Anachroniques

27/11/2013

liberté, en prose et poésie

HELLENA Cavendi, Un Air de liberté, éditions Chant d'orties, Collection Graines d'orties, 2013, 182 p. 15€
Le voyage dans le temps est un des grands thèmes du roman de science fiction depuis H.G.Wells. C'est le voyage que vont entreprendre les 4 héros du roman pour sauver la société idéale dans laquelle ils vivent en 2368 depuis que la Révolution libertaire, déclenchée par la chanson Liberty de John Lesmoines, a eu lieu il y a plusieurs siècles.
C'est ainsi que Phil, fils d'un nostalgique du capitalisme qui manigance contre le nouveau système, avec ses amis de toujours Amélie et Pierrot vont s'allier à la mystérieuse Lluvia pour déjouer les plans des conspirateurs.
Pour continuer à vivre dans cette société plus juste où l'air est si pur et où les contraintes et l'argent ont disparu, ils vont traverser le temps à bord d'une drôle de machine, vont se perdre et se retrouver enfin.
Dans ce récit plein d'aventures et de suspense, les quatre amis vont surtout apprendre, réfléchir sur l'amitié, la mort, le pouvoir, la solidarité et la liberté.
Le livre de Hellena Cavendi, parsemé d'illustrations de Julie Grugeaux, est un conte écologique chargé de poésie et d'optimisme. Il est un peu manichéen et semble être un texte édifiant destiné à de jeunes adolescents amateurs de science fiction que l'on veut sensibiliser aux utopies libertaires puisqu'il est prometteur d'un avenir où la relation dominants dominés aura disparu.
Geneviève Muňoz, Germinal Vallès

ELIAS Jean, Grand-mère arrose la lune, illustrations d'Anastasia Elias, collection Pommes Pirates Papillons, MØtus, 2006, 56 p., 10€
Ce recueil unit les poèmes par l'illustration en noir et blanc sur papier recyclé gris. Entré dans le cocon du livre au papier granuleux, le lecteur suit les pérégrinations des mots. On lit alors un conte, le conte d'une grand-mère univers avec la lune pour fil d'or. Mais, bénéfice de la liberté de lecture, on peut, aussi, lire les poèmes séparément, y trouver, parfois, des haïku ("La canne de Grand-mère / est bourrée de petites lunes / qui laissent derrière elles / des taches lumineuses". L'illustration étaie la lecture en ce sens qu'elle lui apporte des points d'ancrage pour l'interprétation des poèmes au cas où le lecteur serait en panne de compréhension. Il faut louer –une fois de plus louer- les éditions Motus de chercher, hors sentiers courus des chemins neufs pour amener le jeune lectorat à prendre en main le texte qu’il a sous les yeux et cela, en combattant avec pugnacité le didactisme, cet ennemi de la littérature et donc cet espion adulte planqué au cœur de la littérature de jeunesse.

ELIAS Jean, ELIAS Anastassia, Les Rêves s’affolent, MØtus, 2013, 72 p. 10€
Un album poétique est un album où le texte suit en vers l’image ou bien où l’image suit en trait le texte. Au fil des pages, nous passons d’un cas de figure à l’autre dans Les Rêves s’affolent. Et c’est l’imaginaire qui nous emporte dans une ronde où les mots se fixent sur des évocations ou bien des évocations font imploser la teneur en sens des mots. L’inventivité est partout, partout touchante, humoristique ou tragique –rarement-. Rien n’est immédiat d’accès et pourtant, tout enfant s’y complaît. Le papier grisé porte les poèmes en caractères gras. L’illustration est pataphysicienne, crayonnée, avec un dessin fouillé qui fourmille souvent de détails. C’est un dessin « à l’encre sympathique » qui donne à apprendre « la langue des rêve » ou plutôt sa transcription graphique. Le jeu des mots avec le dessin est parfois lugubre « Je rêve que j’ai un robot (…) / Il ne pense qu’à une chose / me fausser compagnie / /pour aller piquer une tête / dans la piscine municipale » et comme la dessinatrice est au fond e la piscine, les têtes des nageurs et nageuses ont disparu…

PREVERT Jacques, Etranges étrangers et autres poèmes, choisis et présentés par Camille Weil, Gallimard, collection Folio junior poésie, 2013, 95 p. cat 2
Dans cette anthologie composée de poèmes des recueils Grand bal du printemps, textes divers (1929-1977), la cinquième saison, Paroles, Spectacle, Histoires, La Pluie et le beau temps, propose des œuvres sur la misère, le racisme, la délinquance et l’enfance maltraitée, les enfances prolétaires, la condition du peuple dans les guerres patriotiques et les guerres coloniales, les cités ouvrières. Prévert (1900- a bien connu l’office central des pauvres de la ville de Paris où son père avait fini par trouver du travail. Parti à 15 ans rechercher du travail, ayant fait de nombreux petits boulots tout en continuant à dévorer des livres par centaines, Prévert, aime évoquer les lieux et les êtres qu’il a croisé, qui l’ont marqué, avec qui il s’est lié. Journaliste, surréaliste un bref temps, écrivain du groupe Octobre, troupe de théâtre engagé et militant, puis scénariste et dialogueur de films, Prévert publie son premier recueil de poèmes en 1946 : Paroles. L’œuvre poétique de Prévert touche les enfants d’aujourd’hui comme elle touchait ceux d’hier. Il y a chez lui une volonté de simplicité et vie du sens qui l’éloigne de l’élitisme poétique qui domine ce secteur littéraire. L’anthologie ici constituée est intelligente et pose l’engagement à l’origine même du geste poétique.
Geneste Philippe

17/11/2013

De roman en album, le récit et l'Histoire

GROUSSET Alain, Le Magicien du pharaon, Nathan, 2013, 189 p. catB
Cette histoire se déroule au cœur de l'Egypte ancienne. Il est écrit à la troisième personne ce qui donne une distance avec la matière historique et fictive. C'est celle d'un oncle architecte, mais surtout de son neveu, Djar, magicien, qui est souvent en difficultés et en danger de mort tout au long de l'aventure. L'histoire est linéaire, faite de péripéties où l'arrière fond historique n'est qu'un décor, bien que l'ouvrage décrit avec intérêt la religion polythéiste et les temples qui étaient consacrés aux dieux. A travers les prêtres et les souverains, Le Magicien du pharaon livre une réflexion sur le pouvoir et ses modalités d’influences sur le peuple. Les traitres sont punis et humiliés, les amours des héros sont comblés et sauvés, l'autorité du souverain, Antef II, entretenue comme produit de la justice et de l’autorité, grâce aux victoires accumulées de nos héros. Le roman de Grousset est donc bien un récit d’aventure plus qu’un roman historique, mais il n'y a pas d'irréel et au cours du trajet de Djar le lecteur est confronté à des aspects documentaires sur al vie autour du Nil, dans la capitale et les temples...
Chloé Thouvenot

CUVELIER Vincent, Je Suis un papillon, illustré par Sandrine MARTIN, Gallimard jeunesse, 2013, 32 p. 12€50
L’histoire se résume à la montée du nazisme en Allemagne dans les années trente. Le motif ligaturant est le personnage d’un papillon que l’enfant lecteur suit en épousant le point de vue. On peut y voir le symbole de la fragilité de la vie, son côté éphémère qui devrait inciter à ne point remettre au lendemain les combats à mener le jour même. Mais ce serait aller un peu plus loin que l’album et ses illustrations réalistes de fanzine où domine le brun. Malgré ces dernières, le livre laisse un peu décontenancé. Certes la dénonciation du nazisme est bien présente et en os temps confus on a envie de s’en réjouir. Mais il y a une certaine platitude du texte, un manque d’inspiration diront certains qui frappe, surtout lorsqu’on connaît l’œuvre de Cuvelier.
On peut avoir une toute autre opinion si on considère l’album comme un ouvrage politique didactique. Unité de temps, unité de lieu, unité d’action, personnages concentrés sur une famille, c’est une tragédie pour petits qui est donnée à lire. Le motif du papillon sans apporter de poésie au propos, ouvre une dimension imaginaire qui peut suivre la fantaisie enfantine tout en la recentrant sur le seul propos didactique.
Reste, dans les deux lectures une interrogation. Cet album est proposé à des enfants de quel âge ? L’éditeur propose dès 7 ans. Pourquoi pas. Mais le contexte historique devra être éclairé si on veut que l’enfant profite du propos. Nous voici de nouveau pris de doute. Mais après tout, l’album n’a-t-il pas acquis ses lettres de genre à part entière ? Si c’est le cas, et ça l’est, sa lecture fluctue selon le contenu, en dehors donc de tout figement dans une tranches d’âge fixée. Nous offririons alors cet album aux collégiens.
Geneste Philippe

03/11/2013

Cyberharcèlement et pédophilie

WITEK, Jo, Mauv@ise connexion, Editions Talents Hauts, 2012, 95 pages.

Julie Nottini est une jeune fille de 18 ans qui témoigne du calvaire qu’elle a subi quatre ans plus tôt. Cette histoire est donc un flash-back raconté à la première personne du singulier.
Alors qu’elle n’a que quatorze ans, Julie est une jolie jeune fille attirée par le métier de mannequin. Elle aime se prendre en photo avec sa meilleure amie, Katia. Un soir, Julie s’inscrit sur un nouveau tchat sous le pseudonyme de Marilou, une jeune femme délurée de seize ans, où elle fait la connaissance d’un jeune homme de vingt ans nommé Laurent Devroux dont elle tombe très vite amoureuse.
Elle admire cet homme sérieux qui se soucie de son bien-être, lui conseille de bien travailler en classe et qui prétend être un photographe de mode prêt à aider Julie dans sa carrière de mannequin. Petit à petit, il la manipule en lui conseillant de ne parler à personne de leur liaison constituée d’échanges virtuels, de prendre des distances avec sa meilleure amie… Il ne peut malheureusement pas la rencontrer parce qu’il dit avoir une ex-petite amie qui menace de se suicider s’il la quitte. Il a donc besoin de temps. Julie obéit à tout ce qu’il lui demande. Elle fait croire à Katia qu’elle a rompu avec Laurent et, sans donner d’explication à son amie, elle ne lui parle presque plus. Alors qu’ils ne font qu’échanger des messages, Laurent a une emprise considérable sur la jeune fille.
Cette emprise va s’amplifier lorsque Laurent suggère à Julie de se procurer une webcam afin qu’ils puissent enfin se voir tout en discutant. Un souhait que Julie s’empresse de satisfaire puisqu’elle souhaite aussi voir l’homme qu’elle aime.
L’auteur du livre décrit très bien la progression du calvaire de Julie. Il s’agit d’abord d’une liaison épistolaire, d’une histoire d’amour où deux êtres se confient via Internet sans se voir, mais où déjà l’homme manipule l’héroïne. Ensuite, avec la webcam, la manipulation de Laurent se fait plus forte et plus perverse. La webcam accentue le « harcèlement moral » (1) que Julie va subir de plus en plus. L’héroïne prend alors conscience, d’une manière progressive, qu’elle est la « web poupée » (2), la « chose » (3) de cet homme qu’elle croit encore aimer. Même si elle ressent quand même un malaise dès le début, elle ignore si ce qu’elle fait est normal ou anormal puisqu’elle n’a jamais vécu d’histoires sérieuses auparavant. Elle pense en effet qu’il est logique et courant qu’un jeune homme de vingt ans lui demande de se déshabiller devant la caméra.
Ensuite, au fil du temps, cette manipulation devient du cyber-harcèlement. En effet, lorsqu’elle lui avoue enfin qu’elle s’appelle Julie et n’a que quatorze ans, Laurent s’en moque et l’oblige à défiler dès minuit, et ce parfois jusqu’à quatre heures du matin. En fait, l’âge réel de l’héroïne n’a aucune importance pour cet homme. Julie se rend compte alors qu’elle ne l’aime plus vraiment, elle ne souhaite plus qu’il se connecte et finit par avoir peur de lui. Mais elle se retrouve seule face à cette terrible situation. En effet, elle ne peut plus se confier à sa meilleure amie avec qui elle a coupé les ponts sans explications. Elle essaie de se confier à son père puis à sa mère mais la honte l’empêche de prononcer un mot. Alors qu’elle tente de communiquer son malaise à Laurent, celui-ci la menace de tout révéler à sa famille puisqu’il connaît son adresse. Il s’agit alors d’un chantage où Julie est piégée et est obligée d’obéir à cet homme.
Elle se dégoûte elle-même et le malaise qu’elle ressentait au départ, mais qu’elle supposait alors normal, devient un mal-être profond. Julie n’arrive plus à manger, elle a des troubles du sommeil, ses notes à l’école deviennent catastrophiques. Et l’homme qui se souciait de son bien-être au début de l’histoire devient un bourreau qui se moque de ce que peut ressentir la jeune fille et ne l’appelle pas par son vrai prénom, qu’il connaît pourtant, mais par Marilou. Elle-même ne l’appelle plus Laurent mais le « monstre » (4), « L’Autre » (5), l’être qui l’a piégée. Cette manipulation, ce cyber-harcèlement, sont un enfer pour Julie qui ne peut plus se sortir de cette situation.
L’auteur insiste également sur le fait que, même s’il ne la jamais frappée ou touchée, la violence que Laurent exerce sur Julie est quand même présente, réelle. L’héroïne est blessée au plus profond de son être, son insouciance lui a été volée.
Heureusement, un jour, elle tombe sur un reportage où une femme a vécu la même chose qu’elle. D’elle-même, Julie se rend compte de la gravité de la situation et contacte une association dont la psychologue, sous la demande de la jeune fille, explique à sa mère le drame qu’a vécu Julie. Ce n’est qu’à la fin du livre que Julie se rend vraiment compte qu’elle a été la victime d’un pédophile.

Ce livre a été publié récemment, en 2012, et traite d’un problème d’actualité : les dangers qu’un(e) adolescent(e) peut rencontrer sur la Toile. Pourtant, les adolescents d’aujourd’hui représentent la génération des « digital natives » (6), des natifs du numérique. Ils sont assimilés à des « technophiles », c’est-à-dire à des gens très à l’aise avec les outils numériques. Il semble certain qu’une culture adolescente liée au numérique est en train de se développer. Cependant, si la plupart des jeunes savent se servir des outils numériques, ils n’ont aucune idée de la dimension éthique que l’utilisation de tels outils devrait comporter. Le cas de Julie illustre bien ce problème : l’adolescente sait très bien se servir de l’ordinateur et elle n’hésite pas à y mettre des photos d’elle, à l’insu de sa mère. Alors au début de son histoire, la jeune fille dévoile des aspects privés et intimes de sa vie sans se rendre compte que cela peut lui nuire puisque c’est par ce moyen que Laurent va la repérer et cerner sa personnalité. Il va rapidement comprendre que pour Julie l’image qu’elle donne d’elle et le regard des autres sur elle sont très importants.
Cette histoire peut permettre à des lecteurs/lectrices adolescent(e)s de se rendre compte de l’importance de trier les informations (dont les vidéos et les photographies) les concernant avant de les diffuser, même à titre privé. Sans dramatiser, ils doivent prendre conscience qu’avec le numérique, toutes les informations sont des traces difficilement effaçables. Laurent l’a bien compris et on apprend à la fin du livre qu’il s’est servi des vidéos de Julie pour les vendre sur des sites pédophiles. Ce livre rejoint les thématiques de l’identité numérique sur Internet, ou cyber identité, terme qui désigne les informations qu’un individu met ou laisse sans le savoir en ligne concernant la reconnaissance de sa personne, et de la « e-reputation », c’est-à-dire la gestion de l’image de soi sur la Toile. Dans le cas de Julie, cette « e-reputation », que Laurent finit par contrôler en gardant les vidéos d’elle, dépasse le cadre virtuel pour se répercuter dans la vie quotidienne et réelle de la personne. C’est ce qui se passe par exemple lorsque ce criminel fait chanter Julie, en la menaçant de tout dire à sa famille si elle parle.
Enfin, ce livre est très bien écrit. Il est basé sur un thème très difficile (la pédophilie sur la toile) mais il est malgré tout écrit de manière poétique. L’enfer que subit l’héroïne est peint d’une façon poignante et réaliste.

Milena Geneste-Mas

(1) Dans le livre, page 56 -(2) Dans le livre, page 43 -(3) Dans le livre, page 61, 76 -(4) Dans le livre, page 81 -(5) Dans le livre, page 81 -(6) Terme de Marc Prensky





20/10/2013

Erudition, écoute et plaisir

OLLIVIER Stéphane, Elvis Presley, illustrations de Rémi Courgeon, raconté sur CD par Eric Caravaca, Gallimard Jeunesse, collection Découverte des musiciens, 2012, 24 p. + 1 CD 40 mn, 17€
Le livre est une biographie pour les enfants de 7 à10 ans. La naissance, le 8/01/1935) dans les faubourgs de Tupelo (Mississippi) dans une famille d’ouvrier agricole. La première guitare à 11 ans, l’emploi comme mécanicien, les premiers enregistrements. Puis la gloire avec That’s all right. Le livre s’arrête là. C’est une manière peu véridique de raconter l’histoire, au fond. De la spoliation du blues noir par les musiciens blancs dans une Amérique raciste, le jeune lectorat ne saura rien. Il retiendra seulement qu’Elvis a marié la musique noire et la musique blanche. Quant à son idolâtrie posthume, là encore, le biographe se tait. Le CD est intéressant, bien sûr, les liens du rock’n roll avec le blues est peu approfondi et celui avec le rock encore moins. C’est une nouvelle fois l’idéologie du génie qui se fait jour, ce qui est certes dans l’air du temps de notre société qui vante le « talent » autre nom du « don ». C’est dommage qu’un bel emballage éditorial renferme une si plate recherche dans les termes convenus de l’idéologie dominante.

GAMBINI C., GEHIN E., RICARD A., RODERER C., Mes plus belles musiques classiques pour les petits, Gallimard jeunesse, collection Les imagiers, 2012, 40 p. + CD 1h. 16€90
Chaque double page met en scène des enfants pour illustrer des tableaux musicaux. On y trouve, aussi, un portrait du compositeur et un court texte qui invite à l’écoute. Dix-sept extraits sont présents : Badinerie de la suite française de Bach, Symphonie pastorale 1er mouvement de Beethoven, Carmen (chœur d’enfant de la garde montante) de Bizet, danse hongroise n°5 de Brahms, Grande valse brillante (mi-bémol op.18) de Chopin, Golliwog’s cake-walk de Debussy, Dolly (berceuse) de Fauré, La marche des Trolls de Grieg, Tableaux d’une exposition (ballet des poussins) de Moussorgsky, Concerto pour piano n°23 et La flûte enchantée de Mozart, Pierre et le loup (ouverture) de Prokofiev, Le vol du bourdon de Rimsky-Korsakov, Duo des chats de Rossini, Ma mère l’Oye de Ravel, le carnaval des animaux de Saint Saëns, Casse-Noisette (Danse de la fée dragée) de Tchaïkovsky.

PROKOFIEV, Pierre et le loup, lus par Bernard Giraudeau, musique de Prokofiev interprétée par L’ORCHESTRE NATIONAL DE FRANCE, illustrations d’Olivier TALLEC Gallimard jeunesse, 2009, cd 30 minutes, 22€
C’est un hors série de la collection Musique de chez Gallimard jeunesse : un grand ouvrage aux illustrations malicieuses pour interpréter une œuvre patrimoniale et, au fond, au niveau littéraire, peu intéressante. Le soin de l’édition, le travail musical de l’orchestre national de France, la lecture chaleureuse de Girardeau posent l’ouvrage/cd comme une référence de la collection.

NORAC Carl, CHATELLARD Isabelle, PINON Dominique, Bazar Circus, Didier jeunesse, 2013, 48 p. + CD 40 mn, 23€80
Angelot l’homme canon qui est envoyé si loin qu’il ne revient, Gala, l’amoureuse d’Angelo qui part à sa recherche, El Toutou, le chien savant, et tous les acrobates, dompteurs et animaux, clowns, lancés dans une folle aventure, par une improbable représentation… La musique réunie par David Pastor est surtout de tradition russe : Vocalise de Rachmaninov, la danse d’Aysheh de Khatchatourian, Suite pour orchestre de variétés de Chostakovitch convoquent une Russie du peuple, imitent les tempéraments fougueux des acteurs et actrices, ou leur immense sentiment de solitude. C’est à la fois très intime et très politique. Mais on trouve aussi des rythmes brésiliens et Le jazzy bœuf sur le toit de Darius Milhaud. Cette porosité des styles (jazz, musique populaire, classique) chante la vie circassienne en marge de la société. Lue avec force gouaille par Dominique Pinon, l’histoire emballe l’attention des enfants de 4 à 11 ans. L’album est avec des angles de vue imprenables, des couleurs chatoyantes, par-dessus un dessin assez anguleux. Un petit chef d’œuvre qui donne de la joie.

BLOCH Muriel, La Musique indienne, musique d’Indrajit BANERJEE, illustrations d’Allegra AGLIRDI, Gallimard, collection mes premières découvertes de la musique, 2010 32p. + CD 20’, 13€50
Il s’agit de la mise en musique d’un conte traditionnel indien sur un enfant paresseux qui tente de fuir le courroux de sa mère. Sitar, flûte, harmonium, sarenghi, tampura et tabla mais aussi voix envoûtantes, font de cette création une vraie réussite.

DAMBURY Gerty, La Musique créole, musique d’Edmond MONDESIR, illustrations d’Aurélia FRONTI, Gallimard, collection A la découverte de la musique du monde, 2013 32p. + CD 25’, 14€90
On pourrait mettre en comparaison cet ouvrage avec La Petite Sirène, puisque le conte mis en musique a pour personnage principal, un lamantin. Mais il s’agit d’un conte plus naturaliste, un voyage d’apprentissage d’un jeune Lamentin qui décide de retrouver le territoire perdu dont les récits de la grand-mère vantent les bienfaits de vie. Ses rencontres, autres animaux, végétaux, bateaux, vont apporter danger ou bien aide et il lui faudra acquérir un peu de responsabilité pour transformer sa hardiesse voyageuse en vie nouvelle. La mise en musique suit le tempo narratif avec chœurs, chant, tambour bélé, tibwa, conque de lambi, guitare basse, guitare acoustique.
Soulignons qu’à l’intérêt audio s’ajoute le soin de l’illustration merveilleusement chaleureuse ou glacée, la présence d’un documentaire en fin de volume.


Geneste Philippe

12/10/2013

L’évolutionnisme contre le créationnisme

FOIX Alain, Rocky le petit rocher, illustré par NIKOL, Gallimard jeunesse – Giboulées, 2013, 40 p. 16€50

Cet album au grand format (230x230) se lit à deux niveaux. Le premier est la vie d’un petit rocher, dans le temps géologique et à travers une perception assez anthropomorphe. A 7 millions d’années, Rocky est encore assez jeune, c’est un bébé accroché au plissement de sa mère montagne. Quelle solitude que l’immobilité ! Il aimerait tant se lier à Erose, cette roche scintillante et rose qui glisse sur le glacier le côtoie, le dépasse puis disparaît dans l’éloignement. C’est que dans l’univers géologique, les roches suivent leur vie en passivité. Elles attendent les tremblements de terre qui accouchent de nouvelles configurations, font se mêler les roches et s’épouser, se fracasser les unes contre les autres ou bien s’interpénétrer. C’est ce qui arrivera quand une secousse de délivrance libérera Rocky des jupes de sa mère. Est-ce métaphore d’un acte sexuel ? De la répétition du bigbang ? C’est la vie des roches. Rocky et Erose s’éparpilleront en milles cailloux, roches et graviers. Un conte de fée s’arrêterait là, le fameux et ils eurent beaucoup d’enfants. Mais la vie d’un rocher n’est pas un conte de fée, elle n’a pas de fin. Cailloux puis galets, graviers, gravillons, grains de sable Erose et Rocky s’unissent par leurs atomes en un unique grain que le vent d’éternelle jeunesse emporte un jour jusque dans les nuages. Et quand ceux-ci éclatent en sanglots au-dessus de la mère montagne, le grain se glisse dans une goutte « jusqu’au bas de sa robe, là où les fleurs s’épanouissent en pétales multicolores »… C’est le cycle des montagnes sur l’infini du temps géologique, c’est un conte sur la création matérielle de l’univers, c’est un conte tendre qui n’omet rien de la vie physique de l’environnement du vivant.
Geneste Philippe

06/10/2013

Imagier et raison imaginante de l’enfant

L’Imagier Deyrolle, Gallimard jeunesse, 2013, 200 p. 10€


Ce très bel ouvrage, remarquablement édité avec une reliure en toile, rassemble des fruits, des légumes, des arbres, des fleurs, des animaux. Les images proviennent des planches pédagogiques Deyrolle. « Deyrolle éditait ces planches pour les écoles, collèges et lycées, et elles étaient affichées dans les murs de classes » que l’on peut encore voir dans la boutique rue du Bac. C’est dans la deuxième moitié du XIXe siècle que la Maison fondée en 1831 par Jean-Baptiste Deyrolle, spécialisée dans le domaine de la taxidermie, de la naturalisation, de la botanique, de la zoologie, des curiosités, de l’entomologie et de la minéralogie, a commencé à produire des planches à destination des salles de classe et des écoles, planches murales pour les leçons de chose, sous le titre générique de musée scolaire Deyrolle. « L’Éducation par les yeux est celle qui fatigue le moins l’intelligence, mais cette éducation ne peut avoir de bons résultats que si les idées qui se gravent dans l’esprit de l’enfant sont d’une rigoureuse exactitude » énonce un catalogue des années 1870.

La Maison bénéficie de l’engouement du siècle pour les sciences naturelles alors en pleine expansion, puis du développement de l’instruction publique d’Etat.

En 2001 l’entreprise un peu en sommeil est rachetée et les nouveaux propriétaires relancent ce cabinet des curiosités et développe le secteur pédagogique. Les éditions Gallimard travaille depuis 2012 avec Deyrolle pour la publication d’imagiers.

Un tel ouvrage fait venir à l’esprit deux remarques. La première, c’est que la démarche vintage est en expansion dans le secteur jeunesse, ce qui est, probablement, le signe d’une maturité de la littérature de jeunesse. Cette évolution explicite la multiplication des références convoquées par les ouvrages de ce secteur qui posent des questions d’accès social, mais c’est un autre sujet.

La seconde remarque, c’est l’interprétation de la vulgarisation scientifique. Nul doute que les livres édités en partenariat avec Deyrolle recouvrent ce domaine. Le jeune lectorat aime se promener au cœur de ces planches précises et fouillées. Un imagier étant, par excellence, un livre des représentations, L’Imagier Deyrolle vient se situer en décalage des autres imagiers plutôt qu’en concurrence. Même si un imagier n’explique pas, il montre, et ce qu’il montre aide l’enfant à s’approcher du réel ou non. Peut-être est-ce là l’enjeu de la vulgarisation scientifique auprès des enfants des 4/5 ans. Mais il faut souligner que l’enfant qui lit un imagier, se se reporte à la légende de l’image. Toutefois, l’image elle-même l’amène à se délecter de liaisons insoupçonnées et insoupçonnables, un peu comme opère la poésie avec son lecteur. L’imagier Deyrolle n’échappe aps à cette rêverie inhérente au processus réel de la représentation. L’image représente, croit-on, la réalité visible, mais surtout, peut-être, l’enfant y développe-t-il une représentation allusive en laissant libre cours à son imagination. Walter Benjamin écrivait très justement : « Le livre d’images typique que l’on utilisait ou que l’on utilise encore pour les leçons de choses dans les écoles allemandes, offre un bon exemple. On croit que ces livres sont utiles, soit parce qu’ils apprennent à l’enfant à reconnaître dans les choses représentées les choses réelles, soit parce que les choses représentées permettraient d’introduire celui-ci dans le monde des choses réelles et de le familiariser avec elles. Nul besoin de dire combien cette dernière explication est vaine et fausse… [car l’enfant] habite dans ces images. Leur surface n’est pas, comme celle des œuvres d’art, un noli me tangere, elle ne l’est ni en soi ni pour l’enfant. Elle ne possède que des virtualités allusives, susceptibles d’une condensation infinie. L’enfant y insuffle de la poésie. Et c’est ainsi que lui vient selon le second sens, matériel, du verbe beschreiben sa prédilection à couvrir ces images d’écriture » (1)

Geneste Philippe

Source des informations : les éditions Gallimard et la librairie Deyrolle
(1) Walter Benjamin, Fragments philosophiques, p.144/145 cité par Georges Didi-Huberman, Quand les images prennent position. L’œil de l’histoire 1, Paris, Minuit, 2011, 268 p. – p.254).

28/09/2013

Contes roumains

Entretien avec Mariana Cojan Negulesco*

* à propos de NEGULESCO Mariana Cojan, Belle de lune et autres contes tirés de la tradition roumaine, L’Harmattan, collection La légende des mondes, 2013, 113 p. 12€

-Vous avez choisi des contes qui mettent en scène des personnages d’orphelin. Pourquoi ce choix ?
Mariana Cojan Negulesco : Lorsque j’ai proposé ces contes à un éditeur, je n’ai pas du tout songé à mettre en scène des enfants orphelins. Mon idée centrale était de parler du désir d’un couple d’avoir des enfants, et ce, à tout prix. Comme le recueil s’adressait en égale mesure aux enfants qu’aux parents, l’éditeur a choisi, pour sa première parution, un titre plus proche des enfants que des parents (Contes des enfants qui cherchent le bonheur, Albin Michel jeunesse - 2006 ; traduit en Italie : A la Ricerca della Felicità, ed. EL, Trieste 2007). Lorsque j’ai pu récupérer les droits, après sa sortie du catalogue d’A.M.-j, j’ai proposé ce recueil revisité à l’Harmattan, sous l’intitulé de l’une des histoires : Belle-de-Lune.
-Pourquoi ce choix thématique ?
Mariana Cojan Negulesco :  Parce que j’ai trouvé ce dénominateur commun dans bien des histoires de la tradition roumaine et de la région des Balkans : un couple n’ayant pas d’enfant, qui en désire ardemment d’en avoir un, et qui « adopte », pour assouvir ce désir, soit un enfant, soit un objet ou un animal, lequel se métamorphose… Ce que j’ai souhaité notamment démontrer, c’était l’issue de cette démarche généreuse qui n’est pas toujours couronnée de réussite. Comme dans la vie réelle.
Ce que je veux dire par là, c’est qu’à aucun moment, je n’ai envisagé d’associer mes histoires à la situation des orphelinats de Roumanie, dont la presse a fait ses choux gras à une époque récente !
-La littérature pour enfant qui évoque la Roumanie emprunte souvent ce thème. N’y a-t-il pas un risque de figer l’image du folklore roumain et de la littérature populaire roumaine, avec les conséquences ?
Mariana Cojan Negulesco : La littérature pour enfants en Roumanie commence en ce moment à se détacher de la tradition des contes d’autrefois. Quand je dis « autrefois » je fais allusion à la tradition du 19e siècle. Tous les enfants roumains connaissent par cœur des passages entiers de contes recueillis, inventés parfois, de Ion Creanga, dont on a préservé jusqu’aux traits de langage typiques de la région de Moldavie. La langue des contes de Creanga n’est pas « mise à jour » dans les éditions roumaines. Mais il ne faut pas croire que le folklore roumain se limite à ce type de contes. J’insiste : c’est le motif répétitif, retrouvé dans certaines histoires mettant en scène des parents n’ayant pas d’enfant et souhaitant en adopter un, qui m’a déterminé à concevoir un recueil autour de ce thème.
-Vous donnez trois auteurs qui vous ont plus particulièrement accompagnée durant votre travail : Ion Creanga (1839-1889), Ioan Slavici (1848-1925), Barbu Stefanescu Delavrancea (1858-1918). Comment leurs œuvres ont été intégrées dans votre travail d’écriture ?
Mariana Cojan Negulesco : Les contes que j’ai transposés en français ne représentent qu’en partie des adaptations à partir d’histoires écrites par les auteurs cités. En éliminant les régionalismes, les archaïsmes, dans la forme, et en réinventant certains faits, gestes et propos, voire en changeant le fil conducteur de l’histoire, je me suis permis de donner à ces histoires une nouvelle vie, plus moderne, les rendant accessibles et agréables au lecteur d’aujourd’hui.
C’est la raison pour laquelle j’ai assumé leur réécriture, en signant le recueil.
Entretien réalisé par Philippe Geneste

Bibliographie : • Adaptations pour enfants : Contes des Carpates (recueil bilingue), collection « Légende des mondes », Paris, l’Harmattan, 1996. - Histoire du Chardonneret, « Bouton d’or », Éd. Fleurus-Edifa, Paris, n°93 de mars 2000 ; (bilingue) Collection « Quatre Vents » Paris, l’Harmattan, 2002. Réédition + CDrom « Bouton d’or », Éd. Fleurus-Edifa, Paris, 2003. - La Jeune fille plus sage que le juge (album), Collection « Contes d’hier et d’aujourd’hui », Paris, Albin Michel Jeunesse, 1997. Réédition en recueil : Mon année de sagesse, Paris, Albin Michel Jeunesse, 2004. - Le Méchant Zméou (recueil), Collection « Légendes des mondes », Paris, l’Harmattan, 2001. - La Petite bourse aux pièces d’or (recueil bilingue), collection « Légende des mondes », Paris, l’Harmattan, 2003. - La Revanche du pain (recueil bilingue), collection « Légende des mondes », Paris, l’Harmattan, 2004. - Un Amour bon comme le sel, Collection « Contes de sagesse », Paris, Albin Michel Jeunesse, 1998. Réédition en recueil : Mon année de sagesse, Paris, Albin Michel Jeunesse, 2004. - Contes des enfants qui cherchent le bonheur (recueil). Paris, Albin Michel-Jeunesse, 2006. Traduit en Italie : Alla ricerca della Felicità, ed. EL, Italie 2008.
• Roman ado-adultes : Au temps de Dracula, Paris, l’Harmattan Jeunesse, 2000.

22/09/2013

Louise Michel, une vie de femme en luttes

CHASTRE Lucile, Louise Michel, une femme libre, Oskar éditeur, 2011, 160 p.
« Parce que la guerre pour la liberté et l’égalité
est une histoire de l’humanité
sans cesse renouvelée ».

Le choix de l’auteure est de commencer par l’épisode de la Commune (1871) de Paris. Engagée, Louise Michel (1830-1904), est non seulement insurgée sur les barricades, dans les rangs du soixante et unième bataillon de marche de Montmartre mais aussi écrivaine, institutrice, féministe. A propos de Béatrix Excoffon (1849- ?), insurgée comme elle, elle déclare vouloir écrire sur elle pour : « révéler le courage et la grandeur des femmes. Pour qu’on cesse de nous traiter en sous-genre de l’humanité. Pour qu’on nous reconnaisse le droit de participer aux affaires publiques, puisqu’on a gagné le droit de mourir pour des idées ». La biographie de Lucile Chastre pourrait avoir cette phrase en exergue. Puis vient le procès de louise Michel et c’est le moment pour l’auteure de parcourir sa vie jusqu’à cette date du 16 décembre 1871 où elle est condamnée à la déportation en Nouvelle Calédonie, dans une enceinte fortifiée.
Commence alors un récit chronologique de la vie de Louise Michel. On la suit durant le voyage du bateau la Virgine (10 août - 8 décembre 1873) où les prisonniers sont mis en cage. On découvre le quotidien sur la presqu’île de Ducos, à Numbo avec sa codétenue Nathalie Lemel (1826-1821), pour finir à Nouméa. On voit comment elle se lie avec les kanaks, recueille leurs contes et chansons, sans magnifier leurs coutumes qui laisse les femmes dans une position de seconde zone ; comment elle organise l’éducation chez les banniEs et sur l’île ; comment elle s’oppose aux communards prêts à suivre l’armée pour écraser la rébellion du peuple de l’île mené par Ataï en juin 1878. On suit le parallèle qui est fait entre cette révolte et celle des kabyles grâce à la présence parmi les proscrits du berger Cherchel. Il a pris part à la révolte de son peuple lancée le 16 mars 1871, contre la puissance coloniale française qui s’accaparait les terres de ce territoire d’Algérie. Louise Michel enseigne que les camarades de misère doivent s’unir contre la barbarie de l’ordre de la civilisation bourgeoise.
Puis c’est le retour en France après avoir refusé une remise de peine qui n’était pas généralisée à tous et toutes. On est le 9 novembre 1880. Celle qui « était trop grande, trop laide, trop folle, trop masculine, trop savante, trop sensible, trop enragée, trop violente… » se lance alors dans une série de conférences en soutient aux grèves, aux luttes des chômeurEs, pour ouvrir les yeux des exploitéEs « expliquer les mécanismes de l’injustice sociale, faire entendre qu’un monde meilleur et plus juste peut être construit ». On assiste à l’attentat dont elle est victime par Lucas et à la manière dont elle sauve de dernier de la prison. Enfin, c’est l’exil en Angleterre de 1890 à 1904, entrecoupé de voyages pour des conférences en Algérie et en Europe. Elle revient en France en 1904 et meurt le 9 janvier 1905 à Marseille des suites d’une pneumonie.

Dès les premières lignes on comprend que cette biographie est aussi un roman. Dans cette indécision du genre, nous décelons le désir d’écrire un récit de vie à visée didactique. Mais ici, le didactisme n’est pas simplificateur. L’ouvrage est précis, rassemblant les épisodes de la vie de Louise Michel, nouée autour de son affection pour sa mère, servante chez des riches. Louise Michel est justement née de l’union de sa mère avec le fils de cette famille. Si les parents ont offert une éducation à cette enfant, le fils, lui, ne l’a jamais reconnue : « Et tu voudrais que je respecte une société qui ne traite aps à égalité les servantes e les bourgeois ? ».
A travers son itinéraire, on croise des figures marquantes comme celle de Théophile Ferré (1846-1871) qu’elle a rencontré alors qu’institutrice dans une école professionnelle de jeune fille, elle suivait des cours du soir dé républicains radicaux où il intervenait. On suit sa passion littéraire pour Victor Hugo à qui elle écrit dès l’âge de 14 ans et qui rend un hommage poétique au lendemain de son procès avec Viro Major. On croise Mathilde Verlaine et on peut lire dans le dossier qui clôt l’ouvrage de Chastre, la Ballade en l’honneur de Louise Michel inclus par Verlaine dans son recueil Amour (1886). On assiste à l’évasion de Rochefort, un communard aristocratique et trois autres compagnons, Grousset, Pain et Jourde.
Cette biographie est un modèle du genre.
Geneste Philippe

14/09/2013

Du sens et de son support sémiologique

Mc CAIN Murray, Livres, illustré par ALCORN John, Autrement jeunesse, collection Vintage, 2013, 11€50
La collection Vintage réédite des livres du patrimoine mondial de la littérature jeunesse. Livres est écrit par un auteur américain des années 1960 et illustré par Alcorn (1935/1992) un graphiste, affichiste renommé qui a travaillé pour la presse, la publicité, le cinéma et le secteur éditorial de la jeunesse.
Qu’est-ce qu’un livre ? Un objet avec un intérieur qui sera à décrire et un extérieur qui impose la matérialité du livre. La typographie, la mise en page, les illustrations humoristiques du dessin de presse mettent tout cela en valeur. La ponctuation est traitée, un peu comme dans un guide pour journaliste. Le circuit du livre est lui-même présent.
Le lecteur entre ainsi, par la matérialité dans l’univers du langage, avec un certain délice. « Qu’est-ce qu’un livre ? – Ca c’est un livre ».

DAVID François, L’Homme, Motus, 2013, 28 p. 12€50
Cet ouvrage au format singulier (42 cmx12cm) qui épouse le propos poétique de l’auteur, est un ouvrage d’anthropologie à l’adresse des enfants, petits, petits, petits. L’homme est un animal qui parle un langage articulé. Telle est la thèse défendue avec humour par le texte et le format, par la typographie et la couleur, par la taille de la police et la mise en page. Alors le livre album parle du moi mais aussi, inévitablement, du toi, donc, du soi, c’est-à-dire de l’humain, de l’homme en général, cet homme qui grandit mais qui ne doit jamais oublier qu’il fut petit, petit, petit relié aux autres par la voix forte, forte, forte ou bien ténue, ténue, ténue. Et que dit la voix ? Elle dit que l’homme qui parle, chuchote, écoute, est un homme qui vit, qui existe, qui est là, ici, maintenant, dans ce présent du dialogue. Oui, n’en déplaise à l’auteur, un grand livre ! Mais cela ne lui déplaira pas car le format porte déjà du sens qui n’existerait aps sans la matérialité qui le porte.
Geneste Philippe

08/09/2013

Le livre aux mille univers

MCDONALD Ian, EvernessT 1 .L’odyssée des monde, traduit de l’anglais par Jean Esch, Gallimard Jeunesse, 2013, 336 p. 17€90
Le brillant physicien Tejendra Singh vient d’être enlevé alors qu’il venait de former la carte de la Panoplie, où sont inscrits tous les plans, tous les univers parallèles. Seul son fils, Everett à qui il a confié le plan a les capacités nécessaires pour changer d’univers et le retrouver.
Celui-ci se lance alors dans une longue quête qui le mènera dans E2 (le deuxième univers) où il rencontrera Sen, une « airish » (groupe de personne vivant dans d’immenses dirigeables), sa mère la capitaine de leur vaisseau l’Everness et leur équipage composé de deux sympathiques personnages ; Mcynlyth et Sharkey.
Accepté sur le dirigeable, il vit d’incroyables aventures avec ses nouveaux amis pour finalement finir en milieu inconnu le jour de Noël. Qu’à cela ne tienne les cinq camarades décident de partager le repas ensemble avant de repartir à la recherche du père du garçon maintenant dans un endroit inconnu dans l’immensité de la Panoplie.
Hmmmm quel bon livre ! L’auteur nous fait découvrir un univers retrofuturiste ou steampunk à souhait où chacun y trouve finalement son compte, que ce soit dans le domaine de la physique, de l’imagination ou à travers l’amitié. On reconnait bien là la plume experte de McDonald même lors de son premier roman jeunesse. Elle est corrosive, dénonçant les comportements sociaux, comme l’avidité et l’abus de pouvoir et même un peu la discrimination envers les gens différents.
Je dois avouer que la fin du livre est troublante car on ne sait pas s’il y aura une suite ou non et avant de savoir que c’était une trilogie je ne savais pas si j’avais apprécié ou non à cause de la fin. Mais sachant que c’est une trilogie, je suis maintenant sûre que c’est un chef d’œuvre de littérature jeunesse.
Aurélie Arnaud