LECOEUVRE Claire, Les P’tits Renards, illustrations COLOMBIER Chloé du, éditions du ricochet, 2026, 28 p. 10€50
Alors que le lobby des chasseurs emporte
régulièrement des victoires contre la protection des animaux, ce petit livre à
coins arrondis, à couverture douce, avec ses illustrations pleine page et sa
luxuriance des couleurs ne peut qu’attirer l’attention.
D’abord, comme toujours avec es éditions ricochet,
l’album repose sur des connaissances précises de l’éthologie animale. Ensuite,
le choix des comportements présentés au jeune lectorat le captive et permet de
raconter la vie des petits renards, le rôle du père et de la mère. Les
cohabitations animales, le régime alimentaire omnivore, son opportunisme pour
l’habitat, la vie des renardeaux auprès des parents, sont illustrés. Bien sûr,
le soin pris à la progéniture est au cœur du livre.
Les P’tits Renards est un livre qu’on peut lire à l’enfant petit et que le jeune lecteur
lira et relira en apprenant chaque fois des choses nouvelles grâce à
l’exploration des images. Ses connaissances, alors, s’appuieront sur le texte
relu. Et cela est vrai de chaque volume de la collection Éveil Nature
des éditions ricochet.
MARCON Raphaël, Un
pour tous, tous pour un, illustrations Kristina SKUTLABERG, Utopique,
2026, 32 p. 18€
Un
récit animalier, dans la veine traditionnelle du livre destiné aux petits
enfants. L’histoire et le dessin sont anthropomorphiques, créant une complicité
immédiate de l’enfant avec les dix petits poissons autour de qui gravite
l’histoire. Dans le monde des océans, la prédation règne et lorsque maman
poisson laisse ses petits en autosurveillance, elle surestime leur capacité à
réfréner leur désir d’inconnu.
Et
voilà le petit enfant vibrant au gré des dangers que rencontrent les petits
inconscients…. Et il va surtout s’attacher au plus petit d’entre eux, s’y
identifier, même, ce petit poisson avec ses grosses lunettes à monture rouge,
toujours à la traîne, apparemment plus intrépide que les autres mais rusé comme
un renard des mers…
L’entraide,
voilà le thème majeur de l’album. En ces temps de vénération de la guerre et
des tueries venue du plus haut de l’État, en ces temps de massacre et de
génocide, en ces temps d’individualisme triomphant et d’égoïsme cultivé, un
album qui chante l’association pour s’orienter dans le monde comme il va si mal
est une bouffée d’oxygène. C’est aussi toute l’actualité de cette création de
Raphaël Marcon et Kristina Skultlaberg. En se centrant sur le plus petit des
poissons, le jeune lecteur ou la jeune lectrice éprouve la puissance de la
solidarité. Et celle-ci agit d’autant plus que les petits poissons comprennent
qu’ils ont tout à gagner à se considérer comme égaux. L’épisode du requin va
même solliciter d’eux l’invention d’une association pour, par solidarité
concrète, construire leur autonomie d’action et se délivrer de l’emprise du
prédateur.
Comment
se libérer de l’emprise de l’intrépidité et du rapport de force ? Un
pour tous, tous pour un répond à cette question par une belle fable
animalière, qui finit bien, avec humour, pour un ultime moment gourmand. Le
tout jeune lectorat aura appris, durant le temps de la lecture, à compter les
petits poissons, en s’appuyant sur les chiffres inscrits en couleurs variées
sur les pages, toutes illustrées. L’aquarelle ou les effets d’aquarelle
magnifient l’ouvrage autant qu’ils laissent en suspens les dangers du monde
régi par la dévoration et l’emprise : fragilité des couleurs, beauté des
visions, frêles espérances pour un temps d’avenir dont les petits lecteurs et
petites lectrices seront les acteurs et actrices. C’est que la solidarité et
l’association pour l’autonomie de la progéniture de maman poisson reste
suspendue à la réalisation de la société, permise par l’empathie envers les
autres animaux et végétaux du fond des mers et des océans…
Et que vive la
lecture et que vibrent les sens construits à travers le livre…
Philippe
Geneste