Coli Davide, Crotte ! ou comment les pigeons ont
disparu et ont été remplacés par des aigles, illustrations de Christine
Roussey, Nathan, 2016, 32 p.
10€
La problématique posée est de
l’ordre de l’hygiénisme et donc de l’ordre urbain : comment se débarrasser
des crottes de pigeons ? La réponse va se déplier, double page après double
page, chaque solution entraînant de nouveaux inconvénients jusqu’à ce que des
aigles, métaphores d’un pouvoir dictatorial, règnent en maître. C’est donc une
figure de style, celle de l’enchaînement causatif des événements qui est
mobilisée pour créer la dynamique du récit. La conséquence en est l’humour
allié au dessin crayonné, faussement naïf, quelque peu foisonnant de Christine
Roussey. Davide Coli signe, ici, une satire de la société par l’absurde et le
grotesque noués à un rythme narratif qui provoque le rire.
Charlot Benoît,
Cacanimaux,
Casterman, 2017, 16 pages, 12€90
Cet imagier qui prend une petite
allure de documentaire avec clins d’œil à des contes et à des représentations
sociales figés des animaux, est un petit délice d’humour qui se clôt avec une
tirette en dernière page pour tirer la chasse d’eau, rabattre la cuvette,
dérouler le papier…
Figueras Emmanuelle,
Le
Dico des animaux crados, illustrations de Gaël Beullier, Milan, 2016, 20 pages en languettes, 12€90
La littérature de jeunesse est
sans aucun doute un réservoir intéressant d’ouvrages ayant trait au thème de la
scatologie. Tous les livres l’abordent avec humour et rire, jamais avec un
sérieux qui refreinerait l’élan lecteur. Au fil des ans, une bibliothèque des plus
variées s’est constituée chez tous les éditeurs. Depuis le livre pour bébé au
livre pour préadolescent, depuis la fiction jusqu’au documentaire, les volumes
s’empilent sans trop de redondance contrairement à bien d’autres domaines. Le
Dico des animaux crados dit par son titre même que l’humour va primer
ici avec des illustrations désopilantes quoique précises à leur manière. Car,
en fait, l’ouvrage est une somme particulièrement riche et bien pensée par
l’auteure et l’illustrateur. Il y a en tout quatre-vingt-dix entrées qui
renvoient soit à un animal soit à une manifestation de ce qui est dégoûtant
dans les mœurs d’un animal ou d’une espèce.
Et on finit avec bébé, des pieds
crados, le nez qui coule, la bouche qui pue, la tête à croûtes, les oreilles à
caca, les fesses qui pètent, n’en jetez plus la couche est pleine… Mais ceci
n’est qu’une annexe de ce cacatalogue du parfait scatologue enfantin. Un régal…
si on ose dire…
Kimura Ken, 999
Têtards, illustrateur Yasunari Murakami,
Casterman, 2016, 32 p., 14€95
Voici un album qui épouse la
logique du road movie naturaliste. On suit les péripéties des petits de deux
grenouilles, depuis leurs naissances jusqu’à leur installation en une nouvelle
mare. C’est d’abord l’album humoristique de ces improbables petits êtres soumis
aux convoitises de prédateurs multiples. Et puis, c’est un peu plus que cela.
Au bénéfice de l’anthropocentrisme de l’album, c’est une réflexion sur
l’itinérance et la migration que proposent les deux auteurs. A l’instar des
multiplications des points de vue de Murakami, le récit de formation des petits
est récit de formation pour le tout jeune lectorat. Qu’est-ce que vivre chez
soi ? Qu’est-ce que c’est, chez soi ? Il faut prendre de la hauteur
nous dit l’album afin de comprendre le monde. L’humain peut le faire, l’animal
est condamné à le subir. Un album autant profond que drôle et donc ouvert à
toutes les lectures qui s’y inviteraient.
Clément Claire,
Rebelle
au bois charmant, illustrations de Karine Bernadou, Milan, 2016, 32 p. 9€90
Voici un récit consacré à l’amour
de la solitude, au refus du mariage, à l’apologie de la liberté de vivre hors
la norme du couple. Sympathique et jouant de la laideur comme arme de
dissuasion massive contre la conformité, le récit prend de la consistance lorsque
l’héroïne rencontre un héros lui aussi en refus de conformité sociale. Les deux
êtres vont nouer leur chemin, mais en gardant toute leur liberté. Un album
intéressant, même s’il ne réussit pas à penser la liberté comme un acte compris
dans l’espace de la socialisation coopérative.
Gravel, Elise, Je
Veux un monstre, Nathan, 2016, 38 p. 10€
Un appartement transformé en
monstrerie, tous les enfants, de 3 à 7 ans, s’y précipitent. Le fond des pages
ressemble à celles d’un cahier d’écolier. Y sont éparpillés des monstres divers
désignés de néologismes fantasques avec une petite description physique et
comportementale. Ensuite, bien sûr, c’est le déchaînement de la monstrerie et
on rit, on rit. L’héroïne enfant fait alors le dur apprentissage de l’éducation.
Un album ébouriffé plébiscité par la commission lisez jeunesse.
Montardre
Hélène, Les monstres de l’Odyssée, Nathan, 2016, 64 p. M1
Cyclopes, géants, sirènes, nymphe
sont ramenés de la mythologie grecque par Hélène Montardre afin de livrer une
histoire qui les dépasse mais de leur point de vue propre. C’est un travail
instruit, adapté aux enfants de 10/12 ans et qui a pour visée une transmission
culturelle.
Philippe Geneste