Chaine Sonia, Besti’Art, Milan, 2011, 42 p. 17€90
S’appuyant sur les mythologies du monde, l’auteure dresse un bestiaire de ces animaux imaginaires inventés par les hommes soit pour expliquer l’inexplicable, soit aux fins de servir les pouvoirs politiques et religieux. Monstres marins, monstres terrestres ou célestes, peintres, sculpteurs, inventent et réinventent, reproduisent et interprètent ces figures imaginaires qui peuplent les représentations sociales humaines. Sonia Chaine permet d’aller à la rencontre de certaines d’entre elles (Sphinx, chimère, stryge, centaure, griffon, sirène, bacchante, phénix, créatures arachnéennes etc.) et c’est autant un régal de la vue qu’un savoureux espace d’érudition, donnés sur grand format italien (31 x 24,5). Le lecteur se trouve, ainsi, placé devant l’évolution de ces figures ce qui ne manque pas d’enrichir sa compréhension des peuples et de la condition humaine.
David François, Tes mots sur mes mots, Motus, 132 feuillets dans un boîtier en simili cuir, 2011, 10€
Les 132 carrés de papier (9cm x 9cm) regroupés dans un bel étui noir au titre en lettres d’or. Le lecteur est invité à écrire par-dessus le quatrain laissé en filigrane par l’auteur sur chacun des cent trente-deux papiers dont le premier : « Ecris sur mes mots / tes mots / auront un peu / le goût des miens ». Le palimpseste n’est donc pas à décrypter mais à créer.
L’écriture des mots cache toujours les mots des autres que l’on utilise, sauf, qu’ici, c’est en surimposant ses propres mots à ceux d’autrui, concrètement, c’est-à-dire scripturalement, que le jeune écrivant s’approprie ceux de François David. L’enfant peut écrire dans l’interligne, ou bien par-dessus le texte initial ou bien encore, retourner le papier et jouer à écrire à rebours, ou encore, figurer une écriture en diagonale ou attaquer le texte par côté. On a envie de dire que nous pourrions inciter le jeune lecteur à jouer en tout sens cet exercice de sur-écriture.
Visuellement, génétiquement (au sens de genèse) l’enfant éprouve l’intertextualité comme constitutive de tout écrit, comme elle l’est de toute parole, différemment certes. La modification du texte, le déplacement, le maquillage, la biffure, la surimpression sont des sources de créations nouvelles surprenantes, parfois versant dans la platitude, d’autre fois, dans l’éblouissement.
Dans tous les cas, ce livre-objet qui se crée par la créativité même de l’enfant implique la relecture, la suscite, car une fois le texte écrit, l’enfant lit en associant les deux et l’exercice est plein d’intérêt. Rien ne l’empêche d’ailleurs, de barrer, de rayer, bref, d’aller vers le caviardage. Ce n’est finalement qu’approfondir le dialogue d’où est né le nouveau texte par association des deux textes, l’initial et le surimposé.
Ainsi, cet étui est-il une affirmation de l’écriture comme dialogue avec les autres, comme appropriation personnelle d’un matériau extérieur et une expérience de l’individualisation de l’écriture à partir de l’écriture des autres. Il est aussi une confirmation d’une thèse que nous développons par ailleurs avec insistance, à savoir qu’écrire c’est réécrire et qu’écrire c’est se lire à travers les autres.
Ionesco Eugène, Contes 1, 2, 3, 4. Pour enfants de moins de 3 ans, illustrations d’Etienne Delessert, Gallimard, collection Album, 2009, 112 p. 17€
D’après la postface d’Etienne Delessert qui illustre avec sarcasme et humour grinçant tout en employant des couleurs tendres, le livre, ces quatre contes auraient été écrits par Ionesco pour sa fille Marie-France. Dans l’histoire, la fillette devient Josette. Les récits tendent à l’absurde, avec, pour le dernier des réminiscences à certaines pièces de l’auteur. Est-ce des contes ? Non, probablement pas, l’absurde n’est pas le merveilleux. On a donc affaire à des récits qui explorent les échappées que fournissent le quotidien à l’imaginaire. Les jeux de mots abondent, les quiproquos aussi, et la narration laisse la place aux dialogues où excelle Ionesco :
« Comment s’appellent les images ? / Papa répond : les images ?... Comment s’appellent les images ?... On ne doit pas dire « les images » il faut dire « les images ». / Jacqueline arrive. Josette se précipite vers elle et lui dit : -Jacqueline, tu sais, les images, c’est pas des images, les images, c’est des images ».
Ces contes font rire et, sans toutefois passer par la comptine, empruntent la voie de la tradition nonsensique de Lewis Carroll, Brighty Rands…
1, 2, 3, couleurs ! Gallimard jeunesse, 2010, 20 p. 9€50
L’ouvrage repose sur deux objectifs qui se complètent l’un l’autre pour amener l’enfant à reconnaître les couleurs et à désigner une foultitude d’objets en tous genres. Dès trois ans, l’enfant se régale à pointer de l’index des objets et à dire de quoi il s’agit et il met en correspondance l’objet et la couleur puisque chaque double page de ce grand livre cartonné en papier brillant, relate une seule couleur.
Mosta, Mège Annabelle, C’est fou ! , Casterman, 2010, 48 p. 12€50
Quel livre amusant, remarquable, foisonnant, intéressant, enrichissant. Des devinettes, des jeux d’optique, des défis, du casse-tête, du drôle et du malin et le tout assorti d’illustrations de Mège qui donnent le plaisir des yeux à un ouvrage qui recherche aussi la sagacité intellectuelle. Un petit bijou de plaisir.
Pittau François, Gervais Bernadette, Visite au zoo, Gallimard / Giboulées, 2011, 48 p. 20€
C’est un livre objet, un abécédaire des animaux, partiellement, une incitation à lire les lettres, à désigner les mots des animaux. C’est aussi une encyclopédie, dans laquelle l’enfant suit le chemin vert des silhouettes à remplir par un autocollant, le chemin rouge des cris des animaux, le chemin jaune de l’alphabet et le chemin bleu pour ceux qui sont en double. Le livre se déplie, ouvre des fenêtres, suggère, pique la curiosité, suscite l’étonnement, se laisse manipuler pour coller et regarder/lire. L’enfant de 4 ans s’y complaira et celui de 10 ans s’y régalera. On parlera, sûrement d’un livre d’activités et d’éveil, on dit aussi livre « flap » dans le jargon éditorial. Le jeu de piste permet d’aiguiser l’attention, de mémoriser des noms d’animaux et manipuler, gommettes et rabats ou volets. Une belle œuvre éditoriale qui fait la richesse de l’ouvrage servi par l’illustration efficace de Gervais.
Philippe Geneste