Matthew Morgan,
Les
Animaux, illustrations Deborah Van
de Leijgraaf, Tourbillon, 2019,
10 p. 11€50
Si le livre a dix pages,
celles-ci comptent double car, par un système de glissement d’un cache, une
double page propose en fait des scénettes qui se développent sur quatre pages. Les
Animaux est le titre inaugural de cette nouvelle collection qui
convient particulièrement aux enfants de trois ans, voire à partir de deux ans.
L’album se fait ainsi documentaire avec des illustrations aux aplats nombreux,
des silhouettes animales stylisées des scénettes pouvant intéresser les petits
car regardant vers leur vie à eux. L’humour abonde, il est même un fil
conducteur des historiettes narrées. Eléphants, oiseaux, poulpe, hippocampe,
poisson, requin, chouette, souris, loup, papillon sont présents, désignés ou
évoqués par l’image ; L’auteur a choisi de les rassembler par des liens et
notamment le lien de la filiation : éléphanteaux, petits singes et
parents, œuf et oisillon.
La manipulation de l’objet livre
va familiariser l’enfant avec les savoirs contenus autant qu’avec la pratique
même du livre. Cet effet paratextuel n’est pas à négliger et nous avons pu le
vérifier à l’intérieur de la commission lisezjeunesse. Les Animaux est donc et
un bel objet et un bon livre pour les petits.
Chedru Delphine, BZZZ ! Drôles de trous, Nathan,
2019 20 p. 11€95
Le livre carré à bouts arrondis,
de format 21x21 est fait de pages fortement cartonnées. Au milieu, à l’endroit
de ce qui va constituer la bouche des animaux, un trou qui se réduit de double
page en double page. Le petit enfant peut agripper ainsi les pages, les tourner
plus aisément et en même temps, ces tous participent du récit dessiné. Ce
dernier conte, une histoire tendre, celle d’un bébé abeille qui part, pour la
première fois, butiner. Seulement, comment reconnaître les fleurs ? Polie,
l’abeille demande à chaque forme rencontrée si elle peut butiner. Mais il
s’agit d’une grenouille, d’un serpent, d’un canard, d’un chat, d’un signe, d’un
chien, d’un cochon… C’est grâce à son père qu’elle va enfin trouver une fleur.
Celui-ci lui transmet son savoir et la petite abeille entre en apprentissage.
Mon Grand Imagier sonore illustré par Kiko,
Milan, 2018, 24 p. 19€90
Chaque double page est consacrée
à un thème relevant de la vie quotidienne. Les objets et animaux etc. inclus dans la double page, selon
le principe de l’imagier (une image portant en dessous un mot), font l’objet
d’un son que l’enfant actionne en appuyant sur le bouton propre à la double
page. Au final, le livre devient un espace visuel autant que sonore qui ravit
les petits enfants et qui instruit par ces deux sens (vue et ouïe) l’univers de
la désignation du monde environnant. Un bel instrument pour enrichir son
langage. On utilisera l’ouvrage d’abord en accompagnant l’enfant dès 1 an. Plus
tard, on laissera l’enfant seul explorer les doubles pages. Une belle
réalisation des éditions Milan.
Le Hénand
Alice, Non ! illustrations Thierry Bedouet, Milan, 2018, 14 p., 10€90
Le nouvel opus de la collection Minimousses, dont la caractéristique est
d’aborder une situation du quotidien du tout petit enfant. Le moment où
l’enfant s’oppose est un grand moment pour son adaptation à la vie sociale et à
son environnement. Dans la psychogénèse de l’humain le moment du Non est un moment structurant. En effet,
c’est l’âge, au cours de la deuxième année, où l’enfant construit la relation
aux autres. Il s’agit donc de la genèse de la relation sociale, les relations
humaines.
L’ouvrage de Le Henand et Bedouet
propose des situations réelles grâce auxquelles le dialogue entre les parents
et l’enfant ou entre l’adulte et l’enfant peut aisément s’enclencher pour mener
l’enfant à approfondir son expérience. Il ne s’agit évidemment pas là de faire
dans la réflexion avec l’enfant, mais de parler de ces situations où le non paraît. La fiction est alors une
médiation, d’autant plus que le personnage est un animal, ce qui permet, ici,
de parler d’autre chose que de soi tout en s’investissant pleinement soi-même. Le
jeu de languettes, qui anime les pages fortement cartonnées, aide à ce
dialogue, lui donne consistance ludique.
Le sujet est important. Le Non signifie l’intériorisation
d’interdits par le tout petit et il manifeste une distinction de l’enfant
vis-à-vis de son entourage. Pour le psychanalyste René A. Spitz, le Non est d’abord un secouement de tête,
probablement par imitation du geste accompagnant une interdiction prononcée par
la mère. Puis le Non s’autonomise,
devient propre à l’enfant, qui accède, ensuite, au mot Non. Pour Spitz, c’est le moment essentiel de la genèse de la
socialisation de l’individu comme de l’humanisation de l’espèce.
Comme les précédents volumes de
la collection, Non ! est à recommander car il est bien en prise avec la
réalité de la vie enfantine.
Philippe Geneste