassin, le faon, l’ourson, la chouette, le renardeau, le raton laveur, l’écureuil, le koala, le gorille, le tigre, le panda, l’éléphanteau, le lionceau, l’hippopotame, la panthère, la girafe, le rhinocéros, le zèbre, l’antilope, le kangourou, le guépard, l’hippocampe, la loutre, la tortue, le lionceau des mers, le dauphin, la panthère des neiges, le manchot, l’ourson polaire, le phoque, le singe des neiges, le louveteau arctique, voici dans l’ordre les animaux photographiés et présentés par un court texte sur al page en vis-à-vis. A chaque animal est associée une onomatopée et on ne comprend pas pourquoi. En effet, parfois c’est le cri de l’animal qui est rappelé, parfois c’est un bruit fait par cet animal, parfois c’est le bruit de son pas, parfois c’est une onomatopée très interprétative des auteurs. Ceci dit, les enfants, dès 3 ans aiment ce genre d’ouvrage généreux avec les gros plans des animaux.

Le Renard, illustrations de Sylvaine Peyrols, Gallimard jeunesse, Mes premières découvertes, 2010, 24 p. 8€
C’est la collection aux pages transparentes qui doublent la richesse de lecture. On y côtoie des connaissances zoologiques, un peu d’éthologie, on se hasarde dans la forêt, la nuit. Un peu de classification animale, et le livre se referme, avec une grande cueillette de connaissances et des images plein la tête du compère des histoires anciennes.

Les Animaux disparus, illustré par Ute Fuhr et Raoul Sautaï, Gallimard jeunesse, Mes premières découvertes, 2010, 24 p. 8€
On s’enfonce dans le cours des âges pour une petite leçon d’évolutionnisme en quête de nombreux animaux disparus. On se fixe un instant sur le premier oiseau, l’archéoptéryx, on y apprend que les oiseaux actuels sont les derniers descendants des dinosaures. On croise le mammouth et l’auroch, le castor géant de la taille d’un ours brun, le moa d’Australie, le dodo de l’île Maurice. Le livre est entrecoupé d’images sombres que le jeune lecteur va découvrir avec une lanterne magique. Bref, c’est un régal de lecture, une somme de connaissances donnée de manière gourmande.

Krings Anton, Ecoutez chanter les drôles de petits oiseaux, Gallimard jeunesse, Giboulées, 2011, nichoir + livre sonore de 16 p. + 6 cartes, 15€70
Le livre sonore fait entendre le cri de chacun des six oiseaux du jardin (la mésange qui zinzinule, le merle siffle … Un mobile est à fabriquer avec les cartes à l’effigie des oiseaux pré-imprimés recto-verso, percées d’un petit trou, enfin un nichoir en carton que l’on peut accrocher au mur de la chambre.

Baussier Sylvie, Animagic. Le Livre animé des animaux magiciens, illustré par Laurence Bar, Milan, 2011, 32 p. cartonnées avec animation, 21€90
La chenille qui se transforme en papillon, le lézard basilic qui court sur l’eau, la crèche du crocodile du Nil dans la gueule de la mère ou du père, la plie qui disparaît de la vue sur le sable, l’étrange méduse, l’hétérodon, ce serpent qui joue les morts vivants, les larves jusqu’à la mort (l’axolotl) et ces animaux dont les membres repoussent voire qui s’en débarrassent pour fuir leurs prédateurs, les animaux électriques, les phénomènes de bioluminescence, qui équipes des espèces à 4000 mètres de profondeur, les empuanteurs, le gerris, randonneur des surfaces aquatiques, ces animaux qui se cachent dans des boîtes (bernard-l’ermite, phrygane, tatou, les top modèle de la beauté (paons, paradisier, … Bref, ce livre est un régal absolu, une mine d’informations et d’explications, une invitation à la recherche, à l’approfondissement des sujets traités, un stimulateur de curiosité. Un très beau livre cadeau, un très bon libre documentaire.

Rol Arnaud, Animalia. Voyage au pays animé des animaux, illustré par Hélène Rajcak, Milan, collection Petite enfance, 2012, 18 p. + 6 pop-up et flaps  21€90
Voici six dioramas richement illustrés dans des pages qui s’animent. La couverture cartonnée, le titre en relief, la tonalité naturaliste des illustrations très dix-neuviémistes, emmènent le lectorat au cœur de milieux naturels sauvages. Le livre en format italien s’ouvre sur la forêt tempérée, puis se succèdent : la montagne, la forêt amazonienne, la savane, la banquise, le récif corallien. Un texte introduit le diorama, présentant milieu et animaux. Une carte permet de se repérer géographiquement. Dans le décor, l’enfant découvrira en soulevant des volets des animaux et des lieux dissimulés. La connaissance étant le fruit de la curiosité, ce livre atteint son but documentaire de connaissances explicatives ou d’informations. Un très beau livre qui souligne combien la littérature de jeunesse sait, aussi, souvent, combler les bibliophiles.

Starosta Paul, L’Abeille, illustrations de Maximiliano Luchini, éditions Milan, collection Docàpattes, 2012, 32 p. 11€50 ; Vanier Diane et Nicolas, Les Loups, éditions Milan, collection Docàpattes, photos additionnelles de l’agence Biosphoto, illustrations de Bruno Liance, 2012, 32 p. 11€50
Les auteurs sont aussi les auteurs des photos qui illustrent chaque ouvrage. Ce dernier est composé par doubles pages. Pour le loup : l’origine, la tribu familiale, le territoire, le langage, la reproduction, l’anatomie, La chasse, la loi de la tribu des loups, les croisements dans la domestication, les sous-espèces et les faux cousins. Pour l’abeille : l’habitat, la reproduction, la colonie, l’anatomie, l’organisation et les lois intangibles de la colonie, les prédateurs, les sous-espèces et fausses cousines et faux cousins, l’apiculture.
On le voit, chaque ouvrage relève de la démarche naturaliste et ne suit pas le même plan. C’est un gage de richesse pour cette collection nouvelle de chez Milan. L’éditeur l’adresse aux enfants dès cinq ans : c’est bien jeune. Il serait mieux d’attendre 7 ans afin que l’enfant puisse, par lui-même, fouiller le livre, tirer les languettes, déplier les animations. En tout cas, c’est là deux excellents documentaires pour le jeune lectorat. 
Geneste Philippe

09/07/2012

Du langage et des contes

    Du langage…
Klassen Jon, Je veux mon chapeau, adaptation française de Jacqueline Odin, Milan, 2012, 40 p. 12€20
Cet album canadien, pour les 4/7 ans, conte une histoire animalière, celle d’un ours qui a perdu son chapeau. Les illustrations sombres se succèdent au cours des doubles pages qui marquent une péripétie autant qu’une rencontre. Le texte est laconique, les dialogues rendus par une différence de couleurs dans les répliques. La structure épouse une mise en abyme puisque si l’ours retrouve son chapeau, en revanche, l’écureuil qui recherche le lapin au chapeau pointu arrive et demande à l’ours : « tu n’aurais pas vu un lapin coiffé d’un chapeau ? » Ce à quoi l’ours répond par la négative… Et voilà l’écureuil lancé dans une quête qu’on devine. Le vol, le mensonge, sont au cœur de cet album que couleurs et texte teintent de mélancolie. Celle-ci s’installe au fil de l’histoire et la disparition du lapin, probablement écrasé sous les fesses de l’ours, rappelle que le monde n’est pas une sinécure. On serait tenté d’y voir un conte moraliste qui aurait pour viser de mettre en garde les enfants contre les valeurs de la propriété et à se méfier du langage qui maquille en vérité d’évidence ce qui n’est que fausseté par intérêt individuel. 

Scott Linda, Mon Letters book, Nathan, 2012, 144 p. 15€50
Evidemment, on regrette le titre anglais maintenu sans raison par les éditeurs ! Mais il serait dommage de passer à côté de l’œuvre de Linda Scott qui propose aux enfants à partir de 8 ans, comme à toute personne intéressée, un manuel d’apprentissage d’écritures des lettres plus âgés. A l’heure où la calligraphie a disparu et où les écritures manuscrites s’enfoncent dans une chaotique quête d’elles-mêmes sans support et sans guide, ce livre est une aubaine, en même temps qu’une offrande à chacun et chacune pour s’enrichir d’une écriture propre.

… et des contes

Kochka, Peau d’âne, d’après Charles Perrault, illustré par Charlotte Gastaut, Père Castor, 2012, 32 p. 13€
Aucun lecteur ne pourra croiser cet album sans marquer un temps d’arrêt, le prendre en main, attiré par une couverture luxuriante, et le feuilleter. La beauté des illustrations émerveille : dessins et peintures portent Peau d’Âne dans le merveilleux. Pourtant, l’analyse de l’adaptation achevée, nous aurons des objections majeures à cet album. Tout d’abord, Kochka élimine du conte toute l’inquiétante étrangeté et le fond d’horreur que ses versions issus du riche folklore renferment assez systématiquement. Certes, il est bien dit par la fée que « Une fille ne doit pas épouser son père », mais la situation d’inceste désiré par le père ne sert qu’à couvrir la fuite alors qu’elle est, nous semble-t-il, à l’origine de la noirceur des paysages traversés et des cruautés endurées. Une conséquence est que Kochka élimine et la dimension historique du conte et sa profondeur mythique.
Seule l’illustratrice, rapproche le conte de la source sanscrite où la nuit joue un rôle prépondérant. Gastaut souligne aussi la nature d’aurore de l’héroïne, être de lumière et du soleil qui reconquerra sa place radieuse de princesse.
Mais c’est éliminer l’intertextualité qui fait de Peau d’Âne la victime du temps qui dévore ses propres créatures, du père un ogre, soit un homme sauvage qui mangeait les petits enfants. Cette intertextualité-ci, le motif de l’âne et de la pantoufle en moins, rapprochent Peau d’Âne de Cendrillon et leur héroïne d’une héroïne du temps des carnavals, une reine de Carnaval, « personnification de la nouvelle année » (Pierre Saintyves, Les Contes de Perrault (…), Paris, Robert Laffont, 1987, 1192 p. – p.175). Saintyves conclut : « Tous les épisodes de notre conte s’expliquent donc parfaitement dans l’hypothèse d’un mariage rituel de la jeune année, d’abord déguisée en vieille et traitée comme telle, avec le soleil nouveau ou la jeune saison. L’anneau lui-même n’unissait pas seulement deux jouvenceaux, mais la terre et le ciel, liant la fortune de notre globe à celle du soleil dont l’image pouvait même être gravée sur le chaton » (ibid. p.184).
Bien sûr, il ne s’agit pas de demander à un album de retracer l’historique interprétatif d’un conte. En revanche, on en peut que regretter que Kochka ait choisi la modalité de la troncation en lieu et place d’une adaptation car, au final, c’est une bonne part de la richesse du texte qui est perdue. L’illustration, pour exceptionnelle soit-elle, n’en demeure pas moins tributaire de la troncation opérée par le texte et se voit contrainte de ne présenter qu’un versant, le lumineux d’une histoire bien plus complexe. 

Muzi Jean, Contes d’Afrique, illustrations de Sébastien Pelon, Père-Castor / Flammarion, 2011, 62 p. 13€
Sénégal, Kenya, Congo, Nigéria, Burkina, Centrafrique, Soudan, Tanzanie, Cameroun, Ouganda, Bénin, Mali, Tchad, Niger, Guinée, sont présents dans ce florilège, remarquablement illustrés par Sébastien Pelon, conçu par Jean Muzzi, un français d’origine Marocaine.
Solidarité, rancune, origine merveilleuse des animaux, origine des habitudes de vie, ruse et intelligence, égoïsme, la puissance de l’humour, la mort, le lien paternel, le lien maternel, la méchanceté, la peur, la cruauté et la bêtise, la patience, la modestie traversent ces contes si proches de la fable. Un glossaire des termes africains et des termes difficiles ainsi qu’une carte d’Afrique sont deux aides précieuses. La table des matières rassemble les contes par animal héros : antilope, araignée, buffle, calao, chacal, chien, crocodile, éléphant, girafe, guépard, hyène, léopard, lézard, lièvre, lion, oryx, python, rhinocéros, singe, tortue.

Contes croisés. Quand l’Afrique et l’Europe se répondent, illustrations de Rémi Courgeon, contes rassemblés par Jeanne de Nantes, carnet de lecture par Evelyne Dalet et Jeanne de Nantes, Gallimard jeunesse, collection folio junior, 2012, 122 p.
Voici un excellent ouvrage qui fait dialoguer des contes du Bénin avec des contes d’Europe (surtout de France car à part Esope, on croise : La Fontaine, Gripari, Perrault). Doit-on y voir un fondement de l’humanité universelle, comme l’ouvrage tend à nous le comprendre ? Doit-on y scruter la morale en acte (jalousie puni, orgueil réprimandé, bienfait récompensé, argent et perversité, ingratitude, éloge du jugement et de la raison socialement entérinée, éloge de la sympathie …) des origines des peuples ? Nul doute que l’ouvrage nous engage dans cette voie. Pour le jeune lectorat, un tel livre permet de faire comprendre le relativisme des cultures et leur enracinement commun dans le rapport aux autres (ce qui est privilégié par la sélection de Jeanne de Nantes) et à l’univers.

Bloch Muriel, Un Conte du Cap Vert. La dernière colère de Sarabuga, illustré par Aurélia Grandin, Gallimard jeunesse, collection Contes du bout du monde, 2012, 32 p.  + 1 CD, 17€
Bloch Muriel, Un Conte du Japon. Ce qui arriva à monsieur et madame Kintaro, illustré par Aurélia Fronty, Gallimard jeunesse, collection Contes du bout du monde, 2012, 32 p.  + 1 CD, 17€
Ces deux contes reposent sur des musiques traditionnelles dont les textes ne sont que les introducteurs. Dans les deux cas, il s’agit d’une belle œuvre. La musique permet de rentrer dans l’univers de l’histoire. Si le conte du cap Vert se rapproche de la légende, celui du Japon est un vrai conte à la trame faussement policière.
Philippe Geneste



01/07/2012

« Non les brav’ gens n’aiment pas que / l’on suive une autre route qu’eux… »

David François, Georges Brassens avec à la lèvre un doux chant, illustrations Anastassia Elias, éditions à dos d’âne, collection Des graines et des guides, 2012, 44 p. 7€50
Voici une biographie du ménestrel libertaire (1921 – 1981), amoureux de la langue et des rythmes, fripon dans l’écrin versifié de grande finesse, tendre et drôle. François David signe là un livre sensible et érudit, mais sans étalage, un livre instruit qui conserve la patte littéraire de l’écrivain audacieux et amoureux de la langue. Le résultat est un délice à mettre entre les mains des enfants dès 10 ans. L’antimilitarisme, l’anticléricalisme du poète ne sont pas édulcorés, pas plus que les épisodes de sa vie auprès du peuple dont il ne se départira pas. Afin de bien introduire le lecteur à l’œuvre, François parsème son ouvrage de citations qui arrivent à point nommé dans le récit de la vie de celui qui chantait dans Les trompettes de la renommée :
« Si le public en veut, je les sors dare-dare ;
S’il n’en veut pas je les remets dans ma guitare.
Refusant d’acquitter la rançon de la gloir’,
Sur mon brin de laurier je m’endors comme un loir ».
Nul doute que ce petit ouvrage suscitera, chez le jeune lectorat, l’envie de l’écoute. Le ton de François David, en empathie avec l’artiste dont il retrace l’œuvre et la vie, permet aussi à l’enfant, et c’est rare dans le domaine de la littérature de jeunesse, d’approcher le personnage engagé qu’était Brassens. En effet, voici un extrait d’un article du Libertaire signé du nom de Géo Cédille, le 18/10/1946 relatant les méfaits de la police italienne et la révolte du peuple qui attaqua les policiers qui durent battre retraite :
 :
«Coups de poing.
Coups de pied.
Coups de matraque.
Et, enfin, coup de feu.
Et ce fut à ce moment précis que le miracle en question s’accomplit.
Les balles policières, qui s’étaient allées fourvoyer au-delà des nuages, réalisèrent le tour de force peu commun de revenir sur cette terre et de trouer quelques manifestants qui s’écroulèrent raides morts.
(…)
Contrairement à ce que pourraient supposer des esprits imbus du préjugé qui veut qu’au pays du macaroni on préfère la retraite au combat, le peuple italien demeura à sa place et, pour se dédommager de n’avoir pas pris la fuite, il prit la mouche ou, plus précisément, les mouches et en écrasa quelques unes sur les pavés
(…)
Sur l’ombre des victimes.
Sur les traces de sang.
Peuple de France, peuples du monde, le peuple d’Italie nous a donné une leçon.
Il vient de nous démontrer ce qu’il était possible de faire avec de l’entente et de la bonne volonté. Il vient de nous suggérer ce qu’il serait possible de faire si nous nous levions tous en même temps comme un seul homme.
Tâchons de profiter de cet enseignement ».
On ne peut souhaiter que les enfants d’aujourd’hui sauront, relisant les textes de Brassens éclairés par la biographie instruite et ouverte de François David, on ne peut que souhaiter que eux et elles aussi, tâchent de profiter de l’enseignement du poète avec à la lèvre un doux chant.
                                                                                                                                  Geneste Philippe

25/06/2012

Du livre de toutes les couleurs et dans tous les sens

Marutan, Double sens 1 Les animaux, Casterman, 2012, 40 p ; 8€95
Voici un livre à tourner puis retourner sans cesse. C’est un manifeste de la manipulation livresque pour saisir le sens. C’est que d’un côté je vois un lapin et de l’autre un ourson, d’un côté un escargot et de l’autre un cochon, un élan et une pieuvre, un rat et une otarie… C’est un livre de rhétorique de l’image comme les aime les oubapistes, ces partisans en bande dessinée des exercices de style de type oulipien.
Pour quel âge ce livre ? Pour tous les âges. Bien édité, sur du papier agréable, en un format agréable, carré, le texte certes le vouerait plutôt aux 7/8 ans. Toutefois, l’enfant plus jeune aime tout autant tourner les pages, retourner le livre pour son bonheur et susciter le désir de deviner.
Un petit livre judicieux, intelligent, modeste et pertinent. Magnifique création de 20 portraits renversants.

Jay Françoise, Tamanna, princesse d’arabesques, illustrations de Frédérick Mansot, Gallimard, collection Giboulées, 2011, 45 p. 16€50
Cet album au très grand format, conte une histoire d’amour entre un prince et une jeune fille du peuple. Les deux devront s’opposer aux autorités parentales pour que s’accomplissent leurs désirs. Servi par des peintures indianisantes de Frédérick Mansot, aux couleurs chaleureuses et foisonnantes de détails, le récit s’édifie sous nos yeux. En effet, la jeune fille est une magicienne des couleurs et c’est son art qui permettra aux deux amants de se retrouver malgré un sort apparemment contraire. Un très beau livre pour un très beau cadeau.

Genin Cendrine, Mademoiselle Lune, illustrations de Nathalie Novi, Gallimard jeunesse, 2011, 32 p. 12€50
C’est l’histoire d’une petite fille séparée de ses parents par les services sociaux. Elle va de famille d’accueil en famille d’accueil. Son caractère difficile, la fragilité de sa mère, l’absence du père, silhouettent une chaîne causale du récit. Un jour elle est placée chez une dame compréhensive qui permet au lecteur de saisir le déchirement intérieur de la petite fille qui toujours ne cesse de vouloir retourner vivre avec sa mère.
C’est un très beau livre aux illustrations qui magnifient l’histoire la doublant par moment, jamais ne l’imitant. C’est un très beau livre qui échappe au discours moralisateur si courant dans le secteur social.

Guibert Donatella, Bonbons et boutons, traduit de l’italien par Diane Ménard, Gallimard, collection Album junior, 2010, 24 p. 19€50
Un livre magnifique par ses illustrations, drôle et complexe mais très accessible. Nous sommes avec un album à ne mettre dans les mains que des enfants sachant lire. C’est une histoire gourmande et dont l’impertinence masque une moralité toute conservatrice.

Perrault Charles, Cendrillon, Le petit théâtre d’ombres : Cendrillon, Gallimard jeunesse / Giboulées, 1 livre avec des dessins de Juliette Binet + 1 lampe + 5 décors + 10 figurines + le théâtre pop up, 2011, 24€90
Les enfants de 10 ans se régaleront avec ce livre objet. Le livre comprend outre une adaptation (c’est dommage de ne pas avoir mis le texte complet surtout que les illustrations de Juliette Binet donnent une version abstraite du récit et sont une originalité dans l’illustration des contes) du conte, sa mise en dialogue pour le jouer avec le théâtre d’ombres et des indications de mise en scène. C’est à la fois, une propédeutique au théâtre et une invitation guidée à la re-création du conte bien connu des enfants. Cette collection est remarquable, nous l’avions salué lors de son lancement et l’intérêt ne se dément pas. Un très beau livre cadeau.

Chaine Sonia, Besti’Art, Milan, 2011, 42 p. 17€90
S’appuyant sur les mythologies du monde, l’auteure dresse un bestiaire de ces animaux imaginaires inventés par les hommes soit pour expliquer l’inexplicable, soit inventé par les pouvoirs politiques et religions confondus pour faire régner la terreur et l’ordre. Monstres marins, monstres terrestres ou célestes, peintres, sculpteurs, inventent et réinventent, reproduisent et interprètent ces figures imaginaires qui peuplent les représentations sociales humaines. Sonia Chaine permet d’aller à la rencontre de certaines d’entre elles (Sphinx, chimère, stryge, centaure, griffon, sirène, bacchante, phénix, créatures arachnéennes etc.) et c’est autant un régal de la vue qu’un savoureux espace d’érudition, donnés sur grand format italien (31 x 24,5).  Le lecteur se trouve, ainsi, placé devant l’évolution de ces figures ce qui ne manque pas d’enrichir sa compréhension des peuples et de la condition humaine.
Philippe Geneste

18/06/2012

Béa Rodriguez et le choix du récit pour la jeunesse sans parole

Rodriguez Béattrice, Le Voleur de poule, éditions Autrement, collection Histoires sans paroles, 2012, 32 p. 12€ ; Rodriguez Béatrice, La Revanche du coq, éditions Autrement, collection Histoires sans paroles, 2011, 32 p. 12€ ; Rodriguez Béatrice, Partie de pêche, éditions Autrement, collection Histoires sans paroles, 2011, 32 p. 12€
Ces trois ouvrages content des fables. L’unité du dessin et le choix des couleurs douces qui donnent une touche poétique aux pages et doubles pages. Dans chaque cas, on un schéma narratif simple avec situation initiale, péripéties et situation finale aisément identifiables par le jeune lecteur. Dans les deux derniers volumes, la traversée des eaux prend l’allure d’une épopée tragique proche où dragons, créatures inquiétantes menacent les personnages sympathiques que suit l’enfant. Dans les deux derniers, à nouveau, la naissance et donc le sentiment de protection parentale est mis en avant avec une fin toujours heureuse. On ne peut que recommander ces trois volumes où l’absence de texte ne fait qu’ouvrir l’imaginaire enfantin et sa quête d’une vérité du récit.

Trois questions à Béatrice Rodriguez

Pourquoi avoir privilégié l’absence de texte pour raconter vos histoires ?
L'absence de texte est une volonté éditoriale. Au début c'était une carte blanche de la part du directeur artistique Kamy Pakdel. Je l'avais rencontré et au travers de mon travail d'illustratrice, il avait su deviner mon envie de raconter des histoires. Cette formule sans texte m'a bien plu, vu que je n'avais pas l'habitude de travailler avec les mots. Après pour la suite du voleur de poule, il me paraissait logique de rester dans la même collection, donc sans parole.
Qu’est-ce qui vous plait dans ce genre de récit ?
C’est d’être obligée d'aller à l'essentiel, pour que la narration fonctionne. Chaque page doit être en relation avec la précédente sans se répéter, elle doit contenir des indices de temps, d'espace, d'ambiance, d'action, de sentiments.
Je dois donc faire attention aux décors, aux ambiances colorées, à l'expression du corps et du visage des personnages. Les personnages y sont comme des acteurs de films muets, des mimes.
Comment travaillez-vous la couleur ?
J'imagine une ambiance générale pour la page. Après j'essaye de trouver quelle couleur pourrait se rapprocher le plus de cette ambiance de cette lumière. Puis je travaille les détails. Sinon techniquement la couleur est travaillée à l'ordinateur.
Le jaune ocre est très présent, quelle signification lui prêtez-vous donc ?
Pour cette question vous pensez à un album en particulier?
Oui, je pense à Partie de pêche
Pour Partie de pêche, j'ai voulu une ambiance chaude de plage de soleil... Mais, pour Le voleur de poule au début c'est très vert, les nuits sont plutôt bleutées... Pour La Revanche du coq, J'ai voulu une ambiance bleue froide.
Entretien réalisé en avril 2012 par Philippe Geneste

10/06/2012

Liban et Palestine

Saad Michel, Fatine bergère du Liban, Jeunesse L’Harmattan, 2008, 109 p. 12€

C’est un petit livre d’à peine une centaine de pages, avec sa couverture un peu désuète. J’avoue qu’il n’aurait eu aucune chance de retenir mon attention si un collègue et ami ne me l’avait mis entre les mains. A l’intérieur, un petit bijou, un texte simple mais très poétique pour parler de souffrance, d’injustice mais aussi d’amour et d’humanité.
L’histoire se situe au sud Liban, à la veille du dernier conflit avec Israël en 2006. Fatine, jeune bergère chiite dont le frère Mounir appartient au Hezbollah, fait la connaissance inopportune d’un jeune soldat israélien pacifiste, sur la rivière qui sert de frontière entre leurs deux pays. C’est le début d’une histoire d’amour improbable, entre deux êtres que tout sépare, la culture, la religion, la terre, et qui, bien sûr, ne manque pas de nous faire penser à Roméo et Juliette. Le récit a le mérite d’aborder sans manichéisme les relations conflictuelles qu’entretiennent depuis des décennies les israéliens avec les populations arabes qui les entourent.
L’auteur, sans jamais prendre parti, aborde de façon très claire le problème des populations arabes déplacées au Sud Liban et les conséquences pour leur vie quotidienne : deux peuples qui s’observent de loin, persuadés l’un et l’autre que seule une guerre ouverte et intransigeante peut  ramener la paix. « La paix ne se mérite que par la guerre » nous dit Mounir le Libanais, alors que Yonatane, le meilleur ami de notre héros israélien, comme beaucoup de ses jeunes compatriotes, se refuse à remettre en question sa présence sur une terre qui selon lui, leur a été léguée par Dieu. C’est  ainsi que depuis plus de 60 ans,  juifs et  arabes se trouvent dans l’impasse. Seuls, les deux jeunes héros de cette histoire nous proposent une autre alternative vers la paix : la compréhension, le dialogue, la confiance et autant de valeurs allégoriques de leur amour.
Chantal Ribeyrotte

Pour aller plus loin sur le thème du conflit israélo-palestinien deux titres jeunesse :
Zenatti Valérie, Une bouteille dans la mer de Gaza, L’Ecole des loisirs, 2005 166 p.
Valérie Zenatti a beaucoup écrit sur son pays, Israël et la judaïté (Quand j’étais soldate, Le blues du kippour) elle est aussi la traductrice française d’Aharon Appenfeld (Histoire d’une vie, Le garçon qui voulait dormir) considéré comme l’un des plus grands écrivains israélien. Une bouteille dans la mer de Gaza a été porté à l’écran par Thierry Binisti. Le film est sorti en février 2012 sous le titre Une bouteille à la mer.

Si tu veux être mon amie, lettres de Galit Fink et Mervet Akram Sha’ban, Gallimard jeunesse, 1992 165 p.
Cette fiction retrace l’histoire de deux jeunes filles, l'une palestinienne et l'autre israélienne qui s'écrivent durant la période de l'Intifada en 1988.

Pour les plus grands :
Abulhawa Susan, Les matins de Jénine, Pocket, 2009 coll Littérature, 423 p.
Susan Abulhawa est palestinienne, née de parents réfugiés de la guerre des six jours (1967). Elle nous parle de son pays la Palestine, à travers l’histoire d’une famille contrainte de quitter sa terre après le conflit qui suit la création de l’Etat d’Israël en 1948. Un livre pour comprendre les sources d’un conflit qui semble ne jamais vouloir se terminer.      
Ch. R.

03/06/2012

Regard, paysages et récits

Zep, Carnet intime, Gallimard, 2011, 208 p. 25 €
Quel peut être le rapport entre Porquerolles et Katmandou, Myiajima et Florence ou Paris et Taormina ? Un regard.
Un regard aiguisé qui consigne les moments passés à observer l’objet et l’instant.
Un regard qui se focalise ; une main qui trace. Zep est là, dans ces moments de solitude féconde, avec son art du contrepied (Val d’Illiez), sa pudeur (St-Malo) et sa souffrance (Romainmôtier) consignant un intime voyage aux confins de la méditation.
Si cela nous avait échappé au gré des albums, Carnet intime réaffirme le lieu enfoui au plus profond de soi-même, lieu que Zep a su garder et cultiver avec sa propre enfance. Dans un entretien reproduit dans le dossier de presse, Zep explique que le dessin de ces carnets a servi à éradiquer l’angoisse liée au voyage pour ouvrir le champ de l’exploration.
Textes et croquis sont les côtés face et pile d’un unique instant, mise en abyme de la simultanéité révélatrice de « sa chair qui regarde ».
Dominique Broche

Gaultier Christophe, Le Fantôme de l’opéra, d’après l’œuvre de Gaston Leroux, première partie, Gallimard, collection Fétiche, 56 p. 13€90                              
Gaston Leroux (1868-1927), avocat puis chroniqueur judiciaire enfin grand reporter, est un représentant central de ce qu’il est convenu d’appeler le roman policier archaïque au tournant du siècle, est l’auteur d’une œuvre dont le titre est resté dans les mémoires : Le Fantôme de l’opéra. On est en 1878, des drames inexpliqués secouent l’Opéra Garnier. On retrouve une atmosphère fantastique où l’étrange le dispute à la rationalité de l’énigme propre au genre policier. La tragique ambiguïté du destin de l’héroïne Ingrid Daaé, le liant du souvenir d’une vie d’enfance commune avec un amoureux transi qui cherche à la retrouver, la présence mystérieuse d’un fantôme supposé et l’angoisse créée par la survenue de crimes sont rassemblés dans la dominante de couleurs sombres, de jeux d’ombres à l’intérieur des cases et une composition de planche riche et variée selon la vitesse du récit. C’est une adaptation en Bande dessinée qui ne peut que donner envie au jeune lectorat d’aller lire l’original mais qui est en soi une œuvre.
Commission Lisez jeunesse

Delessert Etienne, Yok-Yok, la tulipe, Gallimard, Giboulées, 2012, 40 p. 7€
Le peintre illustrateur et auteur Delessert poursuit sa série de Yok-Yok. Le thème de la tulipe lui offre l’occasion de magnifier sa dextérité des couleurs. L’histoire n’est ni plus ni moins qu’une fiction botanique. L’enfant apprendra l’histoire de la tulipe, son voyage de l’Himalaya puis à travers l’Europe via la Turquie jusqu’en Hollande. En ce sens, ce volume de la série est une fiction documentaire pour laquelle Delessert fait œuvre de scientifique botaniste qui s’achève en une double page abstraite, pur hymne à la couleur.

La Forêt illustrations de Mettler, Gallimard jeunesse, collection  Mes Premières découvertes, 2012, 24 p., 8.
Arbres, animaux, fleurs, fruits, champignons, sont passés en revue dans des doubles pages animées par des transparents marque de fabrique de la collection. Aisément prise en main par l’enfant de 4/5 ans, mais aussi de 6/8 ans, le volume et ses pages cartonnées sont une source documentaire naturaliste exceptionnelle grâce au trait, au dessin et aux peintures de René Mettler. La beauté des images, la fiabilité du texte et des informations documentaires, l’interactivité présente grâce aux pages en transparent, font toujours mouche. Pour l’histoire de la collection, c’est en 1985 que René Mettler fut appelé par Gallimard pour illustrer la collection qui venait de naître. Intelligence du comprendre, beauté du voir, voilà qui pourrait résumer l’œuvre de René Mettler dans cette collection.
Philippe Geneste

27/05/2012

Du livre, de l'écriture et de la rhétorique

Smith, Lane, C’est un petit livre, Gallimard jeunesse, 2012, 20 p. 6€
Voilà un petit chef d’œuvre pour les petits, par cet illustrateur de presse du NewYork Times. Après son livre C’est un livre, voici un nouveau manifeste pour le livre imprimé à destination, cette fois, des plus petits. On part du Qu’est-ce que c’est que… ? pour aller à Ca fait quoi ? Ca sert à quoi ? Et la réponse est au bout du livre, « c’est un livre ».

Néjib, L’Abécédaire zoométrique, Gallimard, collection Giboulées-hors série, 2010, 54 p. 19€90
Voici une belle création celle d’un abécédaire en bestiaire : A comme ara, L comme libellule, I comme ibis, N comme nasique, X comme xylocope… La page de droite présente la lettre en haut à droite et le nom de l’animal en bas à droite, alors que la page de gauche représente la tête de l’animal de manière très géométrique, avec des aplats de couleur. C’est sans aucun doute un très bel abécédaire.

Lemoine Georges, Pinocchio l’acrobatypographe, Gallimard, collection Giboulées, 2011, 64 p. 15€50
                De 6 à tout âge
Voici un très bel abécédaire qui s’appuie sur une silhouette de Pinocchio pour la décliner par gymnastique dessins l’ABC. A chaque lettre correspond un petit texte avec allitération ou assonance. Le Q par exemple : « Quelle vie ! écolier. Quel métier ! ». On a donc une inscription de la typographie dans l’espace et une invitation à décliner les lettres par le corps. Les petits textes minimalistes sont des clins d’œil humoristiques sans aucune visée didactique. L’album y gagne en légèreté et en poésie.

Haines Mike, Frölich Julia, ABCD Animaux, l’alphabet animé, Milan, 2011, 54 p. 14€90
Il s’agit d’un abécédaire des animaux, (un animal par lettre, soit vingt-six doubles pages), avec une caractérisation de l’animal en guise de description, une photographie sur la page de gauche et un pop up sur la page de droite qui voit surgir, de la lettre en grande taille qui s’anime, la tête de l’animal ou une scène l’impliquant. Le résultat est un régal pour les enfants dès 5 ans surtout que l’usage de typographies différentes, d’onomatopées, de languettes, crée une animation qui enrichit l’ouvrage et l’image donnée de l’animal aux enfants lecteurs.

RHETORIQUE
Shibuya Junko, A Quoi ça rime ? La nuit d’un nain malin, Autrement, 2012, 48 p. 14€50
Voici un ouvrage remarquable, un peu cher tout de même et c’est dommage. Les pages se cachent derrière une fenêtre et la réponse à la question qui sert de titre fait rimer le mot à découvrir avec celui qui est déjà à découvert. L’ensemble, assez conséquent puisqu’il y a quelques 48 pages, est ainsi une propédeutique à la poésie. Annoncé pour les enfants à partir de 4 ans, le livre tient bien ce qui est annoncé. L’ »univers mat est coloré, le papier agréable au toucher est un clin d’œil à une édition soignée. Les dessins sont à la fois simples et abstraits. Quand au fil conducteur, c’est le petit nain malin qui l’assure par sa présence de découvreur de mots à la rime.

Chabas Jean-François, Le Coffre enchanté, illustrations de David Sala, Casterman, 2011, 32 p. 14€95
L’histoire de Chabs repose sur la figure rhétorique de la répétition qui mime l’obsession de la possession d’un empereur. L’illustrateur en profite pour établir une galerie de portraits, ceux des protagonistes appelés à la rescousse par un roi désireux de s’accaparer le contenu d’un coffre inviolable. La luxuriance des peintures et la finesse du dessin de Sala, une nouvelle fois, magnifie dans l’imaginaire une histoire des merveilles. A mettre entre les mains des enfants dès cinq ans.
Ph. G.

18/05/2012

Enigmes d'image et motif de nombre

Riboud Marc, Chaine Catherine, 1.2..3… image, direction artistique Jean Widmer assisté de Martin Argyroglo Callias Bey et Raffaella Cafarella, Les Trois ourses – Gallimard jeunesse, 2011, non paginé, 14€
Après l’abécédaire I comme Image, paru en 2010, le photographe légendaire de l’agence Magnum, renouvelle en collaboration avec son épouse, la journaliste et écrivaine Catherine Chaine, la proposition d’un ouvrage de photographies qui s’adresse aux enfants de 7 à 107 ans et plus. Le fil conducteur, ici, est le nombre de personnages ou d’objets qui explicite le classement ainsi que la configuration des représentations qui viennent désigner un symbole numéral : un enfant roulant dans une roue métallique pour le zéro par exemple. Le livre se fait, alors, livre d’activité. C’est aussi une manière de fouiller la photographie avec l’enfant, de prendre conscience de ce qu’ne vision rapide ne permettrait pas de voir. En même temps, ces photos offrent un voyage à travers le monde.
Donc, un chiffre trône en rouge, au dessus d’une image ; la photographie contient le nombre désigné par le chiffre et l’enfant doit trouver de quoi il s’agit. Et bien sûr, il faut compter. Mais c’est tellement vivant, chaque photographie appelle tellement une histoire, des questions, que tout ceci est un jeu d’enfant. On met « en correspondance terme à terme » les objets d’une image ou des figures ou des personnages de l’image « avec la suite des mots-nombres » écrits en rouge et que l’on peut dire et montrer à l’enfant.
Le livre offre, ainsi, des entrées multiples pour une propédeutique enfantine à la photographie.
Ph. G.