FRAISSE, Nora, Stop au harcèlement ! Le guide pour combattre les violences à
l'école et sur les réseaux sociaux, Calmann-Lévy, 2015, 89 p., 4€50 ISBN :
9782702158722
Présentation
de Nora Fraisse :
Dans le blog lisezjeunessepg du 3 avril 2016, j'ai
déjà chroniqué un livre de Nora Fraisse intitulé Marion, treize ans pour
toujours. Dans ce livre, l'auteur témoigne du drame qu'elle a vécu ainsi que
toute sa famille en 2013 : sa fille, Marion, s'est suicidée à l'âge de
treize ans. D'abord sous le choc, Nora et son mari ont voulu comprendre les
raisons de ce suicide et ont fini, avec l'aide des gendarmes, par découvrir que
leur fille était victime de harcèlement dans son collège. Son témoignage est
très touchant mais aussi très instructif parce qu’il met en évidence les
failles du système de l'Education Nationale (manque de surveillance, jeunes
enseignants livrés à eux-mêmes...) et les rouages du harcèlement. Aux
moqueries, bousculades, insultes quotidiennes que subissait Marion se sont
rajoutés des textos et des messages haineux sur son mur Facebook. Le
harcèlement physique subi au collège se poursuivait ensuite via les réseaux sociaux…
Après la mort de Marion, Nora Fraisse décrit une
absence de compassion de la part de certaines familles des harceleurs de sa
fille et le silence de la part du principal qui n’a cherché qu’à étouffer
l'affaire. Elle découvre les principaux élèves qui intimidaient Marion, un
noyau de cinq, même si ces élèves-là bénéficiaient de la complicité passive de
leurs camarades, et a porté plainte contre eux.
Aujourd’hui, Nora Fraisse a créé l’association Marion Fraisse La main tendue pour aider
les familles dont les enfants souffrent de harcèlement.
Présentation
de la structure du livre
Après
la publication de Marion, treize ans pour toujours, Nora Fraisse propose
ce nouvel ouvrage. Il se présente vraiment comme un petit guide pour lutter
contre le harcèlement scolaire. Après une courte préface où l'auteur rappelle
son histoire et contextualise le phénomène du harcèlement scolaire, le guide se
compose de 14 chapitres, de sources d'informations à aller voir (sites Internet
et livres), de contacts utiles et d'une annexe sur un usage responsable du
téléphone portable.
Tous
les chapitres présentent la même structure. Tous sont très courts, d'environ
trois pages. Ils comportent une présentation du thème (je vais revenir sur
chaque thème étudié), des témoignages de personnes victimes de harcèlement (des
adolescents mais également des adultes en ayant souffert pendant leur enfance)
et également d'anciens élèves harceleurs, un paragraphe intitulé
« Attention ! » où Nora Fraisse met en garde contre certaines
idées reçues ou précise un aspect du chapitre. Un petit récapitulatif intitulé
« Ai-je bien compris ? » permet d’en
retenir l'essentiel.
Résumé du
livre
Le
harcèlement est « une violence répétée, qui peut être verbale, physique
ou psychologique. C'est un rapport de domination » (p.15). Le
harcèlement scolaire est « un projet de destruction orchestré par un
élève qui savoure son pouvoir sur plus faible que lui […] Dans le cas du
harcèlement, il est rare que son auteur reconnaisse ses torts. Souvent, il
accuse sa victime et prétend qu'il n'a rien fait de grave » (p.25).
A l’ère du numérique, un autre type de harcèlement
est apparu : le cyber-harcèlement. En plus de harceler
leur victime lorsqu’ils la croisent, les élèves harceleurs utilisent Internet
et le téléphone pour continuer leurs humiliations et leurs menaces. Selon un
Rapport de l’Unicef, un adolescent sur huit a déjà été victime de persécution
en ligne.
Il n'y pas de
critères précis pouvant expliquer pourquoi certains élèves peuvent devenir des
victimes du harcèlement si ce n'est une différence quelconque : au niveau
de l'apparence physique d'un élève (poids, taille…), de son attitude en classe,
de son origine ethnique ou culturelle, de son milieu social, de son choix
sexuel. « Le harcèlement prospère sur le rejet de la différence »
(p.27).
Certains
membres de la communauté scolaire peuvent hésiter à intervenir, pensant que ce
genre de violences est une étape dans l'apprentissage de la vie. Mais ce n'est
pas du tout le cas, car toutes les formes de
harcèlement sont nocives pour les victimes et aussi pour ceux qui les harcèlent
ou se taisent. De graves troubles peuvent trouver leur origine dans des cas de
harcèlement, comme le décrochage scolaire, la dépression, des addictions à
l'alcool ou la drogue, des troubles de l'alimentation, des automutilations et
une mauvaise estime de soi. Dans les pires cas, l'élève harcelé peut même en
arriver à se suicider, comme cela a malheureusement été le cas pour la petite
Marion.
Les
victimes de harcèlement peuvent réagir différemment en fonction de leur âge. A
l'école primaire, l'élève victime va avoir tendance à se replier sur lui-même
et à s'isoler. Au collège et au lycée, l'élève veut parfois essayer de régler
lui-même son problème. Il ne veut pas inquiéter ses parents. Mais il est rare
que l'élève victime puisse arrêter tout seul le harcèlement qu'il subit parce
que le rapport de forces avec son ou ses agresseur(s) est trop inégal. Certains
élèves victimes tentent de pactiser avec leurs harceleurs et il devient plus
difficile de comprendre qu'ils sont en fait victimes. En adoptant cette
tactique, ces élèves aggravent leur mal-être sans recevoir l'aide dont ils ont
besoin.
Certains
élèves harcelés en arrivent à devenir harceleurs pour échapper à leur rôle
perpétuel de souffre-douleur. Mais souvent, les harceleurs sont des élèves qui
ont besoin d'être admirés par les autres, qui aiment dominer un élève plus
vulnérable quitte à en être craint et à faire peur. Sa victime devient un objet
pour l'élève harceleur. Il peut parfois avoir une mauvaise image de lui-même et
avoir du mal à gérer ses relations avec les autres sans faire preuve d’un
rapport de forces avec eux. Il peut aussi supporter difficilement les règles,
les contraintes et l'autorité des adultes. L'élève harceleur résout ses
problèmes personnels en s'en prenant à moins fort que lui. Il ne sait pas
s'arrêter quand il cède à ses pulsions. Cependant, les harceleurs, s'ils ont
l'intention de faire mal, ne se rendent pas forcément compte de la gravité de
leurs actes et des conséquences de ce qu'ils font.
Concernant
les élèves témoins d'un harcèlement, ils sont les mieux placés pour stopper ces
situations en parlant avec un adulte (membres de la communauté scolaire ou
parents). Le problème est que, souvent, les élèves témoins évitent de prendre
parti par peur de représailles. D'autres s'amusent aussi de la détresse de la
victime. Nora Fraisse insiste bien sur le fait que, s'il ne dénonce pas les
violences faites à la victime, le témoin est complice qu'il prenne part au
harcèlement ou non. Et cela vaut aussi pour les membres de la communauté
scolaire qui minimisent le problème.
Il
est important aussi d'informer les parents sur le harcèlement scolaire. Ils
peuvent en voir les symptômes même si chaque enfant réagit différemment. Le
mal-être de l'enfant peut se traduire de différentes manières : il peut
brutalement ne plus avoir envie d'aller à l'école, avoir ses notes qui chutent rapidement,
entretenir un rapport compliqué avec la nourriture (en ne mangeant presque plus
ou, au contraire, en mangeant beaucoup), avoir des troubles du sommeil ou encore
fuir ses camarades. Un élève constamment exclu des autres, seul à la cantine ou
au CDI (Centre de Documentation et d’Information), peut être victime de
harcèlement.
Chaque
année en France, un enfant sur dix est victime de harcèlement scolaire, qui est
longtemps resté un phénomène ignoré par les pouvoirs publics. En effet, la
première campagne contre le harcèlement scolaire en France date de 2011
seulement alors que la Norvège
en a fait dès 1983. En France, en 2015, à peine un quart des établissements
scolaires ont mis en place une politique de prévention contre le harcèlement,
deux ans après la loi de refondation de l'école qui l'impose depuis 2013.
Pour prévenir
le harcèlement qui a lieu dans l’enceinte de l’établissement, Nora Fraisse
préconise une politique active des responsables scolaires, en concertation avec
les familles, une formation pour les enseignants, une prise de conscience de la
part des parents et des enfants. Ces derniers, s’ils sont victimes ou témoins
d’un cas de harcèlement, doivent contacter des adultes, qu’ils soient parents
ou membres de la communauté éducative. Un enseignant témoin de harcèlement peut
en parler avec le CPE (Conseiller Principal d’Education) pour les collèges et
les lycées. Il faut en informer le chef d’établissement ou le directeur
d’école. Des équipes mobiles de sécurité académiques peuvent intervenir en
milieu scolaire et améliorer la prise en charge des élèves dont les
comportements sont problématiques. La famille de l’élève harcelé, ou l’enfant
lui-même, peut également contacter le numéro vert mis en place par le Ministère
de l’Education Nationale, le numéro Stop harcèlement, le numéro Jeunes
Violences Ecoute ou le 119 (Service national d’accueil téléphonique de l’Enfance
en danger). Il peut aussi prendre contact avec l’un des « référents
harcèlement » chargé dans chaque Académie des actions de prévention, l’un
des médiateurs de l’Education Nationale ou un inspecteur d’académie. Il est
important d’obtenir un accompagnement et un suivi pour vérifier que le
harcèlement a bien pris fin.
En cas de
cyber-harcèlement, les familles peuvent appeler le numéro vert Net Ecoute, géré
par e-Enfance. Cette association peut aider à retirer des photos ou des propos
humiliants ou faire fermer des comptes. Concernant les solutions pour lutter
contre le cyber-harcèlement, il faut faire des captures d’écran, des
sauvegardes de SMS ou des emails qui sont menaçants. L’adresse IP, l’historique
de navigation, les mots-clés saisis dans le moteur de recherche peuvent aussi
être retrouvés. Les photos ou les vidéos humiliantes publiées sans le
consentement de la personne concernée peuvent constituer des pièces à
conviction en cas de plainte.
Les familles
des victimes peuvent contacter des associations contre le harcèlement scolaire.
Pour citer celle de Marion Fraisse La main tendue, elle recueille énormément de témoignages et a lancé le 16 mars
2015 une pétition réclamant un numéro court d'aide aux victimes, disponible 7
jours sur 7. Elle demande également qu'un guide de lutte contre le harcèlement
scolaire soit inséré dans le carnet de liaison de l'élève à chaque rentrée,
qu'il y ait plus de moyens humains et des formations pour les équipes
pédagogiques
Enfin, le
harcèlement scolaire est puni par la loi et les familles des enfants victimes
ont la possibilité de porter plainte. Un enfant mineur peut d’ailleurs se
présenter seul au commissariat pour signaler les faits, même s’il ne peut pas
se constituer partie civile. Les enfants de moins de treize ans ne peuvent pas
aller en prison ou payer une amende, ce sont leurs parents qui sont
responsables civilement de leurs actes. Pour les autres, les peines varient de
6 mois à 18 mois de prison et l’amende peut monter jusqu’à 7500 euros.
Mon avis
Ce
livre est très documenté sur le sujet du harcèlement scolaire. Il se lit
facilement car les chapitres sont très courts et il est facile de s’y repérer.
J’ai beaucoup d’admiration pour Nora Fraisse qui cherche vraiment à comprendre
les mécanismes du harcèlement, y compris en essayant de trouver l’origine de
tels comportements chez des élèves harceleurs. Je trouve cela très louable de
sa part étant donné que sa petite fille est décédée à cause d’élèves comme ça.
Tout comme Marion treize ans pour
toujours, je pense que ce livre doit être dans tous les CDI des EPLE
(Etablissement Public Local d’Enseignement), à la destination des élèves mais
également des enseignants.
Concernant le
cyber-harcèlement, certains élèves créent de faux profils Facebook, piratent
des comptes, publient des photos sans l’autorisation de la personne concernée
dans l’intention de nuire. Ils n’ont aucune idée que ce qu’ils font est puni
par la loi et ignorent la notion de droit à l’image ou de droit d’auteur.
Internet semble être pour certains enfants une zone où tout est permis, y
compris de manquer de respect à un camarade, où tout est anonyme. Pourtant,
tout écrit laisse une trace. Des lois existent pour protéger la vie privée et
la dignité des personnes. La CNIL
(Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) est une autorité
administrative veillant à cela. Le contrat pour une utilisation responsable du
téléphone portable proposé par Nora Fraisse est un très bon outil, qu’elle
destine aux parents, mais les enseignants peuvent aussi l’exploiter. Il me
semble vraiment important que chaque élève comprenne l’importance qu’il y a à
gérer son identité numérique, à ne pas porter atteinte à autrui sur les réseaux
sociaux et à connaître les règles qui régissent Internet concernant la propriété
intellectuelle. Il faut, selon moi, les former à cela dès le collège, voire
même à l’école primaire. Pourquoi pas autour d’un projet pédagogique ou lors
des cours d’EMC (Enseignement Moral et Civique) ou d’EMI (Education aux Médias
et à l’Information) avec le professeur documentaliste ?
Milena Geneste-Mas