dans la fiction
WILMET
Aurélie, Ramson & Aki, CotCotCot éditions, 2026, 3+48 p.
18€50
L’enfant
qui prend le livre se réjouit par avance d’une histoire animalière. La
couverture ne lui ment pas. Pourtant elle ne dit pas tout. Car Si Ramson est un
vieil ours, qui est Aki, cet Aki qui s’inquiète de l’hivernation prolongée de
Ramson ? Il faut tourner les pages pour que peu à peu la forêt désignée à
la troisième personne soit personnifiée puis prenne la parole, assumant alors
son nouveau statut. Le livre se lit aux petits, mais des plus grands gagneront
en joie de le lire par eux-mêmes. Tout est doux dans cet ouvrage, le récit
prend son temps, l’enfant lecteur a tout son temps pour comprendre et deviner,
tenter des interprétations.
Parmi
les constituants du livre imagé, nous avons relevé l’orientation des
mouvements. L’analyse de ces derniers permet de constater la prévalence donnée
à l’étendue, au parcours horizontal. Le second mouvement important est celui de
l’éveil, celui de la station debout, de l’émergence. La plongée et la
circulation arrivent loin derrière. L’album privilégie donc la dimension
spatiale terrestre. Or, l’autrice écrit un hymne à la forêt, autant qu’au
fragile équilibre écologique de la planète. De nombreuses pages suscitent
l’émerveillement du lectorat quant à la complicité des éléments naturels, animaux,
vent, eau. L’incendie qui ravage la forêt Aki souligne l’éphémérité de la
nature sous les coups de butoir de l’humanité hypertélique.
L’album
Ramson & Aki repose sur la personnification de la forêt dont
le nom toponymique devient prénom. Le vieil ours, lui-même, selon la tradition
des livres de jeunesse, possède aussi un prénom. Et l’une et l’autre parlent…
La personnification est instrumentale en ce que l’autrice cherche à provoquer
l’identification du jeune lectorat avec les deux personnages et les autres
éléments naturels qui peuplent l’album. Pour le dire avec les mots magnifiques
de Fontanier (1), la personnification était une expression par fiction d’une
inquiétude profonde pour le devenir de la nature. La forêt canadienne (Pimachiowin
Aki) est personnifiée en devenant une voix, donc en devenant une entité de la
vie au même titre que les humains et les animaux. La personnification
d’abstraction englobe la terre entière, le paysage prend alors la dimension de
la planète. Ramson & Aki devient un album du vivant contre
les forces de la destruction symbolisées par le feu déclenché, même si ce n’est
pas dit, par l’humain, puisqu’il est question d’incendie.
Grâce
à l’accès direct au sens proposé par l’articulation du texte et de l’image,
l’album d’Aurélie Wilmet ne présente aucune difficulté pour les tout jeunes
lecteurs. Le sens littéral est en soi une histoire touchante et déchirante.
L’enfant, par les relectures de l’album, glisse peu à peu vers le sens figuré.
Il y a tant de choses à saisir : le silence de la forêt calcinée, le cycle
de la vie avec la présence de l’ail des ours, personnage secondaire mais
personnage repère pour la narration, la connivence des éléments, des plantes,
des arbres, des animaux, suggérant la nécessaire symbiose du vivant et du
non-vivant
Philippe
Geneste
(1)
Fontanier, Pierre, Les Figures du discours, introduction par
Gérard Genette, Paris, Flammarion, 1977 (1ères éditions 1920 et 1930),
505 p. – p.111.
dans le documentaire
HOUSSAIS Emmanuelle, Sous
mes pieds, éditions du ricochet, 2026, 34 p. 17€
Un nouveau livre documentaire à recommander. Les
éditions du ricochet offrent à la jeunesse de belles éditions au texte clair, à
l’illustration utile et généreuse, à la mise en page qui sollicite l’activité
cognitive des lectrices et lecteurs de l’école primaire. On peut aussi lire le
livre avec des plus jeunes, encore non lectrices ou non lecteurs en les faisant
participer au repérage de ce dont parle l’ouvrage. Et Sous mes pieds scrute la microfaune (invisible à l’œil nu), la mésofaune (0,2 à 4 mm)
et la macrofaune (de 4 à 80 mm) qui grouillent dans les premiers centimètres du
sol... l’autrice nous apprend qu’un « quart de la biodiversité de la
planète se trouve » là.
L’ouvrage s’en tient à un même périmètre du sol,
près d’un pommier. Il procède par coupes afin de montrer les êtres vivants sous
ce sol. L’enfant pourra repérer le ver de terre (trois espèces), le petit
nacré, le tardigrade, l’anax empereur, le carabe des bois, la mante religieuse,
la cicindèle, le téléphore fauve, l’argiope frelon et bien d’autres créatures
auxquelles, habituellement, on ne prête guère attention. Grâce à
l’illustration, mais aussi, répertoriés sur la double page de garde, l’enfant
rencontrera, au-dessus du sol, la grande limace, le chardonneret élégant, le
pinson, le rouge-gorge, le hérisson, l’abeille, le papillon souci.
Une nouvelle fois, les éditions du ricochet, en
s’appuyant sur une illustration simple et rêveuse, tendre et attentive,
s’adressent avec exactitude au jeune lectorat. Le livre est un plaisir de
lecture, une source de jeu et de recherches des créatures souterraines, un
livre d’instruction qui fait aimer la terre et invite à en prendre soin.
Annie Mas & Philippe Geneste