ADAMS Nathaniel, Trains de légende. Un tour du monde des lignes ferroviaires les plus incroyables, illustrateur Ryan Johnson, Milan, 2022, 80 p. 17€50
La ligne de la Bernina et le Glacier
express, le Caledonian Sleeper et le Jacobite, le Snowdon Mountain Railway, le
Train du Cercle Arctique, le Désert Express de Namibie, les trains à vapeur
indiens de darjeeling, des Nilgiris, de Shimia, le Transsibérien, le
Shinkansen, le Ghan, le Rocky Mountaineer, le chemin de fer de l’Alaska, le
Prurail, le New York and Atlantic Railway, voilà tous les trains présentés dans
cet album de grand format aux illustrations généreuses. Documentaire, le livre
s’augmente d’un index utile qui en rend plus aisée encore la lecture. Trois
trains pour l’Amérique du Nord, un train pour la Russie, trois trains pour les
pays du Nord, un train pour l’Asie, un pour l’Australie, un pour l’Inde, un
pour tout le continent africain, un pour toute l’Amérique du Sud. En même temps
qu’une découverte des trains eux-mêmes, le livre ouvre des horizons
géographiques aux enfants dès 9 ans.
JOLIVOT
Nicolas, Éole roi. Le livre des vents, HongFei, 2022, 120 p.
23€
Un 27 octobre 1990, à vingt-cinq ans,
Nicolas Jolivot vient de finir ses études. Il entreprend un tour de la France à
pied. Dans ses bagages un carnet 28cmx22 couvert de faux cuir noir de 200 pages
et un porte-plume en plastique. Dans ce carnet, il note et croque les lieux. Le
fil directeur, saisir les vents et leurs manifestations. Un index de vingt-sept
entrées les répertorie dans le livre relié avec signet qui est une reprise de
ce carnet. Dans le livre, ils sont évoqués, à la fois sous le signe du conte et
sous celui du documentaire. La liberté d’écriture -en dehors de la contrainte à
peu près tenue de l’écriture diaire- autorise les changements de registre et
c’est aussi ce qui fait tout le sel de la lecture d’un carnet ou d’un journal d’un
écrit intime. Les illustrations, elles, sont toutes afférentes au vent. Elles
sont autant de concentrés d’histoires, d’appel à fables, de rappel de
fabulations. Ils sont aussi mis en images : « j’ai essayé de
donner une apparence aux choses invisibles en exagérant presque jusqu’à
l’absurde, comme fait l’homme depuis la nuit des temps pour jouer, se rassurer
et cohabiter avec la nature ». À
la manière d’un carnet, le livre est chronologique, dates des jours mais point
des années. Il est divisé selon les quatre orientations où mènent les pas et
qui sont désignés : « méridional », « septentrional »,
« occidental », « oriental ».
Nicolas Jolivot allie ici, comme dans
ses autres œuvres parues chez HongFei l’illustration et l’écriture pour
composer un récit de voyage. À
la source d’Éole roi. Le livre des vents se trouve donc un
premier voyage revisité trente ans plus tard. Un voyage de jeunesse est souvent
initiatique et c’est probablement cette quête qui a animé l’auteur. Comme dans
le magnifique Voyages dans mon jardin (voir le blog lisezjeunessepg
du 22/12/2021) c’est l’attention au monde qui s’impose comme caractéristique
majeure. Les illustrations proposent une dominante spatiale qui contraste avec
la dimension temporelle de la chronologie. Et si cette chronologie ne valait
pas en tant que référentielle à un passé spécifié mais qu’elle renvoyait à une
démarche : on apprend du monde, de soi, des autres, dans le cheminement.
Ce livre est un magnifique cadeau pour adolescents, jeunes et moins jeunes
adultes. Nicolas Jolivot est un philosophe de la lenteur et de la patience, un
illustrateur des rêves. Il n’y a de liberté que dans l’expérience ouverte aux
lieux, aux êtres et, ici, aux langues régionales. Les contes se forgent dans
nos têtes, au contact avec le vent, avec la terre, avec les sites. Un nouvelle
fois l’écoute du monde et des éléments se fait, comme nous l’écrivions en 2021,
propédeutique à l’écoute des hommes.
DAY Yun, Je m’appelle Sudan, illustrations de LI
Xingming, HongFei, 2022, 52 p. 15€90
Cet album nous vient de Chine. L’autrice et l’illustrateur sont allés au
Kenya à la rencontre du dernier grand Rhinocéros blanc. L’animal, né en 1973 au
Soudan, a perdu sa mère tuée par des braconniers pour lui arracher sa corne,
dont la revente, en Chine, notamment, vaut de l’or. Le petit rhinocéros a
ensuite été capturé par des gardes forestiers et protecteurs de la nature afin
de le protéger. Il séjournera alors dans un zoo de Tchétchénie, avant d’être
reconduit en Afrique, au Kenya. C’est sa vie, son odyssée, avec en perspective
les méfaits du commerce des animaux sauvages, les menaces grandissantes sur la
faune africaine, que conte ce bel album. Le texte est narratif, sur la modalité
constative non sans touches pathétiques. Les dessins réalistes de Xingming LI
sont rehaussés par un travail sur les couleurs et leurs contrastes. Yun DAI
articule ainsi trois histoires. D’une part, le jeune lectorat suit une mère
rhinocéros et son petit, ensuite, il s’étonnera de la relation du jeune animal
avec son soigneur, enfin, et c’est la part de fiction, il suivra une quête
d’identité aboutissant au nom Sudan qui donne le titre au livre.
GARANDON,
Laurent & N’HAOUA, Rachid, Rivage de la colère, Philéas,
2022, 104 p. 18€90
Cette
bande dessinée est une adaptation du roman de Caroline Laurent, écrivaine
franco-mauricienne, paru en 2020. En suivant la classification proposée par
Gérard Genette dans Palimpseste[1], nous parlerons de transposition
du roman en bande dessinée. En effet, c’est un motif stylistique qui transporte
le texte du registre de la littérature à un registre jugé moins soutenu celui
de la bande dessinée. La bande dessinée ajoute au roman la visualisation des
lieux, facilitant pour les lecteurs et lectrices et a fortiori pour les
jeunes la compréhension contextuelle du récit.
L’action
se passe à Diego Garcia, le plus grand des sept atolls de l’archipel des
Chagos, archipel rattaché à l’Île Maurice. Le récit commence en 1967, un an
avant que ne soit proclamée l’indépendance de l’Île Maurice encore donc sous
l’emprise du colonisateur anglais (Territoire britannique de l’Océan indien).
Un nouvel administrateur, d’origine mauricienne, Gabriel Neymorin, arrive sur
l’île Diego Garcia pour aider l’administrateur colonial alcoolique et fatigué.
Une histoire d’amour se noue entre le jeune arrivant et Marie-Pierre Ladouceur,
une autochtone analphabète comme tous les habitants de l’île. Tous travaillent
pour le colonisateur. Quand survient l’indépendance de l’Île Maurice, proclamée
le 12 mars 1968, les chagossiens ont la surprise de voir débarquer un
contingent britannique qui leur intime l’ordre d’embarquer immédiatement,
quittant animaux, maisons, cultures, pour rejoindre l’Île Maurice. Les anglais,
avec la complicité obtenue par corruption du tout récent gouvernement
mauricien, ont en effet vendu l’archipel aux Américains qui veulent tout raser
sur la plus grande île, Diego Garcia, pour y installer une base militaire. Les
océans sont parsemés de ce type de casernes à ciel ouvert obtenues après l’exil
forcé de populations autochtones.
Les
administrateurs de Diego Garcia, eux-mêmes tenus au secret sous peine de
répression, ont caché leur sort aux chagossiens. Deux mille personnes
s’entassent ainsi dans un bidonville à Port Louis. Les Mauriciens les
rejettent, les conditions de vie sont désastreuses. Ils sont réfugiés, sans
espoir de retour. C’est la lutte pour la reconnaissance de leur déportation par
l’impérialisme britannique que la bande dessinée raconte, chronologiquement, de
1967 à 1975. Les magnifiques illustrations, réalistes, aux couleurs
chaleureuses mises en valeur par les contrastes, captivent l’œil pour suivre
une lutte pour la dignité.
La
première planche et les trois dernières annoncent et forment un épilogue,
mettant en scène Josephin, le fils reconnu de
Marie-Pierre Ladouceur et de Gabriel Neymorin. Josephin poursuit le combat de
sa mère, de son peuple. On est en 2019. La cour internationale de justice de La
Haye a donné un avis consultatif, reconnaissant que le droit du peuple
chagossien a été bafoué et que le processus de décolonisation de l’Île Maurice
a été empêché par le deal entre les gouvernements britanniques et américains.
Rien de contraignant, les troupes américaines n’ont pas de souci à se faire, la
spoliation des terres du peuple chagossien peut se poursuivre. Le droit est
parfois une illusion de justice, les peuples opprimés, chassés, humiliés en
savent quelque chose, les chagossiens, par exemple.
Le
récit repose sur une histoire d’amour impossible. La figuration des personnages
porte la tragédie de l’Histoire. L’adaptation en bande dessinée est une vraie
réussite que toutes les médiathèques, bibliothèques scolaires, Centres de
Documentation et d’Information auront à cœur de présenter et qu’on offrira aux
jeunes dès 12 ans.
LESCROAT Marie, La Grande Barrière de corail, jardin
de l’océan, illustrations Catherine CORDASCO, éditions du ricochet, 2022, 76 p.
17€
Voici
un beau livre relié avec signet, « sur un papier issu de sources
responsables » avec des illustrations aux « encres à base
d’huiles végétales », qui en dix-huit chapitres informe le jeune
lectorat sur la barrière de corail. La géographie pose le cadre, l’histoire
raconte la découverte liée aux volontés colonialistes des pays occidentaux et
donc aborde la vie des peuples autochtones qui vont se trouver spoliés de leur
environnement. Les enfants, à partir de 9 ans jusqu’à 14 ans sont amenés à
explorer toute cette zone qui s’étend sur la côte est de l’Australie. C’est un
merveilleux voyage visuel que propose le livre. Les explications sont claires
et si les aspects écologiques dominent, les aspects économiques sont traités et
les aspects géostratégiques, un peu, abordés. La question de la protection de
la nature en grande partie déjà en perdition est évidemment abondamment
étudiée.
C’est
un très beau livre-cadeau, un ouvrage aussi que toute bibliothèque scolaire se
munira pour le bonheur de lecture et l’instruction des élèves.
JUNYENT, Crstina , LOSANTO, Cristina, Tous des
humains de la même famille. L’homme et ses origines, Glénat jeunesse, 2022,
36 p. 14€90 ; JUNYENT, Crstina , LOSANTO, Cristina, Tous des
humains très différents. L’homme et ses évolutions, Glénat jeunesse, 2022,
36 p. 14€90.
Deux ouvrages complémentaires à offrir ensemble ou à présenter ensemble.
Les pages y sont animées par des rabats qui mènent l’enfant des classes du
primaire jusqu’à la classe de cinquième, à manipuler l’ouvrage, stimulant ainsi
sa curiosité et motivant son attention.
La thèse est annoncée dès le titre : les humains ont une même
origine et s’ils ont des différences selon les lieux géographiques, ils forment
bien une même espèce, l’homo sapiens, dont on peut suivre l’évolution. Tout
commence par la création de la vie, d’où l’intérêt d’un recours à la géologie
et à l’astronomie pour comprendre son apparition. Les deux tiers du premier
livre sont consacrés au sujet. Ensuite vient l’histoire des hominidés, la
bipédie, la traversée des temps préhistoriques : Lucy, homo habilis, homo
erectus, l’invention du feu, Néandertaliens, homo sapiens. Puis est évoquée la
sortie de l’Afrique il y a environ 200 000 ans.
Le second ouvrage poursuit donc le premier en mettant l’accent sur le
lien vital qui unit l’espèce humaine à la Terre et à son atmosphère. C’est
l’occasion de présenter les climats sur la planète et la problématique du
climat pour l’ensemble des êtres humains. Puis viennent des pages sur
l’évolution d’homo habilis, le passage de la vie nomade à la sédentarisation,
l’invention de l’agriculture il y a 12 000 ans, de l’élevage, l’évolution
de l’alimentation et enfin les inventions dans de multiples domaines avec les
métiers afférents. Puis l’ouvrage parle des échanges entre peuples pour
échanger des produits devenant peu à peu des marchandises puis le moteur du
profit qui accélère ces échanges avec l’exploitation de l’homme par l’homme et
le recours massif à l’esclavage. Les révolutions scientifiques et techniques
liées au développement de l’industrie achèvent la présentation sur une humanité
qui souffre de sa non maîtrise de ces révolutions orientées vers
l’enrichissement de quelques-uns au mépris des conditions de vie de la majorité
de la population mondiale et de la viabilité de la Terre elle-même.
HOUSSAIS
Emmanuelle, Forêt sauvage, éditions
du ricochet, 2022, 32 p. 17€
La
forêt est la narratrice de sa propre histoire, pour mieux capter l’attention du
lectorat débutant et au-delà (7/9 ans). La forêt explique comment elle
respire ; comment elle se nourrit ; elle dévoile les relations qui
unissent les arbres et végétaux qui la constituent ; elle fait comprendre
la symbiose des animaux avec elle. Les peintures sensibles d’Emmanuelle
Houssais plans rapprochés et gros plans, plongent l’enfant au cœur de la forêt
lumineuse. L’album Forêt sauvage est un livre de la proximité
heureuse. Parce que le cycle des saisons s’impose, l’histoire se poursuit par
différences successives. C’est l’occasion de découvrir d’autres animaux,
d’autres plantes mais surtout d’approfondir des idées déjà soulignées :
les plantes s’entraident, les comportements du végétal et de l’animal se
complètent, la terre elle-même ne vit que de la symbiose de ce qu’elle
accueille. Avant le cycle des saisons est le cycle du jour et de la nuit mais
c’est à nouveau l’histoire du triomphe d’un équilibre qui est contée. Le livre
se ferme sur cette utopie : « Généreuse et libre, moi la forêt de
plus en plus sauvage, je nous construis un avenir plein de promesses ».
Que ce livre soit un instrument de prise de conscience des enfants est une
certitude, mais est incertain l’accueil de ces consciences à naître par un
monde adulte de ravages tant naturels qu’humains, monde de destruction et de
guerre.
NOGUES Alex, Un million d’huîtres au sommet de la
montagne,
illustrations MIREN ASIAN Lora, traduit de l’espagnol par Sébastien Cordin, les
éditions des éléphants, 2022, 48 p. 15€
Le documentaire ne cesse d’interroger le lecteur ou la lectrice afin de
l’amener à observer les doubles pages. Il s’agit d’une imitation de la pratique
de l’observation nécessaire pour tout géologue. Car le livre, sous son beau
titre poétique est un documentaire intelligent sur l’étude des sols et ce
qu’ils révèlent de l’histoire de la terre et de la vie qui s’y est développée
depuis le fond des temps : le Démonien, puis le Carbonifère, le Permien,
le Jurassique et le Crétacé. Les illustrations suggestives et de facture
naïvo-poétique, subtiles mais précises aussi de Loran Miren Asian suivent le
texte instruit d’Alex Nogués. Dès le livre ouvert, la curiosité du jeune
lectorat (à partir de 8/9 ans mais jusqu’à 12/13 ans) est piquée au vif :
que font des huîtres en haut d’une montagne ? À partir de là, l’histoire
de la terre commence à être abordée par le texte, illustré et exemplifié par le
travail illustratif. L’album est un voyage de géologue qui évoque la terre mais
aussi le mouvement des océans et des plaques tectoniques. L’intérêt majeur est
de montrer le lien entre géologie et biologie, histoire des sols et histoire
des organismes vivants.
Le texte est découpé en de multiples questions auxquelles correspondent
des développements d’une grande clarté, formulés avec style et grande exigence
de l’écriture. C’est un vrai premier manuel poético-scientifique de géologie
qui ravira les jeunes mais aussi les moins jeunes…
Philippe Geneste
Prochain
blog 22 décembre 2022