Le thème de l'homosexualité est bien peu retenu dans la littérature de jeunesse ce qui laisse le champ libre à des lieux communs affligeants. Le regain au début du XXIème siècle d'ouvrages et collections spécifiques soit aux filles soit aux garçons n'arrange évidemment pas les choses. Certes, il y a des quelques ouvrages isolés comme Macaron citron de Claire Mazard (Syros, collection "les uns les autres", 2001.), où est dépeint l'éveil d'une jeune fille à son homosexualité, ou encore Le Droit d'aimer. Combattre l'homophobie de Julien Picquart ((Syros, collection "J'accuse", 2005) où un très bon dossier documentaire suit un récit édifiant et deux témoignages. Mais il s'agit d'exceptions.
Le développement de la littérature de jeunesse depuis les années 70 est marqué par la pauvreté du traitement de ce sujet. Les amours sont conventionnellement hétérosexuels et la part de l'Autre en chacun n'évite que rarement les clichés sociaux. L'ouvrage très récent de l'anglais Terence Blacker Garçon ou fille (Gallimard, collection "scripto", 2006. Cf. la chronique de ce livre par Annie Mas Liaisons novembre 2006) en est une illustration parmi tant d'autres.
Une fois encore, toutefois, c'est le contexte social et les débats qui traversent les sociétés qui se réfractent dans le secteur jeunesse. Le livre publié par les éditions Mijade l’illustre. L’auteur ancre d’abord son récit dans le langage commun, celui des insultes homophobes et sexistes des cours de récréation et de la place publique. Il pose frontalement les jugements sous-jacents énoncés comme des évidences : l’homosexualité est une maladie, c’est une déviance « contre-nature », c’et un vice rédhibitoire. Le récit permet de les confronter au réel des homosexuels, ici, deux jeunes adolescents qui se retranchent dans un isolement : l’un par la dextérité acquise dans le maniement des réalités abstraites, l’autre dans le choix de la mort volontaire, dont on sait qu’elle est cinq fois plus fréquente chez les jeunes homosexuels que chez les autres adolescents. Tabou commence par l’annonce d’un tel suicide. C’est alors l’ensemble des élèves de la classe de collège, à laquelle appartenait Loïc, qui vont être amenés à réfléchir à l’acte de leur camarade, aux raisons de cet acte. La religion –curieusement épargnée par Andriat-, la famille, la société, les politiques, la psychanalyse se conjuguent dans l’élaboration de l’homophobie. Loïc ne s’est pas suicidé parce qu’il était homosexuel, il s’est suicidé parce qu’il subissait l’homophobie.
Un point fort du livre est de faire comprendre que l’homosexuel, l’homosexuelle, structurent leur personne en référence aux insultes et aux violences dont elles sont victimes, ces multiples propos, et actes insidieux qui s’accumulent et vous écartent du groupe. Loïc n’a pas pu l’assumer et c’est ce travail de construction de soi de son ami Philippe qui fait l’objet des deux tiers du roman.
Le point faible est la volonté didactique qui vient rompre la dynamique du récit et pèse souvent sur le style. Cette réserve notée, c’est un livre précieux car rare dans ce secteur éditorial.
Geneste Philippe