Barr Catherine,
Williams Steve, L’Incroyable
histoire de la vie sur terre, illustré par Amy Husband, Nathan, 2016, 34 p. 12€90
L’ouvrage se veut scientifique,
il s’adresse aux enfants de six ans. Son objet, la théorie de l’évolution et
l’apparition de la vie sur terre. Si on dissocie le contenu du documentaire et
sa présentation, on dira que cette dernière est adaptée au lectorat visé. Les
dessins sont enfantins, les pages illustrées composées de manière à redoubler
les informations du texte en en facilitant la compréhension ou la lecture. Le
format confortable, la couverture sous jaquette, le grain agréable du papier,
font de ce livre un bel objet dans lequel rentrer directement.
Pour ce qui est de la composition
générale du livre, le choix de tranches temporelles à partir de 4,5 milliards
d’années forme, grâce à son articulation avec les illustrations par
double-page, un repère. Et ceci, même si les enfants ne se représenteront pas
ces périodes amples du temps préhistorique.
Le contenu du
livre ne nous semble pas en prise, autant que cela, avec les avancées
scientifiques en matière de théorie de l’évolution ; mais ce jugement doit
être nuancé car le discours de la vulgarisation, qui plus est à l’intention
d’enfants, peut rendre le jugement excessif. Nous lui reprocherons, toutefois,
et principalement, une formulation au moins malencontreuse susceptible de reproduire
l’idée reçue dominante sur la théorie de l’évolution : certains « grands singes évoluent vers l’espèce humaine »
(p.25). Comme le dit Patrick Tort (1), « aucun singe contemporain n’a donné naissance à l’espèce humaine. Si c’était
le cas, il faudrait expliquer pourquoi le Chimpanzé, par exemple, tout en ayant
“évolué” en Homme, serait en même temps resté Chimpanzé ». Darwin a
montré, principalement dans La
Filiation de l’homme et la sélection naturelle
(1871) que l’homme et les grands singes étaient reliés par « l’hypothèse d’une ascendance commune »
(2). Darwin écrit : « on ne
peut guère douter que l’homme ne soit un rejeton de la souche Simienne de
l’Ancien Monde ; et que d’un point de vue généalogique, il ne doive être
classé avec la division des Catarhiniens » (3). Bien sûr, un ouvrage à
l’adresse des enfants de 6 à 9 ans ne peut entrer dans tant de considérations
qui requerraient d’aborder la théorie de la variation. Certes, mais la
formulation malheureuse ou, au moins, insuffisamment précisée, peut installer
une compréhension fautive de l’évolution. Darwin le précise bien : « Mais nous ne devons pas tomber dans l’erreur
de supposer que le premier ancêtre de toute la souche Simienne, y compris
l’homme, était identique à quelque singe actuel, ou même lui ressemblait
étroitement » (4)
(1) Tort, Patrick, Darwin n’est pas celui qu’on croit,
Paris, Le Cavalier bleu, 2010, p.16 – (2) ibid. p.17 – (3) Darwin, Charles, La Filiation de
L’Homme et la sélection liée au sexe, traduction coordonnée par Michel
Prum, préface de Patrick Tort, Paris, Paris, Institut Charles Darwin
international – Syllepse, 1999, p.243 (livre réédité depuis chez Slaktine et
chez Champion en format de poche) – (4) Ibid.
p.244/245
Devine
qui ? Mon imagier des émotions,
illustrations de Jarvis, Milan, 2016, 22 p. 12€50
Voici un album documentaire pour
les 4/7 ans qui implique l’enfant, ce qui suppose qu’il est accompagné par
l’adulte car il faut accéder au texte pour que le livre soit efficient. Il
s’agit de découvrir des émotions, de les identifier. Identifier et nommer sont
les deux fonctions dévolues à l’imagier. Ces émotions sont figurées par des
personnages divers, objets humanoïdes, animaux, humains. Le dessin hilarant de
Jarvis sert à merveille l’opération qui pêche par cette confusion des figures
porteuses d’émotion. En effet, il est question d’émotions humaines, on ne
comprend donc pas la présence d’objets humanoïdes et d’animaux. Sinon l’album
est très riche : colère, jalousie, impatience, surprise, joie, agacement,
inquiétude, tristesse, gêne, plaisir, effroi, timidité, que l’on retrouve
plusieurs fois sur les doubles pages où sont regroupées des scènes de vie et
des personnages formant une sorte de scène.
Filliozat,
Isabelle, Limousin Virginie, Les
Cahiers Filliozat, mes émotions, illustrations d’Eric Veillé, Nathan, 2016, 96 p. +
24 p. 12€90
Sept émotions sont privilégiées,
définies comme les « 7 émotions de
base » : la colère, la peur, le dégoût, la joie, l’amour, la
tristesse, la honte. La lecture de la brochure paginée adressée aux parents
nous apprend que d’autres seront traitées dans d’autres cahiers. Une multitude
d’activités sont proposées à l’enfant pour identifier ses émotions, pour les
travailler aussi, les mettre à distance, les apprivoiser. Tout est simple,
servi par une illustration efficace dans une mise en page aérée.
Il est ainsi fait définition des
émotions comme des sensations intérieures, qu’elles « sont physiologiques, dans le corps ». Le livre se fait une
véritable propédeutique à ce qui se nomme, parfois, l’intelligence du cœur et
qui est l’« intelligence
émotionnelle », c’est-à-dire « la capacité à réguler ses réactions émotionnelles et de stress, à
identifier ce qu’on éprouve, à savoir le formuler, en comprendre l’origine et
en reconnaître le déclencheur immédiat et les causes plus cachées ».
Avec très peu de textes et beaucoup d’activités sur le cahier, l’enfant va
comprendre le rôle de l’émotion dans la décision d’agir, par exemple. La
lecture et les activités qu’elle structure visent une prise de conscience
« de ce qui se passe à l’intérieur
de soi ». Mais elle ouvre aussi l’enfant à la reconnaissance des
émotions des autres.
Pour les créatrices du cahier,
celui-ci est un médiateur que les parents peuvent utiliser lors de situations
particulières avec leur enfant pour l’amener à comprendre. C’est une constante
de l’œuvre : « les chercheurs
montrent (…) que le cerveau de l’enfant peine à se réguler seul et que
l’isolement aggrave son stress ». Or, maîtriser ses émotions, c’est
les construire et les construisant, on le sait aujourd’hui contre Descartes,
construire sa raison. Les activités du cahier liées aux décisions à prendre
font expérimenter par l’enfant cette vérité.
Distinction est faite, et pointée
dans le cahier d’activité, entre émotion et réaction émotionnelle :
l’émotion aide à s’adapter à une situation, la réaction reste parasitaire et
fige la personne dans un comportement. Filliozat et Limousin ont une
perspective génétique au sens d’une évolution dans le temps qui suit le
développement de l’enfant et de son cerveau. Or, mettre des mots sur ses
émotions, les différencier, en discuter avec l’enfant aident, disent les
autrices, à lui permettre de « faire
des connexions entre son cerveau émotionnel et son cerveau verbal » et
c’est en tout état de cause, lui permettre de calmer « l’intensité de son émotion ». Ce
cahier permet à l’enfant de traiter l’information socio-émotionelle.
Lenain Thierry,
C’est
Ta Vie ! L’encyclopédie qui perle d’amitié, d’amour et de sexe aux enfants,
illustrations de Benoit Morel,
Oskar, 2016 (1ère édition 2013), 79 p. 10€
Cette encyclopédie parle
effectivement de tout ce que le titre donne comme horizon d’attente. Le texte
est vif, ponctué pour chaque sujet abordé d’éclairages venus d’autres pays et
d’autres civilisations. Il y est parlé des liens (relations, amour, amitié,
hétérosexualité, homosexualité), vie commune, parentalité), des contacts (les
corps se touchent, les gestes, les câlins, les relations sexuelles), des
interdits (lois, internet), des corps, du bébé. C’est un livre intéressant pour
que les pré-adolescent.e.s sachent relativiser les postures face à la vie,
sachent trouver aussi leur chemin sans se conformer aux stéréotypies ambiantes.
Philippe Geneste