Cadier Morgane,
Le
Secret du loup, illustrations Florian Pigé,
HongFei, 2017, 34 p. 16€50
Cet album de grand format frappe
par son graphisme à la fois riche en détail et stylisé. Les couleurs pastel
aquarellées épousent le climat de froidure que ne quitte pas l’histoire, avec
un brin de tristesse qui accompagne les protagonistes. Pourtant, le livre
évolue vers une fin euphorique, celle d’une amitié née qui ne s’oublie pas. La
thématique est bien connue, c’est celle de l’amitié entre un animal, ici un
loup, et un enfant. La société humaine est hostile à l’animal, mais l’enfant ne
partage pas le jugement de cruauté qui est porté sur le loup. Le dessin épouse
avec légèreté ce thème, à travers les échos entre le bonnet rouge de l’enfant
et son écharpe que revêt le loup après leur rencontre.
A ce thème s’ajoute une réflexion
sur la nécessité pour se trouver et donc pour trouver l’autre, de rompre les
liens sociaux stéréotypés, la grégarité pour le loup comme pour l’enfant et
s’ouvrir à l’inconnu. Le secret de la vie est là, dans cet accueil du différent
reconnu comme autre que soi et pourtant semblable. Les pentures de Pigé
apportent une dimension onirique avec des glacis, des transparences, des effets
de miroir, autant d’invitations à rendre attentif le regard, à prendre soin de
la différence, à ne pas caser les êtres dans les tiroirs du musée des
comportements sociaux.
Arrou-Vignod
Jean-Philippe, Le Prince sauvage et la renarde, illustrations de Jean-Claude götting, Gallimard jeunesse, 2017, 47 p.
16€
Voici un récit
qui s’appuie sur le merveilleux, un conte. L’auteur l’a écrit avec la
simplicité requise pour le genre et une portée allégorique. L’usage de formules
anciennes, le goût de la langue du conte sont adroitement posés pour emmener
l’enfant dans un univers libre d’interprétation. Un conte, en effet, possède cette
caractéristique propre de libérer l’imaginaire en s’affranchissant
explicitement du réel, du référent.
Le prince est
obsédé par l’assouvissement de son désir d’emprise qui se réalise dans la
chasse. Tuer des animaux, les manger, régner sur le monde est la tâche du
prince. Un jour il est pris dans un piège « qu’il avait lui-même posé ». Coincé, forcé à l’immobilité, une
renarde le visite. Elle, dont le prince a tué les renardeaux et a fait une
toque de leur fourrure, porte toute la sagesse de la nature et lui dit qu’il
est un sanglier. L’homme-sanglier va alors peu à peu s’émerveiller de
l’harmonie qui règne dans la nature, il va peu à peu maigrir et se libérer,
ainsi, du piège qui l’enserre. Quand il retournera au monde humain, le Sauvage
aura été transformé par son séjour en pleine nature : il sera devenu
affectueux, il aura accepté l’autre comme un égal et le respect du vivant comme
une condition pour faire société, il aura compris que la patience est une
nécessité pour saisir le monde qui nous entoure et qui nous comprend, dont on
fait partie, il aura, au propre comme au figuré, appris à marcher sur ses deux
jambes, il aura conquis la liberté en se détournant de ses propres pièges et de
sa cruauté.
Le message pacifiste est servi par
le grand format de l’ouvrage (270x333mm) et les peintures de Götting fouillent
l’ambiance médiévale du conte pour donner de la profondeur à la nature, jouant
des premiers plans et de la perspective, réalisant maints clins d’œil à des
œuvres connues
Philippe Geneste