Lamoureux Sophie, Les Légendes noires. Anthologie des
personnages détestés de l’Histoire, illustrations de Virginie Berthenet, 2015, Casterman94 p.
16€95
De l’hérétique Akhenaton en passant par le Prince noir (Edouard
Plantagenêt dit de Woodstock) à la fiscalité impitoyable, de Louis XI à
Napoléon Ier , de Gengis Khan à Torquemada, d’Attila à Raspoutine,
de Néron à Robespierre, d’Hitler à Mc Carthy, de Judas à Staline, de Mussolini
à Franco, d’Oliver Cromwell à Pétain, de Vlad III Dracul à Talleyrand, de
Custer au général Joffre etc. les légendes noires de l’histoire défilent dans
cet ouvrage fort bien documenté, agréable à lire, non machiavélique –si on ose
dire- car explicitant à chaque fois les raisons liées à l’exercice de
l’autorité et au vertige qu’il procure, qui ont amené ces personnages à la
tyrannie, au massacre, à la jouissance sadique dans le crime. C’est un intérêt
de ce volume de montrer que derrière la mythologie nationaliste des grands hommes,
derrière les diabolisations des versions officielles des faits historiques, se
cachent la réalité macabre du pouvoir. Pour y accéder, il s’agit de démêler le
vrai du faux. Il faut souligner que la vertu de l’œuvre de Lamoureux est de
démontrer qu’il serait vain de rechercher dans la glyptothèque des hommes
(presque que des hommes) de pouvoir, il n’y a pas d’un côté le mal et de
l’autre le bien. Racontant la genèse de leur puissance, Les
Légendes noires invitent à penser la notion centrale du pouvoir,
notamment du pouvoir d’Etat ou royal ou de chef d’armée : « Morale et vérité suivent donc deux chemins
distincts, mais les dirigeants se sont toujours efforcés de les confondre »
annonce l’introduction. Respectueuse de ses lecteurs et lectrices, l’autrice
donne une succincte bibliographie des livres par elle utilisés et esquisse une
« petite galerie de méchants
contemporains » en fin d’ouvrage.
Deroin Christine, Mon Frère n’est plus connecté dans sa tête.
[La schizophrénie], oskar éditeur, 2015, 110 p. 12€95 pour les 12/16 ans
L’ouvrage est
composé d’un récit de Christine Deroin et d’un entretien avec Guy Benamozig. Le
récit est celui d’une collégienne qui voit son frère tomber peu à peu dans la
schizophrénie. La jeune fille et ses parents vont réagir avec leurs
sensibilités respectives, avec les stéréotypes, aussi, qui courent sur cette
maladie. Là est l’intérêt du livre qui permet de suivre le parcours de
conscience de Mathilde mais aussi l’évolution des parents face à cet être qui
se coupe d’un monde où il ne trouve plus intérêt à vivre. Bien sûr c’est le
rapport à la différence qui est ici abordé, mais très précisément sur la
schizophrénie, sans l’approximation tant régnante en littérature de jeunesse.
Christine Deroin pose avec acuité la problématique de l’autre : « Voilà ce que je vais dire à
l’infirmière : je dois garder ma dignité et ma dignité est de ne pas
rejeter mon frère » (p.58). Mathilde et ses parents vont ainsi, peu à
peu remettre Jules, le frère, le fils, dans un champ rationnel se permettant à
eux-mêmes de mieux l’aider mais de vivre leur vie avec lui. L’ouvrage étudie,
tout d’abord les signes avant-coureurs, ici le cannabis pris de plus en plus
fréquemment, l’hygiène, l’isolement. Puis il aborde la question de la
médicamentation, de la prise en compte des troubles associés, des
hallucinations, de la définition de la maladie mentale, de l’ascendance qui se
confirme dans la schizophrénie, pour déstigmatiser une affection souvent prise
pour symbole de la folie.
Philippe
Geneste