Coran Pierre, La
Flûte enchantée, illustré par Charlotte Gastaut, Père Castor-Flammarion, 2015,
32 p. 13€50
Voici l’adaptation sous forme de
conte de l’opéra créé par Mozart. Les thématiques des apparences trompeuses, de
la vérité et de la sincérité prises dans l’entrelacs des relations humaines
dans un monde inégalitaire, sont bien présentes. Elles le sont grâce à
l’histoire et à la fiction, et ne rentrent jamais par l’étouffante fenêtre du
didactisme.
L’histoire d’amour est double,
concernant Pamina et Tamino, princesse et prince, mais aussi l’oiseleur
Papageno et la demoiselle Papagena.
La luxuriance de l’univers de
Mozart repose sur les illustrations fouillées, détaillées, précieuses et
symboliques de Charlotte Gastaut. Les figures sont stylisées, les décors
abondamment présents avec moult motifs. Ces derniers sont tout aussi bien
géométriques que leurs formes naïves. Ils sont appuyés par les répétitions de
couleurs. Si la préciosité des détails abonde, elle sert une netteté du dessin.
Les planches sont d’une architecture rigoureuse offrant à l’affrontement des
couleurs un champ d’expression des oppositions des principaux personnages,
notamment de la reine de la nuit, et du Maître du Bois sacré Sarastro. La
gestuelle des personnages est travaillée avec inventivité. Papageno et Papagena
dansent littéralement sur les planches. L’entrelacement des décors, du milieu
et des personnages promeut un univers syncrétique, propice au conte, où la vie
humaine et la vie des choses et de la nature fusionnent. Et ce, d’autant plus
que, à l’image de la fresque antique ou du dessin moyenâgeux, il n’y a pas de
profondeur dans l’illustration. Chaque page ou double page évitent de mesurer
un parcours des personnages. Ceux-ci sont saisis dans une scène, point dans le
récit qui porte à la scène. Ce parti pris fige le temps, intemporalise
l’histoire.
L’itinéraire des personnages est
conté, les repères spatiaux sont donnés par l’illustration, mais image après
image, sans configuration générale de l’espace. La perception des lieux
équivaut à celle d’un enfant : chaque lieu est le tout de l’espace, chaque
instant, le tout de l’histoire, une histoire contée à merveille par Pierre
Coran.
Ph. G.
Entretien avec Pierre Coran
Quelle a été la source pour l'écriture
de cet album ?
Pierre Coran : En 2000, j'avais versifié "La Flûte enchantée" parue
en album (aujourd'hui épuisé), à la Renaissance du Livre. Cet opéra, depuis
longtemps, me parle par ses dits et ses non-dits.
Le défi que j'ai désiré
relever fut de conter l'histoire à des enfants avec l'espoir que ceux-ci aient
envie d'écouter Mozart, voire de se rendre à l'Opéra en famille et en curieux.
Utopie positive !
Vous êtes un grand créateur de
comptines. On vous retrouve, ici, sur un texte lié à une œuvre opératique donc
aussi musicale. Est-ce que, pour certains passages, la musique a guidé
votre écriture ?
Pierre Coran : Étant imprégné de musique, il est raisonnable
de croire que celle de Mozart influença la musicalité de mon texte.
Qu'est-ce qui, dans La
Flûte
enchantée vous semble verser naturellement dans la littérature
destinée à la jeunesse ?
Pierre Coran : La littérature de jeunesse, littérature à part
entière, se doit, me semble-t-il, d'être une initiation non claironnée à la
Beauté de l'esprit et du cœur.
Avez-vous travaillé en relation étroite
avec l'illustratrice Charlotte Gastaut, ou bien avez-vous travaillé
séparément ?
Pierre Coran : Charlotte Gastaut, en 2008, illustra de superbe
façon mon album Le Prince Hibou chez Gautier-Languereau. Travailler de nouveau
avec elle fut une fête. Je n'ai pas l'habitude de m'immiscer dans le monde de
l'illustration créative mais Flammarion m'envoya plusieurs fois les crayonnés
puis les planches "couleurs". Une collaboration harmonieuse du Père
Castor.
Entretien réalisé
par Philippe Geneste en février 2016