Giono Jean, L’Homme qui plantait des arbres,
illustré par Olivier Desvaux, Gallimard Jeunesse, collection album junior, 2018, 60 p.
14€50 ; Giono Jean, L’Homme
qui plantait des arbres, illustré par Olivier Desvaux, Gallimard
Jeunesse, collection folio cadet,
2018, 64 p. 6€90 ;
Le récit de Giono (1895-1970) est
un hymne au geste humain, à l’arbre et à la nature. Il fut publié en 1954 dans
le magazine Vogue aux Etats-Unis. En France il faudra attendre en 1973 pour
que le récit soit pris en compte.
Dans L’Homme qui plantait des arbres,
Giono reprend des thèmes de ses premiers livres des années 1920 et 1930,
notamment Un de Baumugne ou Colline. Le berger solitaire Elzéard
Bouffier, personnage central, prend une dimension de sagesse en plantant, jour
après jour, des glands de chênes. C’est ce geste qui est magnifié dans
l’histoire, geste de la tension entretenue entre l’homme et la terre aride
qu’il habite. Il en sortira un récit de merveilles, un conte si on veut.
On y retrouve un Giono militant
pour une vie rustique et pacifique. Ce n’est pas un hasard si Elzéard Bouffier
continue son œuvre durant la première guerre mondiale comme pendant la seconde.
L’idéal pacifiste de l’homme aux arbres refuse toutes les guerres. Méprisé
durant la plus grande partie de sa vie, le berger est à la source du bonheur
des villageois des années 1950/1960, ceux qui ont pu réintégrer les villages en
ruine de la
Provence décrite entre Drôme et Durance. C’est que le simple
geste d’Elzéard Bouffier à fait revenir l’eau et la vie. On peut donc lire L’Homme
qui plantait des arbres comme un hymne lyrique à la vie qui prend, au
vingt et unième siècle, une allure de signal de conduite humaine à réfléchir
pour éviter le printemps silencieux qui s’annonce à grand pas. C’est un livre
poétique, un conte, d’une grande actualité.
Gallimard double
la version en folio cadet par une
nouvelle édition sous la forme d’un album au format confortable (200 x 270) qui
met en valeur les peintures d’Olivier Desvaux. Il s’agit d’un travail pictural
réalisé in situ. Les images abondent et mènent l’enfant lecteur ou lectrice au
cœur de la Provence. Elles
doublent par la matière des couleurs exécutée au pinceau le récit de géographie
physique de Giono. L’incipit, en effet, est d’abord une description, le
personnage, « c’était un berger »
arrive après et enserré au cœur de la description du paysage. Puis les
descriptions vont se faire géographie humaine et ce sera « l’histoire d’Elzéard Bouffier ».
C’est peu dire que le travail
d’Olivier Desvaux est déjà une narration en fusion avec la sensibilité de
l’univers de l’écrivain. Ainsi, l’œuvre picturale fait éprouver la protestation
silencieuse d’Elzéard Bouffier à la guerre : la forêt, seul objet de ses préoccupations
et enclave de la vie renaissante de la terre d’un côté, et, de l’autre côté, le
ton obscur des tranchées militaires, du paysage ravagé, blessé, troué par les
obus d’une humanité déchaînée dans la barbarie. L’apaisement des tableaux qui
closent l’album, tableaux lumineux et d’un vert de luxuriance, propose un
message optimiste d’une humanité respectueuse de la nature, une terre de seigle
et d’orge réconciliée avec l’humain. La nature vit des relations qu’entretiennent
avec elle les habitants d’une région, d’un village, d’un territoire ; la
terre est un visage des rapports humains.
L’album est un régal pour l’œil
comme le récit est un régal pour la réflexion et un délice de réalisme
merveilleux.
Philippe Geneste
NB : Toujours
disponible, la
version audiophonique du livre : Giono Jean, L’Homme qui plantait des arbres, lu
par Jacques Bonnaffé, Gallimard Jeunesse, collection écouter lire, 2010, 1 CD 30 minutes, 9€90, (La voix
chaude de Bonnafé donne vie avec vraisemblance au drame de Giono, en lui
restituant son art de la parole conteuse.