BIZIEN, Caroline, Jusqu’à Bout-en-Therme, le Cosmographe, 2025, 38 p. 19€50
Une
histoire loufoque servie par un dessin et des couleurs hirsutes. Le genre de la
lettre et celui du journal de bord sont convoqués, donnant une dynamique
chronologique à l’expédition du héros vers ses origines, qui prend la tournure
d’un paradis avant que la quête fasse flop. On passe du voyage interstellaire,
ou pas loin, à un voyage géographique d’assez grande proximité. L’hilarité est
de rigueur, avec un humour non pas décapant mais divertissant.
Comme
le dessin défrise, comme les couleurs sont pétantes, le rire est installé dès
le départ des voyageurs, tous plus curieux les uns que les autres. Comme ils
vont se perdre de vue, on suit alors le rédacteur du journal dans ses dernières
péripéties aussi peu épiques que finaudes. Là encore, l’humour pilote, signe de
tolérance et de compréhension à l’égard des personnages.
Un
livre grand format, une histoire avec des boute-en-train impayables, le long
d’un itinéraire où le héros trouve tout au bout, au bout du bout, en sa terre
retrouvée, une nouvelle aventure… mais ce sera une autre histoire
Commission
lisezjeunesse & Ph. G.
GABELLA
Mathieu (scénario), TOULHOAT Ronan (storyboard), Fort Alamo,
dessins MARTINELLO Paolo, couleurs PIGNEDOLI Martina, conseiller historique,
AMEUR Farid, Grenoble-Paris, Glénat – Fayard, 2025, 56 p. 15€50
Le Texas a
été annexé aux États-Unis d’Amérique en 1845. Au début du XIXe siècle
il faisait partie du Mexique. Par une politique migratoire, le gouvernement
mexicain avait ouvert ce territoire aux colons. Ceux-vinrent en nombre et
s’organisèrent pour s’accaparer le Texas et en faire un état indépendant. Pour
la plupart, les colons étaient des esclavagistes du sud (1). Mais avant
d’arriver à leurs fins, ils échouèrent une première fois à Fort Alamo, une
bataille qui fit date et une défaite qui devint le cri de ralliement des
colonisateurs blancs européens contre le pouvoir mexicain.
La bande
dessinée est le neuvième volume de la collection « La Véritable
histoire du Far West ». Le soin apporté à l’exactitude historique et à
la reconstitution des lieux, des mœurs, des détails de l’événement en est la
marque de fabrique. Un dossier documentaire permet au lectorat de situer dans
le procès historique (ici, le devenir américain du Texas soit l’expansion
territoriale vers l’ouest) l’épisode narré par la bande dessinée. En 1821 les
mexicains affranchissent le sud de l’Amérique septentrionale de la colonisation
espagnole, après l’avoir déjà chassée de la Californie. À la même époque, la
marche vers l’ouest des américains, pour la plupart des esclavagistes (1)
avance à grands pas et se presse aux frontières du Texas puis y entrent. Le
gouvernement mexicain, au début n’y voit rien à redire, mais sous l’afflux en
nombre, il comprend son erreur, les nouveaux colons refusant de suivre les lois
mexicaines.
La
bataille de Fort Alamo marque le moment où le gouvernement mexicain tente de
rétablir son ordre sur le Texas. Les troupes du général Antonio López de Santa
Anna tiennent le siège du 23 février au 6 mars 1836, et elles extermineront les
défenseurs du fort, à l’exception d’une poignée de femmes, d’enfants et
d’esclaves noirs.
Cette
victoire mexicaine va exalter le nationalisme des colons blancs qui, quelques
temps plus tard (le 26 avril), déferont Santa Anna, entérinant la déclaration
de l’indépendance de la république du Texas, le 2 mars 1836 à
Washington-on-the-Brazos. Cette déclaration a été faite alors que le siège se
tenait... Une nouvelle aventure commence pour les combattants, puisque le
gouvernement américain refusera, dans un premier temps d’intégrer le nouvel
État dans la fédération de l’Union des États-Unis, méfiant à l’égard de sa
majorité esclavagiste. Le Texas sera l’État à une seule étoile avant que l’État
fédéral se ravise et l’annexe en 1845.
La bande
dessinée se place du point de vue des américains, et travaille sur la
mythification de la bataille de février-mars 1836 qui a exacerbé le sentiment
nationaliste : « Remember the Alamo ! » devint le
cri de ralliement de la « révolution texane » (2). Celui-ci,
lié à un indépendantisme texan, a été absorbé par l’expansionnisme territorial
symbolisé par la frontière de l’ouest toujours repoussée plus loin… Le film de
John Wayne Alamo, réalisé en 1960, en est l’illustration.
Philippe Geneste
(1)
Allen, HC., Les États-Unis, histoire, politique, économie, tome
1, Paris, Marabout, 1967, 286 p. – p.158.
(2)
Citation tirée du dossier indispensable pour la compréhension historique du
livre, dossier qui clôt la bande dessinée : Ameur, Farid, « Fort
Alamo, “La Victoire ou la mort” », 8p. – p.8.