Vézinet Jean-Luc, Charles Darwin. La
bataille de l’évolution, oskar, 2015, 105 p. 9€95
Depuis plus de trois décennies, Patrick Tort (1)
œuvre à une relecture instruite de l’œuvre de Darwin, dévoilant, au fil des
publications critiques d’une part et des œuvres mêmes du naturaliste anglais,
les fausses trappes et pièges interprétatifs qui ont fait ombrage à la
réception de son travail scientifique durant plus d’un siècle, jusque dans les
années 1980.
Aujourd’hui, cette œuvre est précieuse pour contrer
les avancées du créationnisme et de son cache- sexe la théorie du dessein intelligent, comme elle est
précieuse pour comprendre les errements des interprétations fautives de la
théorie de la sélection naturelle appliquée à la société humaine par les
tenants des libéralismes philosophique et économique.
C’est dans ce contexte que paraît le livre de
Jean-Luc Vézinet, livre qui s’adresse aux préadolescents et adolescents.
L’ouvrage s’ouvre sur le débat houleux qui oppose à Oxford, lors de la session
annuelle de l’Association Britannique pour l’Avancement des Sciences, le 30
juin 1860, l’évêque d’Oxford Samuel Wilberforce appuyé par Owen au darwinien
Thomas-Henri Huxley. La polémique est née de la parution en 1859 de l’ouvrage
clé de Darwin, L’Origine des espèces
par le moyen de la sélection naturelle ou la préservation des races favorisées
dans la lutte pour la vie. Vézinet pose ainsi l’enjeu essentiel de
cette biographie. Ensuite, il revient à une présentation chronologique en
s’arrêtant longuement et intelligemment sur le périple de 1741 jours du brick Beagle (27 décembre 1831 – 2 octobre
1836) où Darwin a été engagé comme naturaliste. Quarante pages y sont
consacrées, et à juste titre, puisque c’est durant ce voyage avec les données
recueillies lors des multiples sorties et observations, que Darwin prend
conscience que « les grands
bouleversements sont le fruit de l’accumulation d’événements lents mais répétés
sur de très longues durées » (p.88), et pose les bases de ce qui va
devenir la théorie de l’évolution. Ces quarante pages sont aussi un voyage à
travers les océans et les terres lointaines, ce qui ne manque pas de stimuler
la lecture du jeune lectorat.
Mais Vézinet ne fait pas l’erreur de passer au
second plan l’autre versant de l’œuvre de Darwin, notamment La
Filiation de
l’homme et la sélection liée au sexe, dont une première édition paraît
en 1871. C’est l’occasion pour l’auteur s’adressant aux jeunes de mettre en
pièce les mauvaises interprétations du mécanisme de la sélection naturelle. Il
montre la différence entre Lamarck qui adhère à l’idée de « progrès comme moteur de la transformation
des espèces » (p.78), et Darwin qui va jusqu’à préférer parler de « descendance avec modification » que d’évolution. « Le
plus apte n’est en rien meilleur ni plus perfectionné, il n’est que mieux
adapté à l’environnement » (p.86). Dans une série d’annexes très lisibles, Vézinet situe historiquement le
voyage du Beagle à savoir les guerres
d’indépendance en Amérique latines et notamment le rêve de Simon Bolivar de
créer une confédération latino-américaine, il situe le darwinisme dans
l’histoire de la conception du vivant à travers les âges avec notamment
l’historique de la classification des espèces ; il s’arrête sur la théorie
de l’évolution à l’épreuve de la génétique, soit les preuves de la justesse de
la théorie darwinienne par les dernières avancées des sciences ; enfin, il
consacre deux pages à la résurgence régulière des thèses créationnistes des
fous de Dieu et des promoteurs du dessein intelligent. Une chronologie et une
très, trop, brève bibliographie closent l’ouvrage.
Philippe Geneste
(1) Voir pour les
adolescents et jeunes adultes son Darwin
et la science de l’évolution, Gallimard, collection Découvertes, 2000, 160 p.
cat.5 ; Darwin n’est pas celui
qu’on croit, éditions le cavalier bleu, 2010 188 p. 18€ ; Darwin et le darwinisme, P.U.F.,
collection quadrige, 1997, 8€. On consultera, pour les étudiants, le monumental
Dictionnaire du darwinisme et de l’évolution
, sous la direction de Patrick Tort aux éditions du P.U.F., 1995, 4862 p.
A voir jusqu’au 31
juillet 2016
A la Cité
des sciences et de l’industrie de la Villette , à Paris, l’exposition « Darwin
l’original » organisé en collaboration avec le Museum national d’histoire
naturelle. Commissaire scientifique Guillaume Lecointre, concepteur de
l’exposition Eric Lapie. Ouverture tous les jours (sauf le lundi) de 10h. à
18h.30 et 19h. le dimanche.