Barbeau Philippe,
Gousset Michel Javier, Courage
Mademoiselle Louise ! Une jeune idéaliste nommée Louise Michel, oskar
éditeur, 2013, 116 p. 9€95
Voici un récit très bien écrit,
excellemment documenté, qui porte sur la première année d’institutrice de
Louise Michel dans le village Audeloncourt en Haute-Marne où vit sa mère.
Louise a 22 ans. Elle vient
d’obtenir le brevet de capacité à l’enseignement et revient pour soutenir sa
mère vieillissante. Elle fait campagne pour ouvrir une école destinée aux
filles, sachant que ce ne sera pas facile de convaincre les familles de
fermiers et de journaliers. L’histoire nous montre la jeune institutrice en
bute au clergé et à la réaction municipale dans une France rentrée depuis peu
sous le joug de Napoléon III. Son école sera une école libre parce qu’elle refuse de prêter serment d’obédience à
l’empereur. C’est la loi pour devenir fonctionnaire. Alors l’admiratrice de
Victor Hugo, qui correspond avec le poète exilé, a refusé de devenir
institutrice de l’école publique c’est-à-dire de l’Etat napoléonien. Républicaine,
impertinente, elle n’intègre pas la prière à son enseignement, elle choisit
librement les supports littéraires à étudier. Le roman nous décrit la
préparation des classes, le déroulement des cours, les comportements des jeunes
élèves, l’opinion des pères plus soumise au discours de l’ordre que celle des
mères qui voient d’un bon œil, elles, leurs filles sortir de l’ignorance par
l’instruction. Mais la réaction aura raison des efforts de Louise qui fera deux
autres rentrées des classes avant de devoir arrêter, faute d’élèves. Elle
partira, alors, à Paris, avec son amie, Julie Longchamp, avec qui elle occupera
des postes de sous-maîtresses dans un externat. Mais c’est une autre histoire.
Maricourt
Thierry, A Propos d’une vieille dame facétieuse nommée Astrid Lindgren, de Fifi
Brindacier sa fille farfelue et de quelques autres fieffés farceurs…,
éditions de L’Elan, 2014, 86 p. 16€
Qui ne connaît Fifi Brindacier,
ce personnage ébouriffant, né en 1945, en tête d’une cohorte d’autres aux noms
nordiques : Karlsson, Emil, Ronya, Moi et Britt-Marie, Kati ? Qui n’a
lu ne serait-ce qu’une fois ces textes décapants de la suédoise Astrid
Lindgren ? L’œuvre est là, régulièrement rééditée, preuve de son
actualité. Thierry Maricourt, dont on connaît l’art de biographe, a décidé de
la présenter aux enfants de 11 à 14 ans mais son livre est aussi un régal pour
les adultes tant il est érudit tout en restant simple. Fin connaisseur de la
littérature suédoise (1), Thierry Maricourt replace Astrid Lindgren dans son
contexte historique. Il en ressort une œuvre joyeusement impertinente et
volontairement féministe, profondément éprise d’égalité sociale. Mieux encore,
l’auteur nous permet de comprendre que les grands auteurs de littérature
destinée à la jeunesse reproduisent souvent un refus de grandir transcrit par
la littérature : « Conserver
toujours sur vous une bonne dose de ces gentils mini-mini cachets qui empêchent
de “grondir” ».
Le livre se présente comme une
autobiographie, écrite donc à la première personne. Le choix interroge mais
c’est le dispositif choisi pour s’adresser au jeune lectorat. L’auteur épouse
alors d’autant plus le style de Lindgren dont le premier roman, en partie
autobiographique, Les Confidences de Britt-Marie est une parodie des romans pour
jeunes filles sages. Astrid Lindgren ne craint pas la crudité des faits, comme
le viol, à partir du moment où la voie littéraire décide d’éveiller les
consciences contre les oppressions de toutes sortes. Sachant que le livre
paraît en 1944, on saisit le courage éditorial de l’autrice (2). Un an plus
tard, les éditions Raben & Sjörgren lui proposent le poste de « directrice de publication des livres pour
enfants », poste qu’elle conservera jusqu’à sa retraite.
On suit ainsi, d’année en année,
la parution des romans, les préoccupations sous-jacentes qui y président. Pour
les adultes, c’est manière de renouer avec des lectures d’enfance, pour les
jeunes lecteurs, c’est la découverte de héros et d’héroïnes hors du commun. Peu
à peu, on voit se former une éthique littéraire qui nie la fatalité et
développe l’art de la responsabilité engagée. La littérature se noue autour de
la dénonciation des injustices, de la défense des animaux (3), de la cause
féministe, de la cause pacifiste, antinucléaire, favorable à l’accueil des
réfugiés (4)
Le choix de la première personne
par Thierry Maricourt permet, aussi, de distiller tout au long de la biographie
des remarques précieuses sur le travail d’écriture. Les jeux de mots, l’humour
parfois cinglant parfois tendre, souvent noir mais puisé dans le quotidien des
vies ordinaires.
Philippe
Geneste
(1)
Voir son livre Voyage dans les lettres suédoises, L’élan, 222 p. 18€, Dictionnaire
du roman policier nordique, encrage - Les Belles Lettres, 2010, 23€40 –
(2) Lorsque l’éditeur Hachette traduit Fifi Brindacier en 1950, dans la Bibliothèque rose, il
tronque le texte et le police ! La traduction du texte intégral ne sera
faite qu’en 1995, comme en rappelle l’histoire Thierry Maricourt. – (3) On
apprend ainsi, qu’en 1998, la loi sur la protection des gouvernement
s’apprêtait à expulser des migrants cherchant refuge en Suède.