Anachroniques

03/06/2012

Regard, paysages et récits

Zep, Carnet intime, Gallimard, 2011, 208 p. 25 €
Quel peut être le rapport entre Porquerolles et Katmandou, Myiajima et Florence ou Paris et Taormina ? Un regard.
Un regard aiguisé qui consigne les moments passés à observer l’objet et l’instant.
Un regard qui se focalise ; une main qui trace. Zep est là, dans ces moments de solitude féconde, avec son art du contrepied (Val d’Illiez), sa pudeur (St-Malo) et sa souffrance (Romainmôtier) consignant un intime voyage aux confins de la méditation.
Si cela nous avait échappé au gré des albums, Carnet intime réaffirme le lieu enfoui au plus profond de soi-même, lieu que Zep a su garder et cultiver avec sa propre enfance. Dans un entretien reproduit dans le dossier de presse, Zep explique que le dessin de ces carnets a servi à éradiquer l’angoisse liée au voyage pour ouvrir le champ de l’exploration.
Textes et croquis sont les côtés face et pile d’un unique instant, mise en abyme de la simultanéité révélatrice de « sa chair qui regarde ».
Dominique Broche

Gaultier Christophe, Le Fantôme de l’opéra, d’après l’œuvre de Gaston Leroux, première partie, Gallimard, collection Fétiche, 56 p. 13€90                              
Gaston Leroux (1868-1927), avocat puis chroniqueur judiciaire enfin grand reporter, est un représentant central de ce qu’il est convenu d’appeler le roman policier archaïque au tournant du siècle, est l’auteur d’une œuvre dont le titre est resté dans les mémoires : Le Fantôme de l’opéra. On est en 1878, des drames inexpliqués secouent l’Opéra Garnier. On retrouve une atmosphère fantastique où l’étrange le dispute à la rationalité de l’énigme propre au genre policier. La tragique ambiguïté du destin de l’héroïne Ingrid Daaé, le liant du souvenir d’une vie d’enfance commune avec un amoureux transi qui cherche à la retrouver, la présence mystérieuse d’un fantôme supposé et l’angoisse créée par la survenue de crimes sont rassemblés dans la dominante de couleurs sombres, de jeux d’ombres à l’intérieur des cases et une composition de planche riche et variée selon la vitesse du récit. C’est une adaptation en Bande dessinée qui ne peut que donner envie au jeune lectorat d’aller lire l’original mais qui est en soi une œuvre.
Commission Lisez jeunesse

Delessert Etienne, Yok-Yok, la tulipe, Gallimard, Giboulées, 2012, 40 p. 7€
Le peintre illustrateur et auteur Delessert poursuit sa série de Yok-Yok. Le thème de la tulipe lui offre l’occasion de magnifier sa dextérité des couleurs. L’histoire n’est ni plus ni moins qu’une fiction botanique. L’enfant apprendra l’histoire de la tulipe, son voyage de l’Himalaya puis à travers l’Europe via la Turquie jusqu’en Hollande. En ce sens, ce volume de la série est une fiction documentaire pour laquelle Delessert fait œuvre de scientifique botaniste qui s’achève en une double page abstraite, pur hymne à la couleur.

La Forêt illustrations de Mettler, Gallimard jeunesse, collection  Mes Premières découvertes, 2012, 24 p., 8.
Arbres, animaux, fleurs, fruits, champignons, sont passés en revue dans des doubles pages animées par des transparents marque de fabrique de la collection. Aisément prise en main par l’enfant de 4/5 ans, mais aussi de 6/8 ans, le volume et ses pages cartonnées sont une source documentaire naturaliste exceptionnelle grâce au trait, au dessin et aux peintures de René Mettler. La beauté des images, la fiabilité du texte et des informations documentaires, l’interactivité présente grâce aux pages en transparent, font toujours mouche. Pour l’histoire de la collection, c’est en 1985 que René Mettler fut appelé par Gallimard pour illustrer la collection qui venait de naître. Intelligence du comprendre, beauté du voir, voilà qui pourrait résumer l’œuvre de René Mettler dans cette collection.
Philippe Geneste

27/05/2012

Du livre, de l'écriture et de la rhétorique

Smith, Lane, C’est un petit livre, Gallimard jeunesse, 2012, 20 p. 6€
Voilà un petit chef d’œuvre pour les petits, par cet illustrateur de presse du NewYork Times. Après son livre C’est un livre, voici un nouveau manifeste pour le livre imprimé à destination, cette fois, des plus petits. On part du Qu’est-ce que c’est que… ? pour aller à Ca fait quoi ? Ca sert à quoi ? Et la réponse est au bout du livre, « c’est un livre ».

Néjib, L’Abécédaire zoométrique, Gallimard, collection Giboulées-hors série, 2010, 54 p. 19€90
Voici une belle création celle d’un abécédaire en bestiaire : A comme ara, L comme libellule, I comme ibis, N comme nasique, X comme xylocope… La page de droite présente la lettre en haut à droite et le nom de l’animal en bas à droite, alors que la page de gauche représente la tête de l’animal de manière très géométrique, avec des aplats de couleur. C’est sans aucun doute un très bel abécédaire.

Lemoine Georges, Pinocchio l’acrobatypographe, Gallimard, collection Giboulées, 2011, 64 p. 15€50
                De 6 à tout âge
Voici un très bel abécédaire qui s’appuie sur une silhouette de Pinocchio pour la décliner par gymnastique dessins l’ABC. A chaque lettre correspond un petit texte avec allitération ou assonance. Le Q par exemple : « Quelle vie ! écolier. Quel métier ! ». On a donc une inscription de la typographie dans l’espace et une invitation à décliner les lettres par le corps. Les petits textes minimalistes sont des clins d’œil humoristiques sans aucune visée didactique. L’album y gagne en légèreté et en poésie.

Haines Mike, Frölich Julia, ABCD Animaux, l’alphabet animé, Milan, 2011, 54 p. 14€90
Il s’agit d’un abécédaire des animaux, (un animal par lettre, soit vingt-six doubles pages), avec une caractérisation de l’animal en guise de description, une photographie sur la page de gauche et un pop up sur la page de droite qui voit surgir, de la lettre en grande taille qui s’anime, la tête de l’animal ou une scène l’impliquant. Le résultat est un régal pour les enfants dès 5 ans surtout que l’usage de typographies différentes, d’onomatopées, de languettes, crée une animation qui enrichit l’ouvrage et l’image donnée de l’animal aux enfants lecteurs.

RHETORIQUE
Shibuya Junko, A Quoi ça rime ? La nuit d’un nain malin, Autrement, 2012, 48 p. 14€50
Voici un ouvrage remarquable, un peu cher tout de même et c’est dommage. Les pages se cachent derrière une fenêtre et la réponse à la question qui sert de titre fait rimer le mot à découvrir avec celui qui est déjà à découvert. L’ensemble, assez conséquent puisqu’il y a quelques 48 pages, est ainsi une propédeutique à la poésie. Annoncé pour les enfants à partir de 4 ans, le livre tient bien ce qui est annoncé. L’ »univers mat est coloré, le papier agréable au toucher est un clin d’œil à une édition soignée. Les dessins sont à la fois simples et abstraits. Quand au fil conducteur, c’est le petit nain malin qui l’assure par sa présence de découvreur de mots à la rime.

Chabas Jean-François, Le Coffre enchanté, illustrations de David Sala, Casterman, 2011, 32 p. 14€95
L’histoire de Chabs repose sur la figure rhétorique de la répétition qui mime l’obsession de la possession d’un empereur. L’illustrateur en profite pour établir une galerie de portraits, ceux des protagonistes appelés à la rescousse par un roi désireux de s’accaparer le contenu d’un coffre inviolable. La luxuriance des peintures et la finesse du dessin de Sala, une nouvelle fois, magnifie dans l’imaginaire une histoire des merveilles. A mettre entre les mains des enfants dès cinq ans.
Ph. G.

18/05/2012

Enigmes d'image et motif de nombre

Riboud Marc, Chaine Catherine, 1.2..3… image, direction artistique Jean Widmer assisté de Martin Argyroglo Callias Bey et Raffaella Cafarella, Les Trois ourses – Gallimard jeunesse, 2011, non paginé, 14€
Après l’abécédaire I comme Image, paru en 2010, le photographe légendaire de l’agence Magnum, renouvelle en collaboration avec son épouse, la journaliste et écrivaine Catherine Chaine, la proposition d’un ouvrage de photographies qui s’adresse aux enfants de 7 à 107 ans et plus. Le fil conducteur, ici, est le nombre de personnages ou d’objets qui explicite le classement ainsi que la configuration des représentations qui viennent désigner un symbole numéral : un enfant roulant dans une roue métallique pour le zéro par exemple. Le livre se fait, alors, livre d’activité. C’est aussi une manière de fouiller la photographie avec l’enfant, de prendre conscience de ce qu’ne vision rapide ne permettrait pas de voir. En même temps, ces photos offrent un voyage à travers le monde.
Donc, un chiffre trône en rouge, au dessus d’une image ; la photographie contient le nombre désigné par le chiffre et l’enfant doit trouver de quoi il s’agit. Et bien sûr, il faut compter. Mais c’est tellement vivant, chaque photographie appelle tellement une histoire, des questions, que tout ceci est un jeu d’enfant. On met « en correspondance terme à terme » les objets d’une image ou des figures ou des personnages de l’image « avec la suite des mots-nombres » écrits en rouge et que l’on peut dire et montrer à l’enfant.
Le livre offre, ainsi, des entrées multiples pour une propédeutique enfantine à la photographie.
Ph. G.

13/05/2012

Fables pour le temps présent

Dumont, Jean-François, La Petite Oie qui ne voulait pas marcher au pas, éditions Père Castor - Flammarion, collection Les p’tits albums, 2012 (1ère éd. 2007), 32 p., 530
                6/10 ans et plus.
Une petite oie, Zita, vient de naître. Et la voilà entraînée par le troupeau marchant au pas et emmené par un chef de troupe fier de son autorité. Seulement voilà, Zita n'est pas dans le rythme et ça trouble, ça trouble, ça heurte l'oreille inspectrice du chef. Alors il s'arrête, repère la récalcitrante à l'ordre de marche, lui fait les gros yeux et l'expulse.
Zita repart à la ferme, triste, triste. Quand le troupeau rentre, elle part à son tour à la mare. Elle a beau faire, le pas de l'oie, elle n'en veut pas. Or, les animaux sont attirés par son rythme. Il n'est pas binaire, il est riche, et chacun y va de son onomatopée propre : le cochon, la vache, le mouton, le pic-vert : splach, snif, splach, toc et snif resplach, toc snif, splach toc splach snif. Même les oies rentrées décident désormais de la suivre et de laisser le chef à son obsession d'ordre. Une harmonie rythmique unit les animaux de la ferme. Voilà comment est née la musique de la ferme. Un beau conte antifasciste diront certains, anti-militariste diront les autres, anti-hiérarchiste enfin. Il serait bien qu'effectivement un rien puisse faire se lever les dignités dans le corps social assombri par trop de soumission. L'illustration classique de Dumont officie parfaitement avec le bouquet final d'humour de l'album.

Rascal, La Nuit des cages, illustrations de Simon Hureau, Didier Jeunesse, 48 p., 2008, 1290                
Cet ouvrage est un chef d’œuvre. L’art de Hureau est magistral et le texte de Rascal d’une fine composition. C’est un ouvrage novateur dans sa structure en cela que le texte précède les illustrations qui, après sur plusieurs pages viennent signifier l’histoire narrée dans ce qui précède. Cette innovation permet de faire suivre à un jeune enfant l’histoire et elle permet, également, au lecteur plus grand ou adulte de se lancer dans une histoire en images.
Les images, justement, sont exceptionnelles. Au texte moyenâgeux, Hureau fait correspondre une dentelle d’encres de chine avec de larges aplats noirs ou blancs. Les pages de texte, elles, sont illustrées sur fond vert, les motifs de l’illustration étant en noir.
Littéralement, le livre raconte deux évasions.
Symboliquement, il est une réflexion sur l’émancipation que les auteurs interprètent comme indissociable de la conquête de la liberté. Il s’agit, pour le héros puis le héros et l’héroïne, d’échapper à l’armée puis à l’armée et à l’Eglise ou aux sectes. L’héroïne s’avèrera être une Mélusine, le héros un fils de l’ogre. Mais ils vivront loin de la famine et des guerres. C’est la revanche des déviants des histoires édifiantes de l’enfance et de la jeunesse, la victoire de l’amour en liberté qui fait pousser des ailes aux rebelles du monde d’en bas.

Dumont, Jean-François, La Grève des moutons, éditions Père Castor - Flammarion, collection Les p’tits albums, 2012 (1ère éd. 2009), 32 p., 530
                6/10 ans et plus.
Contre l’exploitation dont ils sont les victimes (« Pourquoi ce sont toujours les mêmes qui sont tondus ? »), les moutons sont en grève. Ils campent dans leur pré sous le regard des personnages de La Petite Oie qui ne voulait pas marcher au pas. Le gendarme canin de service, Raf, va vouloir faire régner l’ordre ferme de l’ovine oppression mais il sera chassé du pré, lieu autogéré par les grévistes qui préparent une manifestation. Raf convoquera tous les gardes-chiourmes aboyeurs des fermes voisines. Les vigiles canins s’inquiètent de cette occupation du lieu de production par les moutons qui risque de faire tache d’huile. Le spectre de la grève générale plane sur leur réunion et eux, les gardiens, vont perdre leur job. .
Mais pour gagner, la grève doit s’étendre aux autres animaux de la ferme. Or, ceux-ci sont partagés. Certains ne comprennent pas les motivations des moutons, d’autres voient d’un mauvais œil l’ordre des habitudes secoué, d’autres, enfin, sont solidaires.
La manifestation a démarré, sous le slogan « Moutons, oui ! Pigeons, non ! », slogan diviseur peu propice à créer l’unité des animaux exploités et n’exploitant personne en retour. Les chiens qui barrent la route du cortège vont recréer les liens d’intérêt commun mis à mal, et c’est la grande mêlée sur une double page éclatante de couleurs et de motifs. En assemblée générale, les animaux de la ferme décident de produire le nécessaire à la survie économique tout en assurant à chacun et chacune le bien être, un bon manteau en laine pour les moutons, un legs d’œufs rationnel des poules qui assurent ainsi leur descendance, l’entraide de tous et toute. A la dernière image, la clôture du pré a disparu et les moutons arborent les couleurs de la vie. 
Geneste Philippe

06/05/2012

Poésie narrative picto-graphique

Thommen Sandrine, L’Arbre, Autrement, 2012, 32 p. 14€50
Voici un récit purement graphique qui se donne pour une allégorie. Le dessin y est abstrait et nécessite l’interprétation du lecteur. C’est une histoire de respect entre l’humanité et la nature où les hommes industrieux acceptent de se mettre au diapason de l’ordre naturel symbolisé par l’arbre.
Pour ce faire, ce dernier est personnifié en dragon. C’est là que portera notre critique de ce bel album grand format (270x360 mm). En effet, la personnification ne permet pas, contrairement à l’idée sous-jacente à l’œuvre, une prise de conscience directe par l’enfant de l’enjeu du rapport humain à la nature. En effet, la personnification est un écran supplémentaire dans l’interprétation à donner aux images. On pourrait, peut-être discuter de ce vœu s’il s’agissait d’un texte, mais, dans un récit purement graphique, l’image doit être lue au second degré et cela nécessite un lectorat de 9/10 ans et plus. Si c’est à cette tranche d’âge que l’on destine l’œuvre, alors, nous louerons l’album. Nous maintiendrions nos réticences si l’album était destiné à des enfants dès 5 ans. L’allégorie est une figure de rhétorique qui nécessite, nous semble-t-il une réflexion et un arrière plan culturel que l’enfant de 5 ans ne peut avoir. Il est probable qu’il serait perplexe devant les grandes et belles images abstraites de Thommen.

Stéphane Barroux, La Fabrique, Autrement, collection Histoires sans paroles, 2012, 32 p. 12€
Un chef d’œuvre. Le personnage de cet album en couleur, est un ouvrier. On le voit aux prises avec els machines : il visse, assemble, mélange, arrose, transporte, surveille les nanomètres, dose, verse, calcule. Et il est seul, dans cette fabrique. Que fait-il ? On ne le saura qu’à la fin : il produit des nuages, des nuages illustrés qui voguent ensuite dans le ciel bleu, égayant le paysage. L’ouvrier les regarde s’échapper des longues cheminées, les figurines imprimées le regardent aussi. Une nouvelle journée commencera, demain.
Si le graphisme est simple, la poésie n’embellit pas le monde de l’usine, mais elle ne l’enlaidit pas, non plus. On pourrait même dire que l’ouvrage est un hymne au travail à l’œuvre ouvrière. Le choix du traitement poétique du thème serait à l’origine d’une telle interprétation. Le format italien, la bonne reliure et le coffret cartonné, dans lequel est glissé l’ouvrage, solennisent l’entrée dans l’histoire.
Car c’est l’histoire d’une vie, d’une somme d’expériences, de douleurs, d’échecs, de joies, que l’art transcende et apporte en lecture aux autres. On s’interroge sur l’absence e présence humaine autre que celle e l’ouvrier : le monde industriel est-il symbolisé par cette désertification ? On s’interroge, aussi, sur les tas de bustes enfantins, de poupons, de poupées, sur les monceaux de fleurs coupées, à terre, d’oiseaux, en tas, tous gris pareils à la poussière née de l’usure des choses : faut-il y lire un symbole de l’usure de la vie que l’œuvre créatrice vainc ? On ne peut échapper à l’interprétation nécessitée par le passage des écrans de contrôle où passent des images de ciel aux nuages blancs à l’échappée par les cheminées, en plein ciel, des nuages de couleur ? Est-ce la création des couleurs qui serait devenue le thème du récit ? Passerait-on d’un rêve de nuages à un personnage nuageur symbole de l’œuvre créatrice du travail indissociable de l’humanisation du monde ?
En même temps, l’auteur a intelligemment repris une interrogation courante des enfants : mais d’où viennent les nuages ? Comment se forment-ils ? L’album est une magnifique réponse qui ouvre tout  grand l’espace interprétatif et donc le dialogue avec l’enfant et ce, différemment, selon son âge.

Muzo, Un Petit nuage, éditions Autrement, collection Histoires sans paroles, 2005, 32 p. 12€ ;
Les dessins naïfs se suivent sur les doubles pages, contant à chaque fois un épisode de la balade du petit nuage. Ce dernier partage avec les autres : livre de l’eau à la grenouille, arrose les fleurs assoiffées, fait renaître les ruisseaux dans les campagnes. Mais il reste seul, soumis à la pollution des villes, chassé par les parents qui ne le voient pas rentrer dans la chambre de leurs enfants quand ceux-ci font leurs devoirs, délaissé par les oiseaux après s’en être servi de refuge. Heureusement, un petit nuage montera d’un calumet de la paix et le jeune lectorat se trouve alors transporté au pays des nuages.
Philippe Geneste

29/04/2012

Explorations, explorateurs … exploratrices ?

Wilkinson Philip, Les Explorateurs, traduit de l’anglais par Marie-Claire Seewald, Rouge et Or, collection tout un monde, 2012, 64 p. 9€
Cet ouvrage est éditorialement attractif avec un prix bas pour un si grand format (24x30,5 cm), ce qui est à relever. Il s’adresse aux enfants de 8/9 à 11 ans. Le texte est ainsi adapté à ce public. Le danger pour l’auteur est de risquer l’inexactitude par raccourcis dans la présentation des découvertes. Ainsi, sur Darwin, Wilkinson qui le traite, avec justesse dans un chapitre « Exploration et science », présente la théorie de l’évolution biologique de Darwin comme celle de « la variabilité des espèces expliquée par le milieu ». Une telle affirmation ne permet pas de comprendre la divergence entre Lamarck et Darwin, car elle ne souligne pas les processus d’adaptation des organismes au milieu.
Sinon, l’organisation du livre qui répartit équitablement l’écriture entre chapitres historiques et rapport de la science aux travaux des explorateurs est très intéressante. C’est aussi un point de vue intéressant puisqu’il quitte le domaine du destin individuel pour comprendre l’exploration de la terre au sens scientifique. Par ailleurs, l’ouvrage couvre une large période de l’Antiquité à nos jours.

Pouget Anne, Docu BD. C’est leur histoire. Les Explorateurs, illustrateur, Vincent Dutrait, Casterman, 2012, 96 p. 14€95
Le livre se divise en six chapitres : Marco Polo, Magellan, Cook, Lewis & Clark, Livingstone, Roald Amundsen. Chaque chapitre commence par un court repérage historique suivi du récit en six pages de la découverte principale de l’explorateur ; puis vient l’approfondissement d’un épisode notoire de cette exploration en bande dessinée (quatre pages) et se clôt par deux pages de brèves informations autour des découvertes et de l‘histoire de l’époque traitée. Destiné aux 9/12 ans, le livre est parfaitement adapté. Le parti pris de traiter un épisode en particulier de la découverte permet d’entrer plus intensément dans la problématique historique.

Mundy Robyn & Rigby Nigel, Les Grands Aventuriers des mers, Flammarion, 2012, 64 p. 16€
Le livre de grand format (25 x 29,5) évoque cinq explorateurs : Magellan, Cook, Shakelton, Heyerdahl et Chichester avec pour chacun une quinzaine de pages dont certaines se déplient en poster. Sont donc évoqués, le Pacifique, l’Antarctique, la Polynésie, le tour du monde en solitaire. Cent soixante-quinze documents visuels nous font découvrir les lieux et les espaces des découvertes ou explorations. Une cartographie permet au lecteur de se situer. Le texte, volontiers narratif évoque le contexte historique. C’est un livre, qui de part sa configuration s’adresse plutôt aux 10/13 ans.

Ces trois ouvrages, par leurs approches différentes, ne font pas doublon. Ils se complètent, notamment sur la question de la découverte des pôles. On regrettera, toutefois, l’absence totale de femmes exploratrices. Pour les amoureux de la thématique des explorations, nous ajouterons un ancien ouvrage, toujours disponible, de Dominique Lanni, Explorateurs du XVIIIème siècle, illustrations de Christian Heinrich, Gallimard jeunesse, collection Sur les traces de…, 2007, 126 p. 19€90 qui présente J-B Labat (Antilles), La Condamine (Amazonie), Chappe d’Auteroche (Sibérie), , Bougainville (Tahiti), Cook (et Le Pacifique), Hodges (l’Île de Pâques), La Pérouse, La Billardière (parti à la recherche de La Pérouse), Mungo Park (au cœur de l’Afrique), Humboldt (Les Amériques).
Philippe Geneste

22/04/2012

Florilège du quotidien

CM1 A et B, école Bouvines Paris11e avec Emilie Ducouret et Annie Rezgui professeurs des écoles, Comme c’est bien !, préface de Philippe Delerm, illustrations des auteurs, Paris, L’Harmattan, 2012, 123 p. 11€50


L’ouvrage rassemble les textes d’élèves de deux classes de CM2 et les illustrations réalisées en regard. Le point de départ en a été l’étude du livre pour enfant de Delerm, publié chez Milan alors que l’auteur n’avait pas encore connu le succès marchand : C’est bien. Dès lors, le titre publié par les élèves de CM1s’éclaire : écrire comme C’est bien qui a été lu et analysé.
Chaque histoire d’élève fait une demi-page et nous conte, à la manière de Delerm, un rien de la vie, un instantané, un rappel de mémoire suscité par une expérience présente. On a un éventail, qu’il serait intéressant d’analyser avec d’autres classes du cycle 3, à qui serait proposée la lecture de l’ouvrage chroniqué. Il y a, là, en prolongement possible, en quelque sorte, une entrée dans une réflexion, voire dans l’écriture, sur la vie et sur le quotidien des enfants de 8 à 11ans. Si la littérature écrite par la jeunesse était prise au sérieux, il ne fait pas de doute que Comme c’est bien ! serait proposé en lecture dans les classes
Le livre est organisé en secteurs de tranches de vie : la maison (deux textes), le jeu (six textes), les animaux (trois textes), l’école (six textes), le sport (douze textes), la musique (deux textes), les sorties (sept textes), les fêtes (quatre textes), les vacances (huit textes), le rêve (trois textes), la nuit (quatre textes). A cette énumération, on peut voir la prégnance des loisirs promus par les institutions sociales. C’est déjà une première piste de critique sociale qu’offre le livre et qu’il faudrait croiser, avec d’autres expériences de ce type, pour connaître l’impact exact de l’ordre social sur les mentalités enfantines.
La lecture des textes ouvre, elle, au dialogue sur ce qui y est écrit. Il y a, ici, une richesse véritable surtout que, même si les textes ont fait l’objet comme tout texte destiné à publication, à une relecture, ici d’adulte, ils ont conservé leur teneur et, me semble-t-il, dans le respect de ce que les élèves ont produit.
Le modèle choisi, le livre de Delerm, explique que tous les textes soient des textes euphoriques. Ce n’est pas là une critique. Il est évident qu’en variant les consignes –dont, en annexe, le livre nous indique la trame dans lesquelles elles s’inscrivent– la tonalité des textes pourrait varier. En tout cas, le livre des CM1 et 2 de l’école Bouvines prouve que les élèves portent un matériau brut de création de belle richesse qui, s’il trouve les modalités de la rencontre d’un lectorat élargi, pourrait apprendre à la société à regarder l’enfance dans sa réalité et approcher, ainsi, sa sensibilité sans passer par le prisme des sciences humaines très réductrices car, en général, adultocentrées.

Comme c’est bien ! est une belle initiative à faire entrer dans toutes les bibliothèques d’écoles et CDI de collèges.

Geneste Philippe

15/04/2012

Du pacifisme dans la littérature pour la jeunesse

Langlois, Denis, Le Déplacé, éditions de l’aube, 2011, 253 p. 16€50
Connu, entre autres, pour Les Dossiers noirs de la police française (Le Seuil, 1971), L’Affaire Seznec (Plon, 1988), Slogans pour les prochaines révolutions (Le Seuil, 2008), Denis Langlois signe là un roman passionnant où l’actualité nourrit la vie des personnages, où la fiction transporte du Liban la problématique des réfugiés.
Le récit est écrit à la première personne. Et il est vrai qu’il se présente comme une autobiographie parcellaire, le narrateur évoquant la mort de son père. Mais par la suite, on entre dans une fiction qui va mener le personnage principal au Liban à la demande d’une mère qui recherche son fils. Là s’arrête l’autobiographie et s’ouvre un récit d’enquête. Le héros du livre est donc un absent, Elia Kassem qui a disparu au cours de la guerre du Liban lors des affrontements entre Druzes et chrétiens au début des années 1980. Kassem était un pacifiste convaincu, enseignant. Il refusait le port des armes et pour cela a subi la haine du camp chrétien de son village :
« Les hommes (…) qui racontaient leurs exploits. Kassem ne participait pas à la discussion. Il n’en avait pas envie. Chaque fois qu’il ouvrait la bouche, quelqu’un disait : “Ah ! toi, ça va, le pacifiste ! ça va, le dégonflé !” » (p.69).
Kassem pensait, lui, que
« la vengeance ne servait à rien, que c’était un sentiment négatif qui ne pouvait pas aider un être humain à se reconstruire. Les vivants ne devaient pas être au service des morts » (p.55).
Sa famille a été massacrée, et il traîne une culpabilité qui fait l’objet de l’intrigue sans que s’en aperçoive immédiatement le lecteur. Kassem a été déplacé, puis on a perdu sa trace alors que sa mère s’exilait en France :
« Est-il d’ailleurs indispensable pour un déplacé de se mouvoir ? La question est stupide, mais pas si stupide que cela. On peut être déplacé dans sa tête. Ne pas se sentir bien où l’on se trouve, ne plus savoir quelle est sa véritable place. Un déplacé, c’est quelqu’un qui a perdu sa place. Quelqu’un qui cherche à retourner à la case départ, mais on ne retrouve jamais la case départ dans l’état où on l’a quittée. Non seulement on ne reconnaît pas les lieux, mais on ne se reconnaît pas soi-même. Il faudrait pouvoir emporter sa case départ sur le dos, comme un sac de camping, mais par définition la case départ ne part pas. Elle reste là, en regardant le dos des partants. Quand ils reviennent, elle ne les reconnaît pas, elle ne les a jamais vus. Personne d’ailleurs ne les reconnaît. On ne sait pas quel nom leur donner. Les retournants ? Les revenants ? » (pp.237/238).
Le livre nous parle donc de l’impossibilité de revivre lorsque le regard ne se tourne que vers le passé, vers les paysages abandonnés, les êtres chers perdus. Le livre interroge cette part sclérosante de la mémoire, sa force de pétrification et il en fouille les ressorts. Ce figement est une fuite immobile de soi-même, de ses illusions :
« Là, il n’y a pas de remède. Je peux partir aussi loin que je veux, je me retrouverai toujours en travers du chemin. Je m’emmène dans mes bagages. Quand je les déballe, je constate que je suis là. Je me quitte, mais au débarcadère du bateau, au pied de la passerelle de l’avion, la première personne qui m’accueille, c’est moi ». (p.89/90)
« Bref, aucune solution. La fuite ne sert à rien. Je peux tourner la page, mais non déchirer le livre ». (p.90)
Ce qui convainc, c’est le non machiavélisme du regard du narrateur. Ainsi, cette femme qui a connu Kassem :
« Les non-dits, c’est le plus lourd à porter. Non seulement pour les victimes, mais pour les coupables. Ils croisent dans la rue ceux dont ils ont massacré la famille ou pillé la maison. Ils ont peur. Ils ont besoin d’un pardon. Les autres, ceux qui se sont comportés humainement, ont besoin de reconnaissance. Le silence fait que tout le monde est solidaire, et l’on oublie que de nombreux Druzes ou chrétiens n’étaient pas d’accord. Certains ont même risqué leur vie pour s’opposer aux massacres. En général, le héros, c’est le guerrier qui triomphe de l’ennemi. Il faut réhabiliter, ou plutôt habiliter, celui qui sauve la vie de ceux que l’on considère à tort comme des ennemis. » (p.138).
Cette posture peut, parfois, irriter quand elle flirte avec la neutralité. Mais ce que montre le roman, c’est la perversité de la guerre :
« Beaucoup s’en mettaient plein les poches. Les taxes, les amendes, les péages, les dessous-de-table. La guerre c’est aussi du commerce ! Lui, Elias, il ne touchait à rien » (p.101).
Et de ce fait, ce que montre aussi Le Déplacé, c’est que l’attitude du refus est un engagement. :
« C’est quoi la bravoure ? C’est quoi la peur ? Elias, lui, il ne voulait pas se battre, il ne voulait pas prendre parti dans la boucherie. Mais en dehors de cela, il ne manquait pas de courage » (p. 100).
On pense alors, dans ces pages-ci, au grand roman du romancier catalan Ludovic Massé, Le Refus, écrit en mars 1945 et qui tient « dans cette affirmation du personnage principal : “qu’en une telle époque, il n’y avait de générosité, de dignité et de liberté que dans le refus” » (1). Le roman de Denis Langlois n’épouse pas totalement le ton du roman de Ludovic Massé. Elias Kassem traîne une blessure de tristesse purulente de lâcheté, non pas face à la guerre, mais face à un drame intime né de la guerre, où s’enracine ce sentiment de culpabilité qui pèse sur la narration au fur et à mesure que l’on avance dans le récit. La fin du livre présente une allégorie : c’est une petite fille aux yeux mauves assise en haut de l’escalier de la maison d’Elias Kassem où se rend le narrateur. La petite fille tend au narrateur une enveloppe blanche laissée pour lui par Elias Kassem qui n’est pas là et elle lui tend aussi « un minuscule fruit rouge de grenadier ». N’est-ce pas une promesse de rencontrer les vivants, le signe d’aller à la rencontre du vivant, de soi vivant, ce qui ramène à l’interrogation du tout début du livre.



(1) Ludovic Massé, « Avertissement au lecteur », Le Refus, Vinça, Le Chiendent, 1985, pp.7/8

Jean-Albert Mazaud, Récolte la Tempête, Milan, collection Macadam, 2012, 103 p. 9€90
Lieu ? Quelque part en Afrique, mais sans identification absolue. Personnages : un enfant soldat. Trame : un garçon enrôlé de force dans l’armée d’une guerre civile suite au massacre de son village, refuse de violer une victime d’un autre village anéanti par la dite armée. Désobéissant, il choisit, alors, pour son salut, la fuite en emmenant la femme dans son défi à l’ordre moral guerrier. Autant significatif quant à la condition de la femme par temps de guerre, de toute guerre en toute contrée, le roman scrute la conscience de cet adolescent en rupture, écœuré de lui-même autant que du monde, hanté par les fantômes des tueries auxquelles il a déjà participé. Ici, c’est par l’auto-organisation de femmes victimes des rapts, des viols, en fuite, réunies à l’intérieur d’une forteresse abandonnée au milieu d’un lieu désertique, que se reconstruit l’humanisation d’un monde échoué. Cette oasis est un espace de paix et c’est donc dans la paix que les corps, les cœurs, meurtris peuvent se redresser et commencer un chemin vers la conquête de la dignité humaine qui est aux antipodes de ce que l’idéologie guerrière nomme le courage.
La narration de Mazaud évite les ornières de ce genre de roman historique traitant de la haine et de l’exaction des guerres. Sans entrer dans l’exhibitionnisme de l’horreur, les choses sont nommées, et la conscience adolescente scrutée en ce qu’elle est effectivement capable de réaliser comme représentation du monde. Récolte la Tempête est un roman sur la peur. Mais alors que dans le récit d’horreur, la peur est un moteur pour l’intrigue, un élément du plaisir de la lecture, ici, la peur est pointée comme manifestation de l’humanité et notamment de ce sentiment de sym-pathie grâce auquel, dans l’évolution des espèces, l’humain a conquis sa survie et sa place dans la nature.
Si la question des interventions humanitaires est traitée avec peu de jugement critique, elle est néanmoins présente et on le voit, avec un regard qui pointe les limites de ces interventions extérieures qui surfent sur les conflits plus qu’elles ne peuvent les innerver de par la radicale extériorité des préoccupations qui les anime et qui fondent leur financement. On peut même penser que le roman, sciemment ou non, porte un message inverse à celui de ces organisations. Il ne s’agit pas de charité ni d’aide. Non ; il s’agit de rappeler au cœur des actes de chacun et chacune un sentiment enfoui de solidarité, de nécessité du rapport à l’autre sans lequel l’individu ne se construit pas. C’est là, peut-être, un peu extrapoler par rapport au livre. Toutefois, si on considère la concomitance de la lente libération par le garçon des entraves de sa peur, et son hébergement par la communauté des femmes, alors, notre propos est confirmé.
Lorsqu’à la fin du récit la paix entre les fractions opposées est proclamée, la question de la manière dont peut être surmontée la haine engendrée par la guerre qui s’en nourrit et qui la nourrit, est particulièrement bien posée. C’est aussi un des thèmes du livre de Denis Langlois, Le Déplacé.
En même temps, le roman est un éloge du conte, de la littérature et du livre, grâce à l’histoire de l’enfance du garçon. Mais là encore, Mazaud ne fait pas dans le didactisme et cette thématique entre dans l’histoire sans effraction. Elle permet de constituer au fil des pages la psychologie du personnage central.
Dans une production littéraire pour la jeunesse marquée par les dérivées de l’heroïc fantasy qui emprunte souvent à la thématique guerrière pour constituer des récits d’apprentissage, il est réconfortant de lire l’ouvrage de Mazaud : un livre qui parie sur la réflexion du jeune lectorat, qui n’entre dans aucune des voies stéréotypées actuelles du traitement de l’actualité des religions, de la femme, des minorités et de l’oppression ethnique.



Geneste Philippe

08/04/2012

En partance d'usine

Levaray Jean-Pierre, C’est quoi ce travail ?, illustrations de David Rebaud, éditions Chant d’orties, collection graines d’orties, 2012, 29 p. 7€
Jean-Pierre Levaray est un écrivain prolétaire qui connaît une certaine reconnaissance depuis la parution de son récit Putain d’usine. A notre connaissance, c’est la première fois qu’il publie un ouvrage en direction de la jeunesse.
Comme presque toujours en littérature prolétarienne, le récit emprunte à l’expérience du travail de l’auteur pour ancrer l’histoire et la fiction qui la porte. Ici, c’est un quartier ouvrier d’une ville, situé à proximité d’une usine que tout désigne comme usine chimique classée Sévéso, comme celle où travaille Levaray.
La petite fille, Annabelle, héroïne de l’histoire, fait vivre cette usine depuis son regard d’enfant : les trois huit du père, la fatigue des parents au retour du travail, des parents qui se croisent souvent à cause de leurs horaires, le silence qui entoure ce travail, les hautes cheminées, les lumières, les fumées, les alertes qui font trembler les murs de la maison, les bâtiments industriels qui se muent en paquebots fantômes, en monstre des nuits du temps, voilà ce qui porte le fil chronologique d’une narration à la première personne.
Le père sera licencié et l’enfant décrira la lutte pour le maintien de l’emploi : « Je ne comprenais pas que lui, qui semblait ne pas aimer son travail, qui semblait même en souffrir certains jours, veuille se battre pour le garder. C’est quoi ce travail ? ». Elle dira, depuis ce qu’elle en comprend, la grève.
Les illustrations en noir et blanc de David Rebaud collent à l’histoire avec intelligence, mariant réalisme, fantastique et trait quasi naïf pour l’ultime image du livre.

Philippe Geneste

01/04/2012

Les éditions Les Carnets du Dessert de Lune

Pourriez-vous nous dire quelques mots sur vos éditions?
- Les Carnets du Dessert de Lune ont vu le jour en 1995, pour donner une suite aux ouvrages des éditions L'Horizon Vertical qu'animait Antonello Palumbo, un ami décédé inopinément. Au départ, il s'agissait de publier ce qui était en prévu sans projet de continuer. Cela fait 17 ans que ça dure et, de la poésie, aux textes courts, en passant par le roman, les ouvrages illustrés et récemment les livres pour la jeunesse, les éditions continuent leur petit bonhomme de chemin en toute indépendance.

Quelle place y tient la littérature de jeunesse?
- Elle y tient une place modeste. Le projet étant de ne publier qu'un ou deux ouvrages par an.


Vous êtes un éditeur belge. Comment caractériseriez-vous la littérature de Belgique destinée à la jeunesse ?
- Elle a comme la littérature jeunesse d'autres pays, ses maisons d'éditions connues et d'autres plus modestes, ses auteurs et illustrateurs de référence. Je ne la connais pas suffisamment mais, comme dans la littérature adulte ou le cinéma belge, il y a, du point de vue graphiste ou de la façon de raconter une histoire, ce petit quelque chose d'indéfinissable qui rend l'imaginaire différent.

Avec Vole Vole Vole (1) vous publiez un ouvrage de poésie, ce qui reste peu fréquent dans le secteur de la jeunesse. Est-ce un choix éditorial qui s'inscrit dans une perspective spécifique à la jeunesse?
- Oui. L'envie est de trouver un équilibre entre la poésie pour adultes et les comptines pour enfant, sans tomber dans la mièvrerie ou la fausse simplicité comme c'est trop souvent le cas dans ce domaine. L'équilibre n'est pas facile à trouver.

Entretien réalisé en février 2012 par Philippe Geneste


(1) Pour la chronique du livre, voir le blog du 5 février 2012 "Brièvetés".